Carnet déroute : Un voyage Kakan-dégâts [2/2]

Un voyage c’est aller et retour, sauf un. Alors, j’ai choisi de rentrer à Cona-cris. A Boké il fait très chaud. À chaleur égale, on choisit la sienne. Arrivé là-bas, j’ai visité Batafond ; la CBG a coupé le fleuve pour avoir une retenue d’eau, qu'elle traite et dessert à une partie de la ville. La retenue d’eau est aussi un lieu de loisir, de lave-linge et de moto. Et tout et tout.

Ensuite, Paul Maomy, l’ami de mon contact me fait visiter une longue piste poussiéreuse, c’est l’aéroport. Après cette visite, je devais rentrer. Mon indic me fait accompagner dans son véhicule par un de ses amis, lui étant un peu malade. Nous arrivons à la (han)gare-routinière. Un taxi est prêt. Le billet c’est 60 mille francs. Les ennuis commencent là. Je file 50 mille au billeteur et lui demande de compter, le vieux mogho s’énerve : je ne suis pas ton copain, tu ne vas pas me distraire. Je lui donne le reste. Il me remet le billet et incident clos. Je demande alors, combien de passagers restent pour avoir le plein. Il s’énerve encore : ce qui est sûr, il sera plein, un autre vient de partir, après lui, un autre est prêt. Là encore je la ferme. Je comprends que le mogho n’est pas du genre à l’ouvrir.

On embarque à 17h pour Cona-cris. À peine sorti du parc, il s’arrête et jette un coup d’œil. Pour une distance de 308 Km, pour environ 4h de temps. Alors je me vois à Cona-cris à 21h. avec googlemaps, son service auto me dit que j’arrive à Conakry à 21h 05. Arrivé à Kolabui, le chauffeur fait la commande de 10 litres de gazole, ‘’propre’’. On lui demande pourquoi ne pas aller à la station, il dit qu’il a oublié. Premier signe de malheur. Peu avant Boffa, le moteur vrombit, le chauffard s’arrête. Il nous demande : on dirait que le moteur accélère, les passagers répondent : c’est toi le chauffeur non ? il jauge l’huile, il n’y a rien. Il se trouve un litre tout prêt, le problème est réglé. Du moins pour le moment. On a déjà perdu beaucoup de temps.

Arrêt en catastrophe

Coussi-coussa, on arrive à Khoureralandé, encore avant Boffa. Il y a là un check-poche. Le gens-drames ne demandent aucun papier, le chauffeur explique qu’il est en panne et se débrouille à rentrer plus vite. L’agent demande le prix de l’eau, le chauffard lui trouve 1 500 Gnf. Il baisse la corde et on passe. A 200 mètres du barrage, la panne nous oblige à nous arrêter en urgence. Un nuage de fumée recouvre le véhicule et les passagers ont commencé à suffoquer. J’étais près de la portière, j’ouvre et tout le monde se précipite. Le chauffard descend, attend que le nuage se dissipe. Puis ouvre le capot, jauge encore l’huile, il n’y a rien. Ce qu’il avait mis a fuité et tout le moteur était noir. C’est le terminus. Il n’y avait plus rien à faire. Il était 21 h, l’heure à laquelle on était censé arriver à Cona-cris. Chacun s’est mis à râler, et gronder le chauffard. Un mécano était parmi les passagers, mais il fait la mécanique des poids lourds. Et pour couronner tout, le chauffard explique que lui-même n’est pas chauffeur de taxi, mais de camion. « C’est mon premier voyage ». Le comble ! Les passagers se sont mis encore plus en colère. Décision a été prise d’aller à Boffa-centre pour négocier un déplacement. Pendant son absence, chacun s’est mis à méditer. Un long silence. Une dame ramassée à Kolaboui avait une poule, celle-ci s’est mis à caqueter. « Tais-toi, nous on est en panne. Sinon je t’offre à tes prédateurs, ce qui me préoccupe, c’est mon gros sac, ohh », dit sa propriétaire. Et toc, elle l’a fermée. Plus rien. Des secondes après, tout le monde s’est mis à rire. La poule a entendu. De l’autre côté, un footeux suivait les matchs-retour de C1 sur son téléphone. Il annonce que le Barça a pris 3 buts à zéro contre la Roma, synonyme d’élimination. Cette info dissipe ma colère, je n’avais pas ri de la poule. Mais là, c’était une bonne chose.

Pendant qu’on savoure cette déroute, le chauffard revient bredouille. Les passagers ont demandé à être remboursé. « D’ici Conakry c’est 25 000 francs, donc je vous donne chacun ce montant », dit le chauffeur. « Tu es fou, 30 000 francs ou rien » répond un jeune furax, qui avait deux valises, et qui avait déjà une dent contre lui, du fait qu’il devait emprunter la route Leprince et non l’autoroute. Le jeune trouve du soutien parmi nous, dont moi. Il est 21 h, je suis encore à Boffa et je dois me trouver un véhicule. Les autres nous ont rejoint. Le chauffard était coincé. Il a craché le montant. Et là, c’est chacun s’assoit et Dieu le pousse. Mon sac au dos, je cherche une solution. Je lance un message de détresse sur le téléphone. Un parent qui habite Boffa en service à la DPE capte le signal. Il me dit de rester tranquille qu’il m’envoie un motard. Je retourne au niveau du barrage en attendant que le messie vient me libérer. Là deux gens-drames font les poches aux chauffards. S’il n’y a aucune obligation légale à payer, le comportement des gens-drames t’oblige à donner le prix de l’eau. Arme en bandoulière, souvent réajustée comme pour effrayer. Et ça marche. Seulement tu ne le verras jamais en train de boire. Peut-être que le vendeur d’eau se trouve dans leur poche.

Mon motard arrive, je dégage sans dire au-revoir. C’est chacun s’assoit et Dieu le pousse. Une nuit à Boffa, avant de rentrer à Coa-cris avec une équipe de la DPS. Ouf !

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A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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