Quelle Banque Centrale pour la Guinée ? (Safayiou Diallo, économiste-chercheur [1/3])

L'objectif de cet article est de poser quelques questions jugées pertinentes, selon l'auteur, afin d'éclairer la lanterne des décideurs politiques et l'opinion publique sur les véritables enjeux des reformes à engager dans les domaines monétaire et financier.

D’entrée de jeu, il faut avoir le courage de reconnaître les résultats obtenus par la Banque Centrale de la République de Guinée(BCRG) dans ses domaines d'intervention réglementaire tels que : le contrôle de l'inflation via une bonne conduite de la politique monétaire, la gestion efficiente des réserves de change de la nation et la surveillance du système bancaire…

Quel type de Banque centrale voulons-nous pour notre pays (indépendante ou dépendante de l'Etat) ? De cette question principale résulte un certain nombre de questions spécifiques :

Quel objectif pour la Banque Centrale dans la promotion d'un véritable développement socio-économique durable ? Quelle politique monétaire doit-elle conduire dans le cadre de l’atteinte de l’objectif de stabilité des prix ? Quelle politique de change promouvoir afin d'assurer la stabilité du taux de change ? Enfin, quel rôle pour la Banque centrale dans la satisfaction des engagements pris par la Guinée dans le cadre de la Zone Monétaire Ouest Africaine (ZMAO)?

Ces questions sont importantes car diverses réformes menées en Guinée depuis l'indépendance à la fois par les Gouvernements successifs et par les partenaires au développement tels que le FMI et la Banque mondiale ont échoué à cause d’un examen insuffisant de certains paramètres.

En effet, ces reformes consistent tout simplement à identifier avec une exactitude les problèmes qui méritent une solution tout en évitant des diagnostics erronés concernant les problèmes à résoudre.

Toutefois, Nous invitons le lecteur à pardonner l'absence d'une réponse exhaustive à chacune de ces questions soulevées ci-dessus, car comme le soulignait Badara Dioubaté(2004), un des principaux rôles de l'économiste est de savoir poser des questions qu'il juge pertinentes pour l'amélioration de la visibilité, sans pour autant prétendre apporter des solutions« miracles» qui n'existeraient pas dans l’absolu.

En ce qui concerne la question principale soulevée ci-dessus, nous avons le devoir de souligner que depuis sa création, la Banque centrale a subie diverses modifications de ses statuts (notamment en 1961, 1980, 1985 et 1994). Ces modifications se sont révélées sans succès dans la résolution des vrais problèmes auxquels elle est confrontée. Certes, la Nouvelle Commission Indépendante créée le 04 mai 2007 par le Premier Ministre de large consensus pour la revue des statuts et de la politique monétaire de la BCRG a obtenu des résultats notables par rapport à la reforme menée en 1994.

Cela étant dit, pour revenir à la question principale soulevée ; question qui nous parait extrêmement importante dans la mesure ou toute réforme de la Banque centrale doit commencer par le choix d'un statut clair concernant son autonomie (qui peut être totale ou partielle) ou son absence d'autonomie (dépendance totale) vis-à-vis de l'Etat.

A ce niveau, le véritable problème ne réside pas dans le fait que la BCRG soit dépendante de l'Etat, car dans de nombreux pays dits développés (à l'exception des Etats-Unis et de l'Europe en particulier) et en développement, les Banques centrales sont dépendantes des Etats (Badara Dioubaté, 2007).

Cela veut dire que dans notre pays, la dépendance de la BCRG peut être maintenue car comme le soulignait H. POINCARRE, «la monnaie est trop importante pour la laisser dans les mains des banquiers centraux ».

En revanche, l'Article 28 des statuts de 2009 de la BCRG indique que : «la Banque centrale consent des avances à l'état, tous concours confondus jusqu'à concurrence de vingt pour cent (20%) des recettes budgétaires constatées au cours de l'année budgétaire écoulée ».

Les conditions d'accès à l’avance et les modalités sont fixées par l’article 7 des statuts de 2009. Conventions passées entre le Ministre des finances et le Gouverneur de la Banque Centrale. En outre, contrairement aux statuts de 2009, les statuts de 1994 ne traitent pas l'éventuelle participation de l'Etat au marché secondaire des titres publics aux conditions de marché. Tandis que les statuts de 2009 indiquent à l'article 36 que « Sans préjudice les dispositions susmentionnées, la Banque Centrale peut accorder des avances temporaires à l’Etat ne dépassant pas 92 jours calendaire sous réserve que lesdites avances soient accordées aux taux d'intérêt du marché en République de Guinée. L'encours total desdites avances de la Banque Centrale versées au titre du paragraphe précédent n'excède pas 5% de la moyenne annuelle des recettes ordinaires pour les trois (3) de exercices financiers précédant l'année et pour lesquels les comptes sont disponibles ». Au regard des critères d'indépendance légale, les statuts de 2009 donnent une plus grande indépendance que ceux de 1994 (Ahmed Tidiane Diallo, 2010).

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A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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