Carnet déroute: En attendant le péage Cona-cris – Bamako

« En Guinée, nous n’avons pas de routes ». Déroutante confession du professeur Prési Alpha Grimpeur, en marge de la deuxième édition de la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique d’Abidjan, du 28 au 30 mars.

Ce n’est que peu dire, à voir l’état piteux notamment de la nationale Conakry – Mamou – Labé, partie de la future autoroute à péage Conakry – Bamako promise, fin décembre 2016 à Kindia, par celui que des petits saboteurs appellent affectueusement « Papa promesses ».

Déjà extrêmement dégradé, ce tronçon routier s’est vu dépouillé du peu de bitume qui lui restait, au profit d’un colmatage qui tarde à s’achever, pour ne pas dire à commencer. De Cona-cris à Labé, presque tout a été renversé, gratté par des machines. Tel le passage d’un hertz sur les sillons d’un champ fraîchement labouré. Comme autrefois à Kaporo-rails, les bulldozers de Guicopress et Cie ont préféré tout démolir que de procéder par étape. Sans que la réparation suive le même rythme. Ce qui laisse du temps aux usagers, tout aussi déroutés, de se perdre dans les nuages de poussière, de respirer davantage de maladies qui accroissent le bilan macabre des accidents intempestifs. Le temps ? Que vous passiez plus de dix-heures sur une distance d’à peine 400 km, l’essentiel est de ne pas arriver à destination à bord d’un cercueil.

Les rackets ? « Monsieur Diallo, oubliez la vignette, présentez-nous l’extincteur et la boîte médicale », ordonne une pandore au barrage de contrôle de Linsan, mercredi 29 mars. Ne pas fournir ces nouvelles pièces expose le contrevenant au pot-de-vin. Pendant que le commandant facturait au téléphone le syndicat des taxi-motos de Kamsar pour avoir arrêté un voleur de moto en provenance de ce buisson. « Nous avons votre moto, venez avec deux millions de francs », martèle-t-il. Et de prévenir son interlocuteur à l’autre bout de fil : « Y a pas de Fî sabîllillahi, hein ! » Essayant, en vain, de rappeler au pandore qu’il est payé, habillé et nourri par l’Etat pour sécuriser les Guinéens et leurs biens, il rétorque : « Avec la malhonnêteté du Guinéen, nous pouvions garder la moto et libérer le voleur. Vous devriez nous remercier de l’avoir pas fait ». Le raisonnement était imparable.

Reprenons la route. Exit mars, place aux premières pluies qui ont déjà coûté la vie à une mère de famille de 27 ans à Kobayah, banlieue est de Cona-cris. Sans une avancée notable du long chantier routier. C’est à se demander si la capitale ne sera pas coupée du reste du pays profond pendant l’hivernage. Heureusement (pour ceux qui auront le prix du billet) que la nouvelle compagnie privée franco-guinéenne, Guinea Airlines, a (officiellement) lancé ses vols le 25 février 2017, avec l’ambition de rallier Cona-cris à certaines capitales Ouest-africaines via les chefs-lieux de région de Labé, Kankan, Nzérékoré. Pour…leurre, le coucou, dont le premier décollage est annoncé pour ce mois d’avril, demeure encore cloué au sol. Mais qu’en est-il du mauvais état des aérodromes de ces villes, non opérationnels depuis belle lurette ? A Labé par exemple, la piste d’atterrissage a été envahie par des constructions anarchiques d’habitation privée. Le coût de réhabilitation des différents aérodromes se chiffrerait à cinquante milliards de francs glissants. Mais le plus coûteux serait de satisfaire à la condition préalable des aigris pour emprunter Guinea Airlines : que le Président Alpha Condé…grimpe le premier.

Diawo Labboyah

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Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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