Communales du 4 février : « Ce n’est pas à la veille de ces élections dans ma commune que j’ai commencé à poser des actes. » déclare Sorel Bangoura

Sorya Sorel Bangoura, la cinquantaine, natif de Matam, caresse le rêve de diriger sa commune au soir du scrutin du 4 février prochain. Artiste-peintre, diplômé de l’école des Beaux-arts de France, il conduit la liste de l’UFDG, principal parti politique de l’opposition. Son principal slogan: Pour la bonne gestion. Il revient avec Lelynx.net sur les grandes lignes de son programme.

Lelynx.net : Monsieur Bangoura, vos motivations de candidat à la mairie de Matam ?

Soya Bangoura : L’injustice, l’intolérance, le manque de réalisations concrètes et les fausses promesses que subissent les populations de Matam, entre autres. Je suis né dans cette commune, j’ai grandi ici, mais je constate que nos enfants n’arrivent plus à rêver. Il n’y a plus d’horizon. Je me suis dit qu’en tant que formateur, si je brigue la mairie, je pourrai changer cette situation.

La commune de Matam fait face à de nombreuses difficultés. Quelles sont les plus saillantes ?

Le plus grand défi, c’est le problème de l’assainissement. Nous devons prendre des dispositions. Dans un premier temps, nous allons chercher une quinzaine d’hectares en dehors de Conakry pour y transformer des ordures via des partenariats. Nous mettrons également en place un mécanisme de collecte de déchets électroniques et plastiques. Ce sera une obligation pour tous les commerçants qui vendent des bouteilles en matière plastique de les récupérer après usage. Nous exigerons une taxe sur le plastique. Il y a également le problème du littoral. Les gens qui occupent le littoral payeront une taxe sur l’environnement, parce qu’ils ne peuvent pas empêcher les citoyens de profiter de nos plages.

Dans les domaines de l’éducation et de la santé ?

Nous avons 36 écoles dans notre commune. Mais elles sont généralement dans un état de dégradation poussée. Les salles de classe sont bondées. Leur réhabilitation est une priorité absolue dans les six prochains mois. Nous participerons à l’amélioration des conditions de travail des enseignants. Nous prévoyons des infirmeries dans ces écoles ; la prise en charge pour les petits soins des apprenants sera garantie. En ce qui concerne la santé, nous prévoyons de construire un centre municipal pour aider les populations à accéder aux soins de base. La prise en charge des personnes âgées fait partie de mes priorités.

La courbe du chômage demeure inquiétante à Conakry, dites-nous vos propositions pour renverser la tendance ?

Pour le moment, tout le monde est au chômage à Matam. Mais c’est délibérément fait. Désormais, nous négocierons avec les entreprises installées à Matam pour que les jeunes de notre commune soient employés. S’il faut les former, nous le ferons. Nous mettrons en place l’agence communale de l’emploi et de l’aide juridique pour faciliter l’accès des jeunes à des emplois décents. Nous allons créer des parcs de stationnement, mettre en place des PME pour s’occuper des eaux usées et des ordures dans les ménages. Cela va donner plus d’emplois à nos jeunes.

Et la promotion féminine ? La promotion féminine est essentielle. Le centre artisanal que nous mettrons en place donnera la place aux femmes pour qu’elles apportent de nouvelles techniques. Nous les accompagnerons dans divers métiers. Nous envisageons aussi de construire un grand marché à Bonfi. Nous pouvons faire comme le Sénégal, le Burkina Faso qui sont en avance dans la promotion de la couche féminine.

Dans le domaine culturel, à part les maisons de jeunes qui rapportent peu, qu’avez-vous prévu pour Matam ?

Je suis un artiste, donc j’en fais un point particulier. C’est pourquoi j’ai parlé d’une salle de spectacle de près de 1500 places. Si tout le monde court derrière la commune de Matam, c’est parce qu’il y a de l’argent. Pourquoi veulent-ils tous rester au pouvoir ? Il y a de l’argent quelque part. Cet argent sera utilisé à bon escient. Donc, les artistes ne se produiront plus dans la rue. Ils auront des salles de spectacles, des studios, des salles de percussion et cela générera de l’argent.

Les autres services sociaux de base ?

Certains citoyens sont confrontés à des difficultés de logement. Si nous remportons les élections, la collectivité va se pencher sur le désengorgement de la commune. Pour ce qui est de la desserte en eau, tout le monde sait que le Grand marché de Conakry à Dabondy est installé sur une nappe phréatique. Nous allons faire déménager le marché pour permettre à une entreprise d’installer l’adduction d’eau afin que les citoyens de Matam aient de l’eau en permanente.

Comment remédier à la mauvaise image que renvoie notre état civil ?

Il y a une mauvaise gestion dans ce cadre, les administrateurs civils ne sont pas mis dans des conditions de travail convenables. Rien n’est archivé. Désormais tout acte administratif, même une lettre à l’adresse de la commune sera accompagnée d’un timbre. Toutes les archives seront numérisées. Nous ferons en sorte que les officiers d’état civil soient respectés et qu’ils ne retombent pas dans les vielles pratiques.

Vous avez énuméré beaucoup de projets, comment comptez-vous mobiliser les fonds pour les financer ?

Les sources de recettes ne manqueront pas. Nous allons faire l’état des lieux du patrimoine immobilier de Matam et les gens payeront. Comme je l’ai expliqué tantôt, les actes administratifs de ma juridiction auront leur timbre. Nous avons la coopération française et j’ai des relations à l’extérieur pour financer ces projets. Nous aurons un système assez strict où les commerçants verseront l’argent directement dans les institutions bancaires, ils n’auront plus à le donner à quelqu’un.

Sur le terrain, il y a d’autres formations politiques comme l’UFR et le RPG qui briguent également la commune de Matam, est-ce-que la bataille ne sera pas plus rude que vous le croyez ?

Je suis plus que confiant parce que moi, ce n’est pas maintenant que je suis candidat que j’ai commencé à poser des actes pour ma commune. J’étais là quand l’Etat s’opposait à toute justice sociale à Matam. J’ai été enfermé au moins quatre fois par le gouvernement actuel parce que j’ai réclamé ce qui appartient à toutes les populations de Matam. J’ai dénoncé la vente des maisons des jeunes, d’une partie de la commune, j’ai aidé certaines familles injustement expulsées de leurs maisons à y revenir. J’ai récupéré des écoles vendues et je les ai équipées. L’assainissement à Constantin, à Besson, à Hérmakono… Sorya ne se présente pas simplement pour faire rêver les citoyens, mais pour les mettre au travail. Je n’ai pas de concurrents à Matam, ce sont des gens qui veulent se remplir les poches. Les gens ont compris que ces arnaqueurs ont peur de Sorya, mais il sera maire de Matam.

Interview réalisée par Yacine Diallo

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Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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