Immigration clandestine : Près de 100 Guinéens rapatriés de la Libye

Le 14 mars, un avion affrété par la branche OIM, (Organisation internationale pour les migrations) de Libye a atterri sur le tarmac de l’aéro-hangar de Conakry Gbessia. A son bord, 98 Guinéens extirpés des geôles libyennes. Ils ont choisi de rentrer.

Que des rêves brisés, des espoirs déçus, des âmes meurtries et traumatisées. Groupés à la maison des jeunes de Matam, devenu maison d’accueil des migrants, ceux qui ont des parents à Conakry sont allés se reposer. Voire se réparer. Les autres, attendent de regagner leurs préfectures d’origine. Siaka Kourouma est de Siguiri. « Les arabes sont méchants, ils te font travailler, si tu demandes de l’argent, ils t’emprisonnent si tu as de la chance, sinon ils te tuent, tout simplement ». Un jour dit-il, un arabe lui a proposé de nettoyer sa maison, ce qu’il a accepté. Il cherche du travail, non ! Sur le chemin, « il m’a vendu. Ceux qui m’ont acheté pensaient que j’ai de l’argent, ils ont trouvé que je n’ai rien, alors ils m’ont amené en prison ». L’OIM en visite dans son pénitencier a proposé de ramener tous ceux qui sont intéressés. Du pain bénit pour Siaka. Il est rentré. Pour rentrer chez lui, l’OIM lui a gratifié de 50 euros, il va regagner sa Siguiri natale dans les prochains jours. Désormais, même en Europe, « je ne vais pas maintenant ».

Un autre infortuné, Sow Alhassane  de Kindia a quitté la Guinée en août 2015 avec l’ambition de rejoindre l’Europe. Lui aussi dit avoir été vendu à des bandits qui l’ont emprisonné trois mois à Baniwalid. Dès qu’il a été libéré, il est parti à Tripoli. Là encore, « un soir, des individus armés et masqués sont venus défoncer les portes et nous ont demandé si on n’a pas de la drogue ou des femmes avec nous. On a répondu que non. N’empêche, ils nous ont fait sortir et ont mis le feu à notre logement, c’était au 3è étage ». Pour la deuxième fois, Alhassane est conduit en prison, puis maltraité. Il sera conduit avec d’autres détenus à une autre prison. « C’est là que l’OIM m’a trouvé pour me proposer de revenir. Sans réfléchir, j’ai accepté, c’était trop dur ». Marié et père de deux enfants, Alhassane dit supporter huit bouches à nourrir. Avant de quitter la Guinée, il revendait des matériaux de construction, ce qu’il compte reprendre pour se refaire une vie, une fois à Kindia. Il remercie vivement l’OIM pour son retour, et à l’ambassadeur de Guinée à Tripoli pour avoir souvent rendu visite à ses compatriotes en prison. 

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Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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