Souapiti : Des ‘’sinistrés’’ se plaignent de la fermeture d’une vanne

Souapiti : Des ‘’sinistrés’’ se plaignent de la fermeture d’une vanne

La construction du barrage de Souapiti ne fait pas que des heureux. Depuis le début des travaux, les sites choisis pour recaser les riverains du barrage posent problème. Ces derniers accusent la direction générale du projet Souapiti d’avoir choisi de façon unilatérale les lieux qui doivent les abriter. Ce 23 septembre, l’Union pour la défense des sinistrés de Souapiti, UDSS, a tenu un point de presse. Objectifs, dénoncer les inondations des villages tels que Koba-Saliabet, Bouramayah, Yenguissa, Bangouyah, Kouloufa-Bounkibet, Tambikhouré…causées par la fermeture de la première vanne du barrage de Souapiti ; l’omission d’autres villages dans le recensement et le fait que des responsables de Souapiti seraient en train de forcer la main à certains villageois d’aller s’installer dans des zones qu’ils n’aiment pas. C’est notamment le cas de Souguékourou-centre qu’on oblige de migrer vers Condobhof.

Ce déplacement concerne 12 355 personnes qui habitent 16 sites aux alentours du barrage. Certains ont déjà été réinstallés dans 5 sites, mais d’autres refusent carrément d’occuper les 11 autres. La raison, ces sites ne seraient pas en conformité avec leurs pratiques agricoles. Mais cette tension jusque-là latente aurait été ravivée par la visite du ministre de l’Energie dans la zone. Cheick Taliby Sylla se serait rendu à Siraforet, Kinfayah, Kondobhof et Konkouré-centre pour communier avec les habitants qui ont accepté de libérer les lieux concernés par les installations du barrage. Pendant ce temps, l’une des vannes du barrage, fermée avec faste, en présence du ministre et d’autres cadres quelques semaines plutôt, inondait plusieurs villages : « Nous sommes une population désœuvrée, en désespoir, dans la mesure où les autorités ont préféré fermer la vanne, alors qu’il y a des parties de cette population qui ne sont pas recensées, ou qui sont recensées mais qui ne sont pas réinstallées dans de nouveaux sites. Aujourd’hui, les villages recensés sont en train d’être inondés à tel point que personne ne veut plus y rester » accuse Me Oumar Camara, porte-parole du collectif. Certains habitants concernés par ce déguerpissement auraient fait savoir à la direction générale de Souapiti qu’ils étaient prêts à aller chercher où s’installer à condition qu’ils reçoivent les montants exacts du dédommagement. Ces derniers auraient opposé une fin de non-recevoir. Le porte-parole de l’UDSS explique : « Il n’y a plus de maisons pour eux, ils ne sont pas dédommagés. Les autorités refusent d’entendre ce qui prévaut dans ces localités. Il n’y a pas de sites pour ces personnes. Aujourd’hui, ils ne veulent même plus construire dans les sites qu’ils ont choisis. Les gens ont dit qu’ils sont prêts à leur faciliter la tâche, en demandant juste la valeur proportionnelle de ce qu’ils avaient, jusqu’à présent aucun responsable n’agit dans ce sens ».

Pourtant, avant le début des travaux, autorités et riverains étaient d’accords sur un certain nombre de conditions concernant le recasement. Rien de tout cela n’aurait été respecté selon Me Oumar Camara : « Il est prévu que pour déplacer une population d’un point A à un point B pour une cause d’utilité publique, c’est normal, mais qu’on réinstalle l’intéressé sur de nouveaux sites qui vont être construits conformément aux règles de l’art. Malheureusement, rien n’est fait. Quand on prend un cultivateur, on l’envoie à un endroit où il n’a absolument rien à faire, il n’y a plus d’espaces agricoles pour l’intéressé, ça devient compliqué. On ne peut pas comprendre qu’un projet de la carrure de Souapiti soit fait sans que les populations impactées ne soient réinstallées. Et, même ceux qui ont été réinstallés se lamentent, les gens traversent des situations inhumaines. 12 355 personnes ont été déplacées, le projet a préféré leur envoyer un sac de riz par trois mois et par ménage au lieu de leur créer des conditions pouvant leur permettre de se prendre elles-mêmes en charge ».

Ce collectif de sinistrés se dit convaincu qu’Alpha Condé n’est pas au courant de ce qui se passe sur le terrain, lui demande d’intervenir : « Il faut que le président de la République prenne ses responsabilités. Le ministre Cheick Taliby, lui, connait pertinemment la situation. Le lundi dernier (16 septembre, ndlr), il était sur le terrain, il a préféré visiter une partie du terrain abandonnant l’autre. Alors qu’il sait pertinemment que plusieurs villages sont concernés. Donc, on ne peut pas compter sur lui ».

Yacine Diallo

Dernière modification lemardi, 24 septembre 2019 15:53
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Le Lynx est un journal hebdomadaire satirique guinéen inspiré par le Canard enchaîné français. L'une de ses marques de fabrique est l'attribution de sobriquets à tous les acteurs politiques guinéens (« Fory Coco » pour Lansana Conté, par exemple, ou « Alpha Grimpeur » pour Alpha Condé). Fondé en 1992 par Souleymane Diallo, il a résisté aux censures, pressions et arrestations, arborant à son fronton deux citations : l'une de Lansana Conté : « Je n'ai pas peur des critiques», l'autre d'Arthur Koestler : « L'histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles ». Le lynx est aujourd’hui la référence numéro 1 en Guinée dans la presse écrite.

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