L’ancien prési de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, a pris 4 ans de taule. Une semaine après, l’ancien ministre de la Défense du prési Grimpeur est fixé sur son sort, la Cour de répression des infractions économiques et financières condamne Mohamed Diané à 5 ans de prison et la confiscation de ses biens. La liste de ces biens, les réseaux sociaux en font les choux gras. Tous se demandent comment le simple enseignant à l’origine, a pu accumuler tant de biens.

Dans la galère de l’opposition, l’homme se trouvait à fond de cale. Le bras droit de l’Opposant historique fera évidemment appel de ce verdict. Mais ses chances de sortir blanc comme neige sont très minces. Il a léché le miel pendant 11 ans, il devra se taper le piment. C’est le revers de la médaille. Le pouvoir vous hisse haut et la chute peut être fatale. Surtout pour un septuagénaire. Outre ces deux ténors du RPG à broyer du noir, Michel Kamano, ancien ministre et ex-premier questeur de l’Assemblée nationale. Il a pris 5 ans, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international. La CRIEF ordonne la saisie de ses biens. 

Voilà qui nous ramène au 5 septembre 2021. Pour justifier la déposition du Grimpeur, Doum-bouillant avait égrené une liste de faits et méfaits de celui qu’il venait de mettre à la retraite anticipée: politisation à outrance de l’Administration, violations des droits de l’homme, instrumentalisation de la justice, etc. Des faits que le plus zélé de des partisans du Grimpeur ne pouvait nier. Tant cette trilogie était un os dans la gorge du Guinéen. Le nouveau maître promet d’y mettre fin. Dans l’euphorie, il rencontre les hommes en robe noire. Ces derniers font leur mea-culpa, ils avouent publiquement avoir été complaisants voire complices durant 11 ans.

Ce peccavi, était censé redorer le blason de la justice. Surtout que les nouvelles autorités ont proclamé face à la planète entière que la justice sera la boussole qui orientera toutes les décisions. Aujourd’hui, l’optimisme est à la dimension du désespoir. L’impunité a été érigée en système de gouvernance durant 36 ans (Conté et Condé). Les délits économiques et les crimes de sang sont légion, leurs auteurs narguent la justice. Les citoyens ont le sentiment que le seul critère de nomination est le vol ou le meurtre. La nomination de présumés auteurs de crimes du 28 septembre 2009 par un homme dont les “siens” avaient été victimes de cette tragédie humaine avait fini par convaincre le plus optimiste que l’injustice triomphe définitivement.

Le coup d’éclat du 5 septembre 2021 a suscité un immense espoir. Les prisonniers politiques recouvrent la liberté. Certains d’entre eux se retrouvent ministres. Le tristement célèbre camp de Sorokoni, s’il n’est pas fermé, pensionnaires du goulag tropical, sortent. Un vent de liberté souffle. Les illusions ne durent pas. Il y a l’expulsion de leur domicile des deux hommes politiques susceptibles d’occuper le fauteuil du Colonel devenu Général, au cas où le serment du 5 septembre n’est pas un canular. La Révolution rapplique, la résidence de l’un est saisie pour l’intérêt public, celle de l’autre, réduite en poussière.

Les SDF ne se font pas prier pour se mettre à l’abri. Comme le dit le sage : « Tue-moi, tue-moi, c’est qu’on est entre les mains d’un ami ». Ces deux événements annoncent la couleur : La boussole a grippé. Comme un écho du prési Fory Coco qui fit sauter le couvercle de la marmite en janvier-février 2007, en déclarant : « La justice c’est moi. » Que l’on se tienne pour dit, notre justice et notre justicier, c’est notre nouveau Timonier.

La boussole sommeille. Il y a eu le procès sur les événements du 28 septembre 2009. L’année finit avec la condamnation de ceux qui ont confondu la caisse commune et leurs poches. La prouesse du tombeur du Grimpeur est assombrie par la disparation de Guinéens qui ont le tort de dire que la transition ne doit pas être un contrat à durée indéterminée.

Habib Yembering Diallo