Ah, la Guinée, ce pays merveilleux où l’on ne fait pas les choses à moitié ! Chez nous, voler est un art, une véritable discipline où les plus habiles finissent avec les honneurs, pendant que les cancres se retrouvent au bûcher populaire.
Les petits voleurs, ceux qui volent par nécessité, ceux qui chassent la cacahuète comme d’autres chassent la fortune, eux, on les expose sur les réseaux sociaux, on les bastonne avec ferveur, et on leur fait réciter l’alphabet du voleur. « Pourquoi tu voles ? » – « C’est la famine et la pauvreté… » Chuutt ! Mauvaise réponse ! Parce que dans ce pays, on ne pardonne pas les erreurs de débutant. Wallahi !
Les vrais champions, ceux qui raflent des milliards sans même transpirer, eux, ce sont des modèles de réussite. Des patrons, des stratèges, des visionnaires ! On les salue bien bas, on leur offre des fauteuils en cuir et on leur déroule le tapis rouge. Quand, par miracle, un de ces génies du pillage se fait attraper, c’est une autre histoire. Pas de lynchage ici ! Oh non ! La population elle-même, cette même population qui envoie les pickpockets à la morgue, devient soudainement un bouclier humain. « Libérez-le, c’est notre bienfaiteur ! » Bienfaiteur, oui, car il a su voler avec panache. Hé Kéla !
En Guinée, voler des milliards, c’est une carrière. Voler un téléphone, c’est une sentence de mort. Et gare aux apprentis ! Ici, on ne supporte pas l’amateurisme. On ne vole pas pour survivre, on vole pour s’élever !
À tous les petits pickpockets de Conakry, un conseil : arrêtez de gratter les miettes et regardez plus haut. Parce que dans ce pays, si tu veux voler sans risque, ne vise pas les cacahuètes… visez plutôt les caisses de l’État !
Un paradis, Wallahi, nous vivons dans un paradis ! Mais un paradis infesté de moustiques, de bandits et de taxes. Un paradis où, chaque matin, on se demande qui va disparaître aujourd’hui : un enfant arraché à sa mère, une concubine poignardée en live-stream, un pauvre citoyen racketté jusqu’à l’os sur la route. Hé Kéla !
Dans ce paradis, la peur est devenue un mode de vie. Quand tu sors de chez toi, tu pries deux fois : une fois pour ne pas écraser, une autre pour ne pas te faire écraser. Et si tu conduis, il faut encore prier pour ne pas croiser un agent de la circulation affamé qui voit en toi une occasion de remplir son ventre vide. A Fakoudou !
Et la télévision dans tout ça ? Un bulletin officiel de l’horreur et de la débauche. On y apprend tous les malheurs : kidnapping, poignardage, stratégies avancées d’escroquerie, drague, drogues, guerres et tout chat-là quoi ! Les écoliers, avant d’apprendre l’alphabet, ils apprennent à voler ou à tirer. Wallahi, à ce rythme, on finira par nous entre-dévorer.
Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, ça ne va guère mieux. Au Soudan, on massacre, au Vanuatu, on disparaît sous les eaux, à Gaza, les bombes pleuvent comme si c’était une météo ordinaire. Au Sahel, on extermine, en RDC, les mines valent plus que les vies humaines, et en Ukraine, on compte les morts plus vite que les heures. L’humanité entière semble coincée dans un feuilleton tragique… et nous, on est les figurants non payés.
Mais on chen fout. Peut-être qu’après cette vie, nous aurons enfin accès au VRAI paradis. Pas cet Eldorado en mode avion où tout est devenu un privilège, du pain jusqu’à la sécurité. Peut-être qu’au ciel, il n’y aura pas de taxes, pas de kidnapping, pas d’attentats ! Parce qu’ici-bas, nous sommes bien en enfer, mais sans le luxe d’avoir des flammes pour nous réchauffer.
Wallahi, si les anges avaient une boîte WhatsApp céleste, on sait déjà ce qu’ils y écriraient : « Ah bon Dieu, on te l’avait dit ! »
Souvenez-vous, au tout début, ils avaient protesté. Ils avaient dit : « Ya Allah, ces humains-là vont juste semer le chaos et verser le sang. Franchement, laisse-nous gérer la Terre, nous, on est propres, bien élevés, on ne fait pas de bêtises ! » Mais Dieu, dans sa sagesse infinie, leur a répondu : « Je sais ce que vous ne savez pas. »
Des millénaires plus tard, regardons-nous ! Guerres, crimes, kidnappings, corruption, brouteurs internationaux… L’humanité s’est surpassée dans le n’importe quoi. Les anges, eux, doivent être morts de rire ! (Enfin… façon de parler, parce que mourir au paradis, c’est compliqué).
Ils doivent se dire : « Regardez-les ! Ils ne peuvent même pas passer un jour sans se chamailler, ils passent plus de temps à voler qu’à prier… et ils osent encore demander des bénédictions ! »
Si on tend bien l’oreille, on pourrait presque entendre un chœur angélique chanter en boucle : « On te l’avait dit, Seigneur, mais bon… Faisons-leur confiance ! Regardons où ça les mène. » Wallahi, si un jour Dieu décide de faire un audit sur sa création, on est cuits ! À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet
Un chat m’a conté
Voler un œuf, c’est de la délinquance.
Voler un bœuf, c’est de l’élevage.
Voler un téléphone, c’est du banditisme.
Voler des milliards, c’est de la gouvernance.
Si tu voles pour manger, on te brûle.
Si tu voles pour t’élever, on t’acclame.
Finalement, en Guinée, le vrai crime,
Ce n’est pas de voler, c’est de mal choisir l’échelle.
S.D.