Au lendemain de l’indépendance, lorsque l’intelligentsia africaine et noire venue aider la Guinée après le retrait des enseignants français décida, elle aussi, de se retirer du pays, face aux prémices dictatoriales, Sékou Touré créa l’Ecole normale secondaire de Dabadougou pour pourvoir le jeune Etat en professeurs de collège et de lycée. Il en confia la direction à Boubacar Biro Diallo, l’un des meilleurs cadres du PDG-RDA.
L’École normale secondaire était loin d’être une école du parti. Il n’y avait ni bourrage de crâne ni lavage de cerveau. Toutefois, comme c’était un centre de formation de formateurs des pépites de la Révolution, il était nécessaire que les pensionnaires soient formés dans la rigueur et la probité morale.
Véritable père fouettard
La nomination de Boubacar Biro Diallo, réputé pour son éthique, était une réponse à cette exigence. Il en était de même du choix de l’emplacement de l’établissement, en l’occurrence les locaux de l’ancien Collège catholique à Dabadougou, à environ une dizaine de kilomètres de Kankan. Cela permettait de mettre à l’abri les Normaliens des turpitudes, du tourbillon et des déviances sociales de la grande agglomération de Kankan. Ce qui garantit l’entretien d’un environnement saint, favorable à l’apprentissage et à l’adoption de comportement requis par la profession d’éducateurs.
Boubacar Biro Diallo devint, compte tenu de toutes ces exigences, un véritable père fouettard. Il veillait à tout, comme sur la prunelle de ses yeux. La propreté de l’établissement n’échappait jamais à sa vigilance. L’assiduité et la ponctualité des Normaliens le préoccupaient au point qu’il faisait la ronde des salles le soir, à l’heure des révisions. On l’aurait pris pour l’intendant de l’établissement, tant sa présence dans la cuisine et le réfectoire était régulière. Son souci du bon fonctionnement de l’établissement, y compris la qualité de la prestation des professeurs, était évident.
Croix de compagnon de l’indépendance
Un évènement ubuesque marqua le petit monde de l’Ecole. Un jour, M. Diallo plus fébrile que d’ordinaire, fit réveiller les Normaliens plutôt que d’habitude et les réunit aux dortoirs. L’atmosphère était inhabituelle, lourde et tendue. On scrutait le visage du voisin. A un moment, le Directeur sortit de sa poche sa Croix de compagnon de l’indépendance et la mit au cou. Puis, il mit aux arrêt un groupe d’amis de la même région naturelle qu’il accusait d’avoir formé un clan ethno-régionaliste. Chose prohibée par la Constitution de la République.
Selon le Directeur lui-même, le port de sa Croix de compagnon de l’indépendance lui conférait les pouvoirs d’arrêter des individus. Alors, il embarqua le groupe fautif dans le camion de l’intendance et alla le mettre à la disposition du commissariat de la ville de Kankan, où ils resteront environ 2 semaines avant de rejoindre les dortoirs.
Sur le tard et sans doute à cause du poids de l’âge, El Hadj Boubacar Biro Diallo, après avoir dirigé le PUP et présidé l’Assemblée nationale, fit à Dadis Camara et Alpha Condé des éloges dithyrambiques qui laissèrent dubitatifs et médusés nombres d’observateurs avisés. En effet, il avait traité le premier de Moïse pendant que celui-ci était très controversé. S’agissant du second, il avait regretté qu’il soit venu trop tard à la tête du Pays. Ce qui est advenu à ces deux ne corroborent pas les propos du Vieux. On se demande bien pourquoi, après une si brillante carrière politique, El Hadj Boubacar Biro Diallo a commis ses grosses erreurs de jugement. Avouons, cependant, que cela n’altère en rien l’impressionnante personnalité d’El Hadj Boubacar Biro Diallo.
Abraham Kayoko Doré