Les témoins continuent de défiler à la barre au procès du massacre du 28 septembre 2009. Lundi 22 janvier, professeur Hassane Bah, médecin légiste, a témoigné devant le tribunal.

Lors de son témoignage, Pr Hassane Bah a indiqué qu’après le massacre, il a reçu 58 corps dans 3 camions militaires peu après 20h, dans les différentes morgues : 34 à l’hôpital Donka, 24 à l’hôpital Ignace Deen. Sans réquisition du procureur, il dit s’être limité à l’expertise médico-légale à savoir : identification et préparation des corps. Selon le médecin légiste, ces personnes sont mortes par armes à feu, armes blanches et par étouffement. Il précise que 31 corps ont été formellement identifiés et restitués à leurs familles. « Lorsque nous avons fini d’examiner ces corps, les corps non identifiés sont toujours restés dans la chambre froide. J’étais en contact avec la commission de restitution des corps. Chaque fois qu’il fallait restituer un corps formellement identifié, on m’appelait pour me dire, telle personne arrive, que je pouvais restituer. Pour les corps non identifiés, il était question d’organiser une identification visuelle pour appeler les gens qui ont perdu des proches de venir examiner, revoir une dernière fois si toutefois il y a une chance de retrouver un proche ou un parent. Dans un premier temps, ils ont proposé que cette restitution se fasse à la morgue. Par expérience, je leur ai dit qu’il était préférable de faire à la grande mosquée. Nous avons envoyé les corps non identifiés au nombre de 27 à la grande mosquée Faycal qui restaient à Ignace Deen et à l’hôpital Donka. Nous avons fait les soins pour faciliter la reconnaissance des corps. Parmi les corps, il y avait 11 qui étaient en début de putréfaction. Nous avons essayé autant que possible de préparer ces corps, de mettre sous formol, pour faciliter la restitution, restituer de la dignité de ces personnes décédées. Donc, les corps ont été exposés à la grande mosquée. On a fait le tour, j’étais là en blouse avec mes collègues médecins militaires. Il y avait les membres de la commission, des imams, des prêtres, des ministres. Ma mission était de veiller sur l’état des corps et aider autant que possible à la recherche et à l’identification des corps. Et lorsque l’identification des corps est formelle par les familles, les corps ont été restitués. Il est resté quelques corps qui n’ont pas été identifiés. L’enterrement de ces corps a été effectué par le CICR. Les corps ont été embarqués dans un camion militaire, pour le cimetière de Kameroun. Quelques mois après, le président Dadis a mis en place une commission d’enquête nationale. Comme j’étais membre de cette commission, je savais qu’il y avait des corps non identifiés qui avaient été enterrés à Kameroun, j’ai proposé que certains corps soient exhumés.  Nous avons demandé à ce que les proches des personnes décédées viennent pour le prélèvement de sang, à la recherche de l’ADN parmi ces parents des victimes.  Nous avons fait l’exhumation, nous avons suivi le protocole, nous avons pris contact avec un laboratoire français. Nous sommes allés avec les prélèvements. Finalement, c’est un laboratoire de Nantes qui a fait le travail. Malheureusement, le résultat n’était pas concluant… »  

Contrairement à ce que disaient certains accusés, notamment l’ancien président capitaine Moussa Dadis Camara et l’ancien ministre de la Santé, Colonel Abdoulaye Shérif Diaby, professeur Hassane Bah est formel : seuls 27 corps ont été exposés à l’esplanade de la mosquée Fayçal au lieu de 57. Et parmi les 27 corps qui avaient été exposés, au moins deux corps auraient été restitués, les 25 qui restaient auraient été enterrés par la Croix rouge, au cimetière de Kameroun.  Pourtant Moussa Dadis Camara et son ministre de la Santé qui se sont succédé à la barre ont affirmé mordicus qu’une commission de restitution des corps avaient été mise en place et que les 57 corps avaient été remis à leurs familles respectives, pour inhumation.

Mamadou Adama Diallo