Chronique assassine : Le rêve du guinéen

Whoever decides to dedicate their life to politics knows that earning money isn't the top priority. Whoever decides to dedicate their life to politics knows that earning money isn't the top priority.

On a toujours tendance à dire que ceux qui nous ont précédés, sont des prédateurs, mais nous, qu’avons-nous fait pour arrêter l’hémorragie?

Avec ces cascades de détournements de deniers publics. Qu’attendons-nous pour changer le cours de notre destin? Les caisses sont vides, c’est le slogan qui se chante dans tous les milieux. Où est allé notre argent ? A t-il été englouti sans les campagnes électorales ou par les prédateurs de notre économie? La planche à billets sans aucune garantie les 20 000 et 5000 qu’on a mis en circulation pour des fins qu’eux seuls connaissent, a créé l’inflation et nous en subissons les conséquences sur le marché avec des taux de change exorbitants. La réponse à ces questions est là, devant nous. Notre araignée a grossi, a force d’engloutir des portions, mais elle fait le crapaud. Elle s’est creusée un énorme trou pour se terrer dedans. Nous refusons de faire du sur place, nous voulons avancer, pendant ce temps, elle marmonne des discours qui ne peuvent plus convaincre personne, ni les investisseurs, encore moins les Guinéens. Après un quinquennat peuplé d’illusions, dans lequel nous avons mis tous nos échecs sur le dos d’EBOLA, nous qui avons la moitié de la réserve mondiale de bauxite, une réserve inestimable de minerai de fer, d’or, de diamant et plein de ressources humaines, un Président Professeur Emérite, nous n’arrivons pas à appliquer la politique qu’il faut, pour sortir notre pays de sa léthargie. Les investisseurs n’ont plus confiance en nous. Nous faisons et défaisons les contrats à notre guise, sans mesurer les conséquences qui peuvent en découler. Nous avons tissé notre toile au Foutah, avec -l’arme de la division, en nous appuyant sur un sujet qui n’a jamais été d’actualité, les Missidés et les Roundés. On espérait créer la confusion dans les esprits des autochtones et gagner ainsi un certain électorat, mais cela n’a servi qu’à raffermir les liens séculaires qui existent entre eux depuis des siècles. Aujourd’hui, notre pays a besoin d’une autre stratégie, un mode de gouvernance beaucoup plus rassembleur, avec une oreille tendue, à l’écoute de la moindre plainte, un regard franc qui voit au-delà de son champ de vision, une réponse aux multiples problèmes qui nous empêchent de survivre. Notre pays est entrain de se construire comme un château de sable, sur une fondation de mensonge. Mais un jour viendra où tout cela cédera sous le poids de la démocratie et du réveil populaire et c’est certain que ce jour-là, beaucoup resteront prisonniers sous les décombres. Ce que nous combattons, ce n’est pas un individu, mais plutôt un système, bâti sur la corruption, le mensonge, l’ethnocentrisme, la gabegie et la division, en écrasant au passage la démocratie. Il faut que cela s’arrête et que tous les acteurs sachent que les Guinéens ont marre d’être toujours considérés comme de la pâte à modeler au gré des politiques. Que les jeunes loups se retranchent dans leurs tanières pour éviter d’être emportés par ce grand vent qui va bientôt souffler dans notre pays et ce jour-là, ils regretteront d’avoir trop ouvert leur gueule, quand il fallait la fermer. Mieux vaut tard que jamais ! Mais que pouvez-vous faire sans l’assistance de l’Etat? Sans moyens financiers que seul l’Etat peut mobiliser? Conscients de la décadence de cette jeunesse face à son avenir incertain, nous n’avons pas baissé les bras. Nous sommes sûr que la démarche de l’Etat qui consiste à aller pour une consultation avec la jeunesse dans tout le pays n’a pas apporté grand-chose. Depuis la proclamation des résultats des élections donnant le président réélu vainqueur, on ne parle plus d’emploi jeune. L’avenir de la jeunesse est classé au fond d’un placard. Il nous appartient de tirer les leçons de tout ce que certains ont pu appeler mascarade pour que notre pays puisse retrouver le chemin de la démocratie et parvenir à nous conduire à des élections libres et transparentes, pour les prochaines échéances. Dans lesquelles tous les acteurs seraient traités sur un pied d’égalité. Dans les pays où on a pu construire une opposition forte, un contre-pouvoir assez organisé, il y a toujours eu un équilibre social et une gouvernance irréprochable. Chez nous, on a décidé de réduire à néant l’opposition en favorisant la discorde dans ses rangs en étant partial dans un but bien précis, celui de détruire l’opposition. Un pays malade sur son lit de mort, qui se débat comme il peut, avec très peu d’espoir de survie, un pays en proie aux vautours, d’ici et d’ailleurs, noirs et blancs confondus, pays fatigué de sa gouvernance, de son ethnocentrisme et de sa division, voilà la triste image que je garde de mon pays. Pourquoi, je me pose la question qui m’empêche de dormir, qui est celle de savoir: “Qui veut tuer mon pays?” C’est tout simplement mon inquiétude grandissante, causée par ce que nous vivons en ce moment, dans ce pays défiguré, martyrisé, dans un climat socio-politique inextricable, tellement il est confus et désespérant. Toutes ces casseroles cancanneuses qui nous ont tympanisées, pendant toutes ces longues années, sur les ondes de certaines radios de la place, dans les journaux, se sont tues, dès quelles ont été nommées à des postes de haute responsabilité. Je ne citerai le nom de personne, mais elles se reconnaîtront et tout le monde les connaît. Nous comprenons maintenant que c’est le tremplin qui mène au sommet. Il faut être bouffon du Roi, pour mériter les grâces de sa majesté. “Dieu est Guinéen” avais-je cru. Parce que j’avais de l’espoir et j’entrevoyais en chacun de nous, une portion de Dieu. Je me disais que si nous étions un et indivisible, comme au bon vieux temps, nous mettrions fin à nos rivalités et toutes ethnies confondues, parlerions le même langage dans la paix et la fraternité. J’étais tellement optimiste que je m’étais dit qu’enfin Dieu avait jeté son regard sur nous, pour mettre fin à tout ce qui nous a divisés pendant ces longues années. Nous continuons à vivre avec regret dans un climat social tendu, dans lequel les acteurs politiques s’entre-déchirent, sans penser au reste de la population. J’avais ajouté que “Satan était Guinéen” parce que j’avais remarqué la démission de Dieu et je m’étais écrié en disant que Satan avait pris la place de Dieu dans ce pays. Pourquoi je parle de la démission de Dieu ? Je me suis posé des tas de questions: Est-ce que Dieu voit tout ce qui se passe dans mon pays? Pourquoi tarde -t-il à réagir? Satan a-t-il vaincu Dieu dans cette contrée? Alors, j’ai vu Satan devant moi et j’ai pressenti la mort de mon pays, parce que tout était favorable à sa destruction. Le Guinéen est habitué à cette vie dégradante, et il n’a jamais rien fait pour que sa situation change. On parle de changement sans cesse, on dit à qui veut l’entendre que le pays est à genou et aujourd’hui on nous parle de résultats attendus dans quarante ans. Beaucoup d’entre nous ne seront pas au rendez-vous pour témoigner de ce que nous aurons acquis ou pas. Nous voilà au terme d’une grève qui n’a rien donné pour la seule raison que les caisses sont vides et que nous devons rendre compte aux institutions de finances au mois d’avril pour sauver notre pays. Donc, elle pouvait perdurer jusqu'à la perpète sans aucun résultat. Il faudrait donc continuer à puiser dans les poches du contribuable, en refusant de baisser le prix du carburant, pour compenser l’argent qu’on a dilapidé, volé, en confondant notre poche avec celle de l’Etat, sans penser aux conséquences que nous vivons aujourd’hui. Pauvre pays au destin incertain, je te plains de toute mon âme et je prie Dieu qu’il ait enfin pitié de nous, pauvres diables que nous sommes.

Körö Mory

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A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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