La FAO appelle à une action collective urgente pour renforcer la réponse humanitaire et mettre en place des solutions durables, afin d’éviter une détérioration exponentielle dans un contexte de réduction des financements.

Dakar (Sénégal), 26 janvier 2026 – En Afrique de l’Ouest et au Sahel, la crise alimentaire et nutritionnelle continue de s’aggraver. Selon les dernières analyses du Cadre Harmonisé (2025), 41,8 millions de personnes se trouvent actuellement en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Sans action urgente, ce chiffre pourrait atteindre 52,8 millions durant la période de soudure de juin à août 2026.

Les analyses, menées dans 15 pays de la région ainsi qu’au Cameroun, montrent que les conflits, les chocs climatiques, la hausse des prix des denrées alimentaires et la baisse des financements humanitaires fragilisent gravement les moyens de subsistance des populations les plus vulnérables.

 « La crise alimentaire résulte d’une combinaison de facteurs qui se renforcent mutuellement. L’insécurité persistante — notamment dans le Bassin du Lac Tchad, le Liptako‑Gourma, les régions anglophones du Cameroun ainsi qu’au nord‑ouest et au centre du Nigéria — limite l’accès aux terres agricoles et aux marchés. À cela s’ajoutent les chocs climatiques qui affectent les rendements, la pression économique liée à l’inflation et à la hausse des coûts des intrants, ainsi qu’une baisse des financements compromettant la couverture des besoins prioritaires et les efforts de prévention », explique M. Koffy Dominique Kouacou, chef de l’Équipe sous-régionale pour la Résilience en Afrique de l’Ouest (REOWA) de la FAO.

Une situation déjà critique

Entre octobre et décembre 2025, près de 41.8 millions de personnes étaient classées en phase Crise ou pire (phases 3 à 5). Parmi elles, plus de 1,4 million de personnes se trouvaient en phase Urgence (phase 4), notamment au Nigéria, au Cameroun, au Tchad, au Ghana, en Guinée, au Mali, au Niger, au Sénégal et dans plusieurs autres pays de la région.

Aucune zone n’est actuellement classée en phase Catastrophe (phase 5), mais les projections sont préoccupantes.

Des perspectives alarmantes pour 2026

Si aucune mesure supplémentaire n’est prise, près de 52,8 millions de personnes pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë durant la prochaine période de soudure (juin-août 2026).

Le Nigéria, le Tchad, le Cameroun, le Niger, la Guinée, le Mali, le Ghana et la Sierra Leone figurent parmi les pays les plus affectés.

Dans certaines zones très localisées, notamment dans l’État de Borno au Nigéria (Dikwa, Kaga et Kalabalge), plus de 15 000 personnes risquent de basculer en situation de catastrophe alimentaire (phase 5).

Un appel urgent à l’action

La FAO appelle les gouvernements et les partenaires à renforcer immédiatement les réponses, à soutenir la production vivrière, à protéger les moyens de subsistance et à accroître les investissements dans la résilience des communautés.

« Ces chiffres sont alarmants et témoignent d’une situation gravissime. Ils rappellent l’urgence d’agir collectivement pour éviter une détérioration majeure en 2026. La FAO, aux côtés des gouvernements et des partenaires, reste mobilisée pour renforcer la résilience des communautés et protéger les moyens d’existence », a déclaré Mme Bintia Stephen-Tchicaya, Coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest.

La FAO appelle également à une action immédiate afin d’actualiser les plans de réponse, de cibler les zones les plus vulnérables, de soutenir la production vivrière, de renforcer la résilience des communautés, de garantir l’accès humanitaire et d’assurer une coordination régionale efficace.

Déroulement de l’analyse CH

Le cycle actuel couvre 1 142 zones pour la période en cours (octobre – décembre 2025) et la période projetée (juin – août 2026). Trois pays (Gambie, Guinée-Bissau et Burkina Faso) n’ont pas organisé d’analyse pour ce cycle. Les sessions nationales se sont tenues entre le 13 octobre et le 22 novembre 2025, à l’exception du Niger (10 au 16 décembre).

La revue régionale de qualité et la consolidation par le Comité technique du CH ont eu lieu du 22 au 28 novembre à Saly Portudal (Sénégal), suivies de la revue spécifique du Niger les 18 et 19 décembre.

« Le Cadre Harmonisé est une boussole, un outil robuste validé par l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest qui permet de faire des analyses fiables de sécurité alimentaire et nutritionnelle et oriente les décisions de nos gouvernements et des partenaires. Il permet de cibler les zones les plus vulnérables et de prioriser les interventions. Nous laissons donc un appel urgent au Gouvernement et à l’ensemble des partenaires de continuer à soutenir cette initiative pour atteindre notre objectif de sécurité alimentaire dans la région ouest-africaine », a déclaré M. Koffy Dominique Kouacou, Chef de l’Équipe sous-régionale pour la Résilience en Afrique de l’Ouest (REOWA) de la FAO.

À propos du Cadre Harmonisé

Le Cadre Harmonisé (CH) est un outil régional consensuel d’analyse intégrée de la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Il classe les zones selon cinq phases de sévérité, allant de Phase 1 (Minimale) à Phase 5 (Catastrophe/Famine), et sert de référence pour orienter la planification des réponses et le plaidoyer en faveur des populations vulnérables.

Depuis 1999, le CILSS, la CEDEAO, l’UEMOA, les agences des Nations Unies (FAO, PAM, UNICEF), des ONG (ACF, Oxfam, Save the Children) et des partenaires internationaux (FEWS NET, JRC) collaborent pour développer et mettre en œuvre le Cadre Harmonisé.

Contacts

M. Ibrahima Diallo
Spécialiste de la Communication
Bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest
Courriel : ibrahimaalassane.diallo@fao.org
Téléphone : +221 77 649 83 37  
  M. Koffy Dominique Kouacou
Chef de l’Équipe sous-régionale pour la Résilience en Afrique de l’Ouest (REOWA)
Bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest
Courriel : koffi.kouacou@fao.org Téléphone : +226 07 36 14 14