Après un hommage national à lui rendu le 20 février à Cona-cris, Bana Sidibé, ancien ministre de l’Urbanisme et des Travaux publics, a été inhumé le 21 février dans son Foussén natal, à 9 km de Kankan. Retour sur son parcours !
Bana Sidibé, architecte en urbanisme, pétri de talent, né en 1938, est décédé le 16 février. Le défunt ministre de l’Urbanisme, puis des Travaux publics, fut l’architecte du schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) en 1991. Premier du genre. Artisan du Code foncier et domanial, du premier Schéma directeur de Cona-cris et de 15 villes de l’intérieur, il a largement apporté sa pierre à l’édifice du redécoupage territorial du pays.
Rentré au bercail vers 1984, Bana Sidibé « a sauvé Conakry. L’architecte confirmé a tenu une conférence sur le schéma directeur de Conakry. Il a émerveillé le défunt Président Lansana Conté, resté bouche bée. Tout le monde est séduit », se souvient le 20 février, Fall le Faux-fuyant ancien Premier ministre.
Avant l’exécution du schéma directeur, pour se rendre à l’aéroport de Cona-cris Gbessia, les habitants de Kipé faisaient un détour par Hamdallaye, Bellevue et Kénien. Faute de routes. Le natif de Foussén a corrigé cela, par la construction de la Transversale Kipé-Aéroport, conformément au schéma directeur. Lequel prévoit quatorze autres Transversales, des cités, des quartiers administratifs, des marchés, des espaces verts, des aires de jeux. « Il a fait réaliser la route Leprince, la meilleure de la Guinée. Elle n’a pas été donnée à des amateurs, comme on le fait aujourd’hui et qu’en trois ans, c’est détruit », observe Fall le Faux-Fuyant.
Ni femme ni fric
Bana Sidibé est parti du ministère de l’Urbanisme en 1992, « à la surprise générale », alors qu’il n’a pas un gît propre à lui. Il a rendu son teuf-teuf de service et tout autre bien de l’État, à l’image d’El Hadj Boubacar Biro Diallo, quand celui-ci a quitté le perchoir de l’Assemblée nationale en 2002. Il a passé l’arme à gauche le 8 février, à Mamou.
De 1992 à 2004, Bana Sidibé trimait à Cona-cris. « Il n’avait rien, car il n’a pas volé des fonds publics. Il empruntait des magbana (minibus) comme tout le monde. Il n’avait même pas fini de bâtir sa maison, alors que les autres ministres s’étaient rempli les poches. C’est un homme honnête, de grande probité, avec une sobriété exemplaire », ajoute celui l’a longtemps côtoyé.
« Un ami architecte m’a confié que Bana Sidibé n’est sensible ni à l’argent ni aux femmes. Vous savez, ce sont les deux facteurs qui entraînent la chute des hommes politiques. Mais, M. Sidibé n’était point sensible à ces deux fléaux », témoigne Fall le Faux-Fuyant. Nommé Premier ministre en 2004, il se rappelle avoir convaincu Bana Sidibé de revenir aux affaires, en intégrant son goubernement comme ministre de l’Aménagement du trottoir et des Travaux poussifs. Mais il avait décliné l’offre. Les raisons ? « J’étais tranquille à Dakar où j’enseignais. On est allé me chercher pour rendre service au pays et j’ai donné le meilleur de moi. J’étais en mission à l’étranger en 1992, quand on me limoge du gouvernement, sans m’informer, sans me fournir la moindre raison. Ainsi, je me suis retrouvé du jour au lendemain sans sou ni travail », lui a répondu Bana Sidibé. Finalement, convaincu par le PM Fall, Bana Sidibé reviendra comme ministre des Travaux publics de 2004 à 2006.
L’auto(dé)route Fidel Castro
Dès la première session du Conseil des ministres en 2004, Bana Sidibé a relevé des couacs dans le projet de l’autoroute Fidel Castro : « C’est une belle œuvre, mais il y aura plus tard un grand problème. C’est une voie express, mais je constate qu’à chaque grand carrefour, il y a soit une gare routière ou un marché. Alors, au lieu qu’elle soit une voie express, elle sera un goulot d’étranglement. Et nous perdrons le bénéfice des gros investissements. » C’est ce que nous sommes en train de vivre, malgré l’installation des barrières métalliques sur le terre-plein et la construction des passerelles sur l’autoroute Fidel Castro.
Balla Moussa Konaté, ingénieur de ponts et chaussées, joint au téléphone le 20 février, se souvient du lancement du schéma directeur de Cona-cris en 1987. Il avait été exposé à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Mais, « Bana Sidibé m’a confié que tout ce qu’il a prévu sur le plan n’a pas été exactement respecté. Par exemple, la zone réservée pour l’Institut de technologie à Enco-5 devient une zone d’habitation. Il a aussi prévu des rues larges, comme les transversales, afin d’en faire des routes de deux fois deux voies. Mais, la réalité est tout autre. »
« Bâtisseur dans l’âme »
Le ministère de l’Usurbanisme, de l’habitat indécent et de l’aménagement du trottoir a salué la mémoire d’un homme intègre et dévoué ayant marqué l’histoire de l’urbanisme. « Son héritage perdurera à travers les routes modernes et les infrastructures qu’il a contribuées à bâtir », écrit le ministère sur Facebook.
L’ancien ministre de l’Urbanisme « est un bâtisseur dans l’âme. C’est un grand homme, une fierté nationale, une icône. C’est une référence, une source d’inspiration pour les Guinéens. Bana Sidibé est un technicien compétent et honnête », déclare Balla Moussa Konaté. Pour Fall le Faux-Fuyant, aucun ministre n’a autant servi le bled que Bana Sidibé. « Je crois que si nous avions eu trois ou quatre ministres comme lui, la Guinée serait loin aujourd’hui », conclut-il. Hélas !
Yaya Doumbouya