Tueries du 22 mars : Des familles réclament justice

Tueries du 22 mars : Des familles réclament justice

Alpha Grimpeur et son clan ne font pas dans la demi-mesure quand il s’agit de mâter les opposants à la nouvelle Constitution. Pendant la journée du 22 mars (jour du double scrutin légis-tardif et référendaire), une dizaine d’âmes a été arrachées à l’affection des siens. Parmi ces personnes tuées, figurent Issa Yéro Diallo, ménagère de 28 ans et Ousmane Barry, 23 ans, lycéen. 48h après ces meurtres, leurs familles demandent que justice soit rendue : « Le 22 mars, il est resté à la maison jusqu’à 12h. Entre temps, il y a son voisin qui a reçu une balle, ils sont sortis s’enquérir de ses nouvelles. Vers 13h, les forces de l’ordre sont arrivées. Ça a tiré dans tous les sens et Ousmane a reçu une balle sur le flanc droit de son ventre. La balle a traversé, et les reins et les viscères. La Croix-Rouge l’a évacué à l’hôpital Donka. Ils l’ont admis au bloc opératoire, mais il n’a pas survécu. Ce sont des policiers et des gendarmes qui étaient sur les lieux, on ne sait pas qui d’entre eux a tiré », explique Dr. Oumar Sadio Diallo, oncle du défunt Ousmane Barry. Il annonce certes une plainte contre X pour retrouver les assassins de son neveu, mais il ne se fait pas d’illusions : « On va porter plainte en espérant que justice sera rendue. Mais rappelez-vous que depuis 2010, depuis l’avènement de Monsieur Alpha Condé au pouvoir, nous sommes à près de 160 morts, le plus âgé n’a que 35 ans. C’est la jeunesse qu’on est en train de détruire ».
Dr. Diallo garde une dent noire contre la sortie médiatique du mystère de la Sécurité et de la Protection civile. Albert Damantang-tangue et ses hommes accusent des manifestants de détenir des armes : « C’est la rhétorique maintenant, on est habitué à ce discours. Mais je ne sais pas comment des jeunes adolescents peuvent entrer en possession de fusils de guerre. Ce n’est pas possible. Il est facile de faire une enquête balistique, mais il n’y a aucune volonté de la part des tenants du pouvoir ».
Al Hassane Diallo, lui, a perdu son épouse, le 22 mars, à Ansoumaniah dans la commune de Dubréka. Dame Issa Yéro Diallo a été tuée dans des conditions rocambolesques : « Moi j’étais au village, c’est ma fille de 7 ans qui m’appelé pour me dire : « Papa, tu ne viens pas nous voir ? On a tiré sur ma mère, elle saigne, elle est morte ». D’après les explications, elle a été tuée par un gendarme. Il y a eu des tirs dans le quartier. Quand elle a fini de préparer, elle n’a pas vu ses enfants. Elle est sortie les chercher. Il y a eu beaucoup de tirs, c’est quand elle a voulu se retourner, on lui a tiré dessus ». Al Hassane Diallo demande justice pour sa femme : « A chaque fois il y a des tueries, on ne respecte pas les femmes. Je peux pardonner, mais je ne peux pas oublier. Pour que cela ne se répète plus, les autorités doivent tout faire pour que lumière soit faite ».
Dame Issa Yéro Diallo a été enterrée hier lundi à Ansoumaniah. Le corps d’Ousmane Barry quant à lui, se trouve à la morgue de l’hôpital Ignace Deen.

Yacine Diallo

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A propos

Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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