Explosion au camp Alpha Yaya : Les dits et non-dits

Explosion au camp Alpha Yaya : Les dits et non-dits

Le dimanche 22 octobre, à 4h 23 mn, les populations riveraines du camp Alpha Yaya Diallo (Matoto), principale garnison militaire du pays, ont été brusquement réveillées par des détonations d’une extrême violence. Les explosions régulières et intenses ont retenti durant 40 à 50mn. Le bruit de ces déflagrations au sein du Bataillon spécial de Conakry s’entendait à des kilomètres, les flammes de l’incendie illuminaient les maisons environnantes et une odeur répugnante se dégageait de l’épaisse fumée qui enveloppait l’endroit.

Ce réveil en fanfare a semé la panique chez les riverains qui, quasiment tous, ont fui vers la route Leprince ou d’autres quartiers plus loin de là, certains torses nus et sans chaussures. Parmi eux, quelques hommes en treillis militaires. « Si ce n’est dans les films, jamais je n’avais entendu de telles explosions, et je n’étais pas à Conakry lors de l’explosion de la Poudrière du même camp en mars 2001 » témoigne-t-on, sous le choc de ce drôle d’appel à la prière.
La promptitude des sapeurs-pompiers a permis de limiter les dégâts. Dans un communiqué, le ministère de la défense nationale a précisé que « Toutes les dispositions sécuritaires ont été immédiatement prises et l’incendie a été maîtrisé. » « Aucune perte en vie humaine » n’est à signaler, les dégâts matériels sont en cours d’évaluation, indique-t-il.
Sur l’origine des explosions, le communiqué du ministère de la Défense indique qu’aux « environs de 4h 30, un incendie d’origine électrique s’est déclenché dans un des magasins de blindés du camp Alpha Yaya Diallo ». Avant le communiqué, de folles rumeurs parlaient plutôt de l’incendie d’un camion de l’armée plein de munitions. Des câbles électriques auraient surchauffé et se sont rompus pour tomber sur le magasin du bataillon des chars, communément appelé bataillon des blindés, non loin de la base du BATA (Bataillon autonome des troupes aéroportées). Ce qui a surchauffé le magasin au point de faire exploser le stock des munitions. Près d’une heure après le début des détonations, le courant électrique a été coupé dans toute la zone, et rétabli aux environs de 6h.
Le ministre d’Etat, ministre de la Défense nationale, Mohamed Diané, s’est rendu sur les lieux pour les premiers constats en compagnie de la hiérarchie militaire dont le chef d’état-major général des armées, de l’inspecteur général de l’Armée, le chef de corps du Bataillon spécial de Conakry, du commandant du Bataillon du génie militaire.
« Le Gouvernement remercie la promptitude des forces de défense et de sécurité ainsi que les services de la protection civile qui a permis de maîtriser les flammes limitant ainsi les dégâts matériels », lit-on dans un autre communiqué du ministère de la Défense qui invite la population au calme et à la sérénité. Il tient aussi à rassurer « la population que toutes les dispositions sécuritaires ont été prises ». Le ministre Diané a remercié les services de sécurité, la protection civile notamment les sapeurs-pompiers qui sont « promptement intervenus  et ont maîtrisé l’incendie aussitôt qu’ils ont été saisis. »
Au lendemain de l’explosion, les riverains continuent à sentir les odeurs nauséabondes de l’incendie.

Sale temps pour les journalistes

Dès le lever du soleil, des journalistes sont allés au Bataillon spécial de Conakry (Camp Alpha Yaya Diallo), pour constater les dégâts. Ils en ont eu pour leur compte. L'accès des lieux leur a été empêché, suite à une farouche opposition des hommes en tenue militaire. Ceux qui ont eu accès à l’intérieur du camp, quatre con(de)frères d’Espace TV et Gangan TV, ont été interpellés quelques heures avant d’être auditionnés et libérés. Mais à la condition qu’ils ne diffusent aucune image sur leur télévision. La leçon semble avoir été bien retenue.

Mamadou Siré Diallo

Dernière modification lelundi, 23 octobre 2017 17:32

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Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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