Communales: « Chacun a le droit de demander des comptes aux conseillers sur la gestion », dixit Moussa Baldé

L’avenir c’est maintenant, ce slogan résume l’ambition de Moussa Baldé, 37 ans, né à Labé qui vise la tête de la mairie de Ratoma sous les couleurs du REM, République Emergente et Moderne, une liste indépendante. Titulaire d’une maitrise en gestion de l’Université de Conakry, et une autre en anglais obtenue au Ghana, Moussa a travaillé dans une institution onusienne et une entreprise de la place en tant que contrôleur et auditeur interne. Nous l’avons rencontré pour évoquer les grandes lignes de son programme de développement.

Bonsoir Monsieur Baldé, vous êtes parmi les 16 candidats en course pour la mairie de Ratoma. Qu’est-ce qui motive votre candidature ?

Nous ne voulons plus rester bras croisés et voir notre commune aller à la dérive. C’est une grande commune, mais beaucoup de ses habitants ne se sentent pas dans Conakry. Manque d’emploi, de sécurité, entres autres, voilà des raisons. Ensuite, ces élections ne devraient pas être politiques, mais plutôt citoyennes, dire à la jeunesse de s’engager. Notre mouvement s’appelle République Emergente et Moderne, c’est un espoir. Nous connaissons les problèmes de Ratoma et nous pensons avoir les solutions.

Quel est le problème le plus saisissant de Ratoma, selon vous ?

C’est le chômage. De ce chômage découle l’insécurité, la violence dont tout le monde connait. La jeunesse n’a pas accès à l’emploi. Une jeunesse désœuvrée est une bombe à retardement. Pour nous la jeunesse doit sortir du Ghetto. On ne connait même pas combien de chômeurs il y a à Ratoma, il n’y a pas de statistiques. La REM prévoit des pôles d’emploi dans les 34 quartiers pour recenser les demandeurs d’emplois. Ce sera de l’emploi permanent, payé par la commune. Pour nous, la violence n’est pas une cause, c’est une conséquence. Celui qui finit ses études et ne trouve pas de travail est facilement manipulable, parce qu’il faut vivre. Pour y remédier, il faut créer de l’emploi.

Combien d’emplois comptez-vous créer ?

Nous estimons pouvoir créer 7 300 emplois pendant les 5 ans de notre mandature. Et on promet d’informatiser la gestion de la commune et les conseils des quartiers, interconnecter tout avec la commune.

Quel est votre programme en matière de santé, Ratoma manque de structure sanitaire ?

Nous allons recenser les postes de santé publics et privés, évaluer les médecins, puis équiper les postes de santé existants. Mais aussi bâtir deux polycliniques et des urgences sanitaires. Une dizaine d’ambulance pour les interventions, joignable sur un numéro vert. Les médecins dont l’éthique est remise en cause seront retirés des rangs de la corporation. Nous avons prévu de construire dix centres de santé, former le personnel. Cela entrainera la création de 200 emplois directs pour un coût estimé à 15 milliards de francs guinéens, pendant les 5 ans.

Est-ce que ce n’est pas plus facile à dire qu’à faire. Avec quels moyens allez-vous faire tout cela ?

Il y a des bailleurs de fonds qui ne demandent qu’un environnement sain. Il y a des investisseurs privés prêts à investir. Il y a deux jours, je parlais avec un investisseur prêt à ouvrir une polyclinique, et il ne demande que l’autorisation et la sécurité.

L’Etat-civil guinéen a très mauvaise image, quelle la solution du REM ?

Récemment j’ai lu un article, disant que la France ne reconnait pas nos papiers civils. C’est très dommage, si cela se vérifie. A la commune, si vous avez un prix satisfaisant vous avez votre papier le même jour, sinon on vous dit de revenir demain et ainsi de suite, c’est selon le montant versé. Des extraits de naissances, il y en a qui ont les mêmes numéros, ce n’est pas normal. Il faut informatiser l’Etat civil.

Le président turc en visite à Conakry a dit que Conakry ne ressemble pas à une capitale, quel est le plan d’urbanisation que REM entend appliquer à Ratoma ?

Les terrains se vendent à Ratoma et ne suivent pas de normes. REM va impulser une nouvelle dynamique avec le ministère de l’Habitat pour une urbanisation plus civilisée. On va lutter contre les constructions anarchiques, contrôler la cession des domaines fonciers et encourager le lotissement des zones d’habitation.

Et du logement ?

Concernant le logement, REM entend s’appuyer sur le partenariat public privé pour construire à Ratoma des logements sociaux, genre les HLM (habitation à loyer modéré) en France avec des options de reprise.  Un partenaire m’a montré un projet de construction de logements sociaux qui souffre pour des raisons qu’il ne m’a pas dit. Tout est prêt. REM à la tête de la commune, on va relancer ce projet. Demander à un locateur de payer 12 mois d’avance, c’est un abus. On va interdire cette pratique. Pour nous le locateur paye deux mois seulement, un mois de caution et un mois pour la location.

Que deviendra la gestion des domaines fonciers ?

On prévoit de règlementer et suivre la gestion des domaines fonciers qui sont souvent causes de conflits domaniaux. Cela se fera par l’implication transparente des responsables du quartier en rapport avec la commune. A Ratoma tu peux acheter un terrain, il se trouve que quelqu’un d’autre l‘a acheté. C’est difficile. Pour nous, il faut des chefs de quartiers intègres, auxquels nous allons fixer des objectifs dans la gestion foncière.

Comment améliorer les services sociaux de base à Ratoma. Tout comme les autres communes, Ratoma n’est pas régulièrement desservi en eau, en électricité … ?

On prévoit d’installer 500 lampadaires solaires pour l’éclairage publique, pendant les 5 ans de notre mandature. On a déjà commencé à négocier. Pour l'accès à l’eau, il est prévu d’installer 200 bornes fontaines dans les 34 quartiers.

Quel est le programme de REM pour la promotion de la culture et du loisir ?

La culture est un aspect non négligé par REM, comme dit Alain Foka « un peuple sans culture, est un monde sans âme ». REM va construire ou reconstruire les maisons des jeunes des 34 quartiers de la commune de Ratoma, qui seront des espaces de formation, d’échange, de célébration de la culture, de communion entre les Guinéens à travers des activités et des compétitions culturelles, tout en soutenant les initiatives culturelles des jeunes.

La politique sportive de REM s’appuiera sur 3 volets : infrastructures, compétitions et formation. La construction des terrains et stades de proximité pour chaque quartier avec des options de centre de formation pour les différentes disciplines sportives. La formation des jeunes dans les différentes disciplines sportives. Les compétitions scolaires, inter-quartiers et championnats pour détection et de qualification pour les ligues nationales.

De la gestion des espaces de loisirs, REM va mettre en place une commission pour contrôler ce secteur. Les mesures urgentes qui seront prises en collaboration avec les ministères de tutelle seront : d’identifier toutes les promotrices et tous les promoteurs de ces espaces, vérifier leur régularité sur le plan légal, interdire l’accès à certains endroits à des mineurs, interdire l’ouverture des boîtes de nuit ou maquis près des écoles, universités ou lieux de culte. Exiger le respect de la quiétude sociale. Rouvrir les plages, parce que ce sont des emplois qui sont perdus là.

Sur le transport publique, quelles sont les solutions du REM pour faciliter le déplacement ?

REM envisage de mettre des mesures d’urgence : interdiction de stationner aux abords des voiries, interdiction de vendre aux abords des voiries en trouvant des espaces pour les vendeuses au sein des marchés. Des toilettes publiques vont être construites dans les centres d’activités ainsi que des parkings publics modernes qui vont se fondre dans le paysage en n’occupant pas les espaces publics. Procéder aux pavages des rues en implantant des espaces. Et tenez-vous bien, les promoteurs se bousculent.

Avez-vous des noms ?

Non ! A donner des noms, nous risquons d’être face à face avec nos concurrents en train de démarcher les mêmes personnes. On va implémenter des projet de voiries secondaires (échangeurs), dupliquer les ponts au niveau des transversales aux carrefours Hamdallaye, Bambeto, Cosa, Cité, etc. Remplacer les agents de la circulation par des panneaux et feux de signalisation, former les agents de la routière dont le rôle va se cantonner au suivi des infractions et l’application du Code de la route et sanctionner les contrevenants, lutter contre la délivrance fantaisiste des permis de conduire. Un permis de visite technique délivré par la commune sera exigé pour tous les véhicules circulants dans la commune de Ratoma. Maintenir l’inviolabilité du trottoir pour les piétons et réguler la circulation des taxi-motos.

Ratoma comme les autres communes n’a pas son propre système de transport urbain… ?

Nous pensons que dans une grande ville, tout le monde n’a pas besoin d’avoir une voiture pour se déplacer, sinon cela devient un facteur bloquant. Il faut trouver des moyens alternatifs. REM projette pour un début de lancer une société publique de transport en commun, en collaboration avec le ministère des Transports et les autres communes. Après on va expérimenter le train de banlieue, le tramway ou le transport maritime (Bateaux bus).

Pour l’assainissement, le gouvernement n’a pas trouvé la formule. Tantôt c’est la Présidence, le ministère de l’Administration, le Génie militaire, les ordures sont toujours là. Que comptez-vous faire ?

C’est une compétence de la commune. Il faut connaitre d’abord la taille de sa population, la quantité de déchets produits par ménage et par jour. La REM mettra en place des PME de collecte, de tri, de transport et de recyclage des ordures ménagères qui seront essentiellement gérées par des jeunes de la commune formés à cet effet. Et c’est dans ce même cadre que REM compte mettre en place une politique de déchets rentables qui consiste à racheter les ordures. L’abonnement à cette PME communale sera obligatoire pour tous les foyers de la commune. Des poubelles seront distribuées aux ménages par les PME et celles des espaces publics par la commune.

En aval, les ordures récupérées seront transformées par d’autres PME spécialisées pour produire du compost, de l’énergie, etc. Pour mettre en place ce système REM envisage de s’appuyer sur le partenariat public-privé (PPP).

Vous avez beaucoup de projets, avec quels moyens comptez-vous les réaliser ? Où comptez-vous trouver l’argent ?

Les sources de revenus sont d’abord les habitants : résidents temporaires, partiels, occasionnels, entreprises doivent payer des taxes. Au niveau de l’article 483 du Code des collectivités, il y a la possibilité d’avoir des fonds à travers les recettes fiscales : impôt, contribution, taxes. Ensuite des recettes non fiscales : des rémunérations des services rendus, des produits, des amandes, des redevances du domaine de la collectivité, les produits d’exploitation du patrimoines, dotation de fonctionnement accordé par l’Etat etc… Ensuite des emprunts prévus par a Code des collectivités, des transferts de propriété, de subventions etc.

Si on recouvre tous ces montants et les gérons effacement, soyez rassuré que Ratoma est très riche. REM promet une gestion rigoureuse, on va imposer des contrôles, des redevabilités. J’ai évolué dans des domaines de lutte contre la fraude: audit et contrôle interne, control management, risk management, etc. Il faut de l’intégrité pour travailler dans ces domaines, ce qui sera appliqué au personnel de la commune. Et quand tu faillis, tu subis les rigueurs de la loi, c’est sans état d’âme. Nous prévoyons de communiquer périodiquement pour expliquer ce qui est fait des fonds recouvrés. Chacun a le droit de demander des comptes aux conseillers sur la gestion.

Au cas où REM ne gagne pas la majorité, est ce que vous prévoyez une possibilité d’alliance avec les partis politiques ?

Nous souhaitons avoir la majorité pour ne pas avoir affaire aux partis politiques qui voudront imposer leur diktat, comme d’habitude. Si ce n’est pas le cas, si celui qui est en position accepte d’intégrer notre projet, on signera. Pour nous, l’important est que Ratoma soit développée.

S’il y a une question qui vous tiens à cœur et que je n’ai pas abordé, vous êtes libres

J’invite les citoyens à voter pour REM, pour un Ratoma émergent et moderne. Nous estimons être le seul à répandre à la demande de la population. Les autres sont politiques.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Retour en haut

A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

Sections

Archives

« Août 2018 »
Lun Mar Mer Jeu Mer Sam Dim
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31