Dernier hommage à Abdoulaye Bah au Palais du peuple : Qui était-il et pourquoi tant d'égards ?

Journalistes, parents, amis, alliés, anonymes ont rendu un dernier hommage à Abdoulaye Bah, ce jeudi 21 juin au Palais du peuple. Il sera inhumé demain à Dinguiraye après la prière du vendredi. Qui était Abdoulaye Bah, ce jeune talentueux journaliste que tout le monde pleure ? Quel est son parcours professionnel, scolaire et universitaire ?

Décrit comme « timide socialement, malgré ses blagues » par Mouctar Diallo, directeur de publication du journal l’Observateur (où il a fait ses premiers pas), qui l’a accueilli en 2004, « il voulait faire exclusivement du sport. Nous lui avons dit que nous pensons qu’il n’a d’avenir pas qu’en sports seulement. Il faudra intégrer le journalisme politique. Il a dit OK. Je l’ai confié la page 3 (Focus). La première fois, il y avait un sujet su Getma et Bolloré. J’appelle le ministre feu Youssouf Sylla, ministre de la pêche d’alors pour qu’il donne des infos à Abdoulaye par rapport au courrier de M. Keira. Abdoulaye me dit qu’il n’a jamais parlé à un ministre. Je lui ai répondu que c’est l’occasion et qu’il finira par parler à un président. Il fait le papier. Après la publication du papier, Abdpulaye revient me dire : mine de rien le papier a eu du succès. Je lui ai répondu que c’est ainsi, il faut juste de l’audace. Il s’est adapté avec le concours de Makalé, Assia, Japonais, etc. Abdoulaye a eu la chance d’être encadré par Issa Kouyaté, Aboubacar Sano, Tibou, Top Sylla, El-Béchir Diallo. Son succès ne me surprend pas, il a appris avec des maitres ». Même que Abdoulaye s’est intégré difficilement, il se plaignait régulièrement de ses collègues Hawa Daff, Makalé. Le Moutarde est resté insensible à se plaintes : « Je ne serais jamais juste avec toi. Un, t’es de la famille, deux t’es talentueux, trois t’es de la famille marabout de Dinguiraye. Les autres n’ont pas cette chance. C’est pour être juste avec ces gens que je suis injuste avec toi. Je suis du côté des faibles ». Message reçu. Abdoulaye fini par s’en accommoder jusqu’à son départ de l’Observateur pour Guineenews en 2011. Il finira par quitter définitivement l’Observateur en 2014.

Aux origines de Abdoulaye

Amadou Djouldé Diallo, historien et journaliste sportif dit avoir connu Abdoulaye Bah dans les stades, le hasard des rencontres à Mouna, (siège de Guineenews). De coutume et d’usage dans la presse, dit-il, un journaliste est spécialiste de tel ou tel autre genre. Abdoulaye Bah, lui, était de tous les genres, « à l’aise dans le traitement de toutes les informations avec la même célérité ». Cette intelligence de Abdoulaye Bah est héréditaire, dont la famille a une longue et riche tradition établie et consacrée d’être une sorte de dynastie du savoir depuis le temple de Bodié (Dalaba) jusqu’à Dinguiraye, laisse croire l’historien Djouldé. « Nul doute que l’apprentissage du petit érudit a commencé sur les braises ardentes Dhoudhal. La fidélité à Cheick Oumar Foutiou Tall a poussé ce dernier à désigner depuis plus d’un siècle, la famille de Abdoulaye Bah d’assurer l’imamat de la mosquée de Dinguiraye. Cheick Oumar Tall qui a séjournée plusieurs fois à Satina (Labé), et Tossokéré (Timbi Madina) où il avait fait construire une mosquée chez le marabout Ibrahima MBemba Diallo. Les fidèles qui suivaient le marabout se comptaient par milliers, un brassage de plusieurs clans et tribus, mais seule la famille Bah de Bodié du regretté Abdoulaye s’est vu confier l’imamat de la mosquée. « Une marque de confiance qui vient s’ajouter à celle que le Foutah avait pour Bodié en y installant la Haute de justice du royaume ». Pour l’historien, Abdoulaye Bah s’est fortement enrichi des valeurs de toutes les communautés qui peuplent Dinguiraye. Et de conclure son intervention sur une citation de Simone Veil : les erreurs de se regrettent pas, elles s’assument ; la peur se fuit pas, elle se surmonte ; l’amour ne se crie pas, il se prouve.

Parcours scolaire et universitaire

Fils d'El-Hadj Thierno Mamadou Bodjé Bah (grand imam de la mosquée d'El-Hadj Oumar Tall) et de Aïssatou Kanfoulianké Bah est né le 10 mars 1977 à Fansa, district de koumbia leye-fèllo, commune urbaine de Dinguiraye. Abdoulaye Bah est inscrit à l’école en octobre 1984 a l'école primaire de Fansa où il étudia jusqu'en 4e année. Puis transfert au centre-ville pour faire la 5e et la 6e année à l'école primaire du Centre I ou il décrocha son certificat de fin d'étude élémentaire en 1990. Admis au collège Elhadj Oumar Tall, il passa son brevet en 1994 et obtient son BEPC, fait le lycée El-Hadj Oumar Tall. Il obtient le Bac I en 1996, puis transfert au lycée Wouro de Labé où il obtient le Bac II en 1997. Admis au concours d'accès à l'université en 1999 après un échec en 1998. Orienté à la Faculté des lettres et sciences humaines à l'Université Gamal Abdel Naser de Conakry où il obtient un diplôme de journalisme.

Abdoulaye se marie en février 2017 avec Marie Louise Bah native de Dalaba. Il meurt le 17 juin 2018 à Conakry, à 41 ans. Il n’a pas d’enfant.

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A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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