Près de six ans après le dossier de l’assassinat de Mme Aissatou Boiro, alors directrice nationale du Trésor public et Paul Temple Cole, informaticien à ETI Bull, a refait surface au Tribunal de première instance de Dixinn le lundi, 15 octobre 2018. Pour être aussitôt renvoyé.
Alors que la lecture de l’arrêt de renvoi est faite, les débats ouverts, l’audience a fini par être renvoyée. Pour cause, une irrégularité dans la composition du tribunal, soulevée par les avocats de la défense. Thierno Souleymane Barry, un des assesseurs qui devait siéger a brillé par son absence dans la salle d’audience. Aussitôt, il a été remplacé par un autre, qui serait un juge d’instruction au sein du Tribunal de première instance de Dixinn. Ce qui, selon les avocats de la défense, est une violation de la procédure en la matière. Selon eux, quand une procédure est ouverte devant une composition, il faut que les magistrats restent et demeurent. Parce qu’ils ont été désignés par une ordonnance du président du tribunal. Et lorsqu’un des assesseurs est empêché, il faut une autre ordonnance pour le remplacer. A partir de là, la procédure reprend de zéro. Malheureusement, cela n’a pas été le cas dans ce procès, souligne Me Jocamet Haba, l’avocat de la défense. C’est pourquoi, lui et ses pairs n’entendent pas cautionner cela. D’où le rejet systématique de la poursuite des débats. «On a trouvé un juge qui a été nommé par décret dans ce tribunal comme un juge d’instruction. Il y a quand-même une séparation nette entre la fonction de poursuite d’instruction et de jugement. Nous, nous avons estimé que la composition était irrégulière, et nous ne pouvons pas cautionner cela en tant qu’avocat de la défense, pour ne pas que demain ou après-demain, les gens disent que les avocats étaient là, cela a été fait devant eux, ils n’ont rien dit ; pourtant, c’est le b+a=ba du droit ».
Cette exception soulevée est intervenue environ une heure, après l’ouverture des débats. Appelé à la barre en premier, Mohamed Sankhon, a nié en bloc les accusations : association de malfaiteurs, vol à main armée, assassinat, tentative d’assassinat, détention illégale d’armes de guerre et de munitions, détention et consommation de chanvre indien, coups et blessures volontaires, recel et complicité. Au sortir de la salle d’audience, Me Lancinet Sylla, avocat de la partie civile, impatient de voir l’accélération du procès, n’a pas manqué de déplorer le renvoi du procès. Malgré l’irrégularité constatée par les deux camps. Arguant que «les débats étaient très avancés ».
Toujours est-il que c’est la deuxième fois que le tribunal connaît une recomposition. Cela, après des problèmes d’administration judiciaire soulevée à la première ouverture de l’audience et la mutation de certains magistrats lors des vacances judiciaires. Près de six ans après l’assassinat de Mme Aissatou Boiro et Paul Temple Cole, leurs familles attendent encore justice. Tout le souhait de l’avocat de la défense, c’est de voir le tribunal en charge du jugement de leurs présumés assassins, respecter la procédure, pour que cette fois-ci, le procès suit son cours normal, sans retard. L’audience est renvoyée au 22 octobre 2018.