Alors que les Guinéens sont censés voter cette année, le débat enfle sur l’abandon ou non du Recensement administratif à vocation état civil. Les autorités annoncent un recensement biométrique, entre le 15 avril et le 30 mai, en Guinée et dans les ambassades à l’étranger, pour établir le fichier électoral devant servir de base au référendum constitutionnel, à la présidentielle, aux législatives ainsi qu’aux élections communales et communautaires.
Le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement) conditionne le retour à l’ordre constitutionnel à l’exécution d’un certain nombre de chantiers. Parmi ceux-ci, le Programme national de recensement biométrique à vocation d’état civil (PN-RAVEC), dont l’objectif est d’établir un registre national d’état civil : digitalisation des actes de naissance existants, recensement de nouvelles demandes d’actes, à travers la collecte des données personnelles des citoyens.
Au-delà du volet état civil, le gouvernement entendait extraire du RAVEC le fichier électoral devant servir de base aux futurs scrutins (référendaire, présidentiel, législatif, communal et communautaire) en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel annoncé cette année par le président et le gouvernement de transition. Une opération impossible, avaient alerté de nombreux observateurs. En vain.
Méthodologie « inopérante »
Dans une récente interview à Jeune Afrique, le Premier ministre Bah Oury a fini par admettre que «la méthodologie qui consistait à réaliser le PN-RAVEC jusqu’au bout et à extraire le fichier électoral s’est avérée inopérante. D’où des nouveaux mécanismes et un changement de système pour que, parallèlement, on procède au recensement électoral. L’idée est d’avoir, dans un laps de temps raisonnable, un fichier électoral représentatif de la population en âge de voter. Les deux vont ensemble. La construction du fichier électoral est un élément du PN-RAVEC». Face à l’insistance du journaliste pour davantage de clarification, le chef du gouvernement ajoute : «Concrètement, on est en train de travailler pour le PN-RAVEC et en même temps pour le fichier électoral, qui s’appuie sur les mécanismes et les techniques du premier. Le fichier électoral est un sous-ensemble du fichier d’état-civil.»
Aussitôt publié, l’entretien a provoqué un tollé. C’est la première fois que les autorités convenaient que le fichier électoral ne peut pas être extrait du RAVEC. Depuis février dernier, le processus du RAVEC est interrompu sur le terrain, pour «des raisons techniques». Alors que la collecte des extraits de naissance et la tenue d’audiences foraines pour délivrer des jugements supplétifs avaient été entamées. A la place, un communiqué du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation annonce, désormais, un recensement biométrique en Guinée et dans les ambassades à l’étranger, pour l’élaboration du fichier électoral. Un travail confié à Digitalis, une société spécialisée dans la digitalisation des entreprises.
Il ne faut, toutefois, pas conclure à un abandon du Recensement biométrique à vocation d’état civil «au profit d’un recensement biométrique. C’est l’approche du PN-RAVEC qui change : au lieu d’un recensement de 0 à x âge, maintenant pour répondre à l’impératif électoral, la biométrie va concerner les individus de 10 à x ans», précise une source proche du gouvernement.
Réception des kits d’enrôlement
Sur la page Facebook du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation, une annonce intitulée En marche vers le référendum invite les Guinéens à se rendre dans le centre d’enrôlement le plus proche, du 15 avril au 30 mai (résidents) et du 30 avril au 20 mai (ambassades et consulats). Pour se faire recenser, les citoyens doivent se munir d’un des documents suivants : acte de naissance, jugement supplétif et sa transcription ou un certificat de nationalité.
Le 1er avril, le Premier ministre a annoncé sur sa page Facebook, l’arrivée des kits d’enrôlement biométrique marquant «le véritable démarrage du processus sur le terrain. Cela renforcera la motivation des équipes déjà déployées et permettra au ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation, ainsi qu’à ses collaborateurs, d’engager pleinement la constitution du fichier électoral tout en poursuivant le recensement administratif à vocation d’état civil de la population.» Et ce n’est pas un poisson d’avril. Bah Oury parle d’un jour «historique, car nous posons la véritable fondation d’un État moderne et structuré.»
Diawo Labboyah Barry