Bonne et heureuse année ! C’est la phrase la plus légère du calendrier, la plus jetable aussi. On la distribue comme des bonbons sans sucre, on la colle partout, sur les téléphones fatigués, dans les groupes WhatsApp silencieux, sur des visages qui n’y croient qu’à moitié. Bonne année, dit-on, pendant que l’ancienne refuse de faire ses valises. Hé Kéla !

La nouvelle année arrive toujours en fanfare, mais sans contrat clair. Elle promet beaucoup, signe peu, et repart souvent sans laisser d’adresse. Pourtant, chaque 1er janvier, le monde entier se redresse, s’étire, se souhaite le meilleur, comme si le simple changement de chiffre suffisait à changer la vie. Comme si le calendrier était un programme politique. Hé Kéla !

On parle de renouveau, de pages blanches, d’espoir tout neuf. On nettoie les mots, on repeint les discours, on recycle les vœux. Même les problèmes s’habillent en neuf. Le citoyen du monde, lui, fait semblant d’y croire, par élégance, par politesse, par fatigue aussi.

La nouvelle année, chez nous, est un grand rendez-vous avec l’optimisme obligatoire. Wallahi ! Il faut sourire, il faut souhaiter, il faut espérer – même quand l’espoir est en retard, coincé dans les embouteillages de la réalité. On se souhaite la paix, la prospérité, la stabilité… en attendant de voir si l’année, elle, a reçu le message.

Bonne et heureuse année donc.

Que Dieu -ou le destin- nous la rende meilleure que les promesses qui l’accompagnent. Alléluia !

La transition, donc, a pris fin. Officiellement. Solennellement. Proprement, comme une cérémonie de clôture où tout le monde applaudit, même ceux qui n’étaient pas invités à parler. Le Président élu s’appelle Mamadi Doumbouya. Il l’était déjà un peu avant, dans les faits, il l’est désormais pleinement sur le papier. Et le papier, chez nous, a une importance capitale : c’est lui qui rassure l’Histoire. À fakoudou !

Près de 87 % des suffrages valablement exprimés. Un score confortable, presque moelleux. Un score qui ne surprend personne, surtout pas son principal bénéficiaire. La surprise, ici, aurait été l’inverse. Mais la Guinée n’aime pas trop les surprises : elle préfère les certitudes bien alignées.

Il faut dire que le Président est né dans les années 80. Le chiffre 8 semble donc lui porter chance. Référendum, présidentielle, résultats provisoires, résultats définitifs : toujours 80 et quelques poussières. Comme si le destin avait choisi une calculatrice simple, réglée sur la répétition. Où est le problème ? Nulle part. À fakoudou !

Il a organisé l’élection présidentielle, et il l’a gagnée. Sans trembler. La charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Et la transition bien conclue commence par celui qui la dirige. Logique implacable. Presque mathématique.

Les autres candidats étaient là. Enfin… certains. Un seul a véritablement émergé du lot : Yéro le baldérien. Lui, au moins, a compris une chose essentielle en politique guinéenne : il faut transpirer en public. Il a sillonné le pays, serré des mains, tapé dans le ballon, chanté, dansé, souri, sué. Il a joué au foot avec le peuple, parfois contre le sol, souvent contre le temps. Résultat : 6,59 % des suffrages. Une performance honorable dans un match où le score était écrit avant le coup d’envoi.

Les autres candidats, comme nous l’écrivions plus tôt, semblaient être en sieste républicaine. Pas de terrain, pas de voix, pas de bruit. Juste des noms sur un bulletin, comme des figurants dans un film déjà monté. Résultat final : un club très fermé de zéros pour cent, où l’on entre sans effort et d’où l’on sort sans souvenir. Wallahi !

Ainsi s’achève la transition. Avec des chiffres ronds, des pourcentages rassurants, un vainqueur évident et des vaincus presque invisibles. Le pays tourne la page, dit-on. Mais certains chapitres, eux, se ressemblent étrangement.

Bonne et heureuse fin de transition donc.

Que la République digère calmement ses 87 %, que l’opposition digère ses miettes, et que le citoyen, fidèle à lui-même, continue de digérer l’essentiel : la vie chère, les attentes longues et les lendemains qui promettent toujours plus qu’ils ne livrent.

L’économie, justement. Ce mot sérieux que tout le monde respecte, même quand il ne le comprend pas. On en parle à voix basse, comme d’un parent malade qu’on espère voir guérir sans trop dépenser. L’économie guinéenne, elle, se porte officiellement mieux. Officieusement, elle tousse encore, mais avec dignité.

Les discours sont rassurants : croissance annoncée, réformes engagées, perspectives prometteuses. L’économie devient un futur permanent, jamais un présent confortable. Elle avance toujours au conditionnel : ça ira, ça va venir, ça va s’améliorer. Le citoyen, lui, vit à l’indicatif immédiat : le prix du riz, le prix de l’huile, les factures, le loyer. Pas besoin de statistiques pour comprendre la fin du mois.

On nous parle de grands projets, de visions à long terme, de lendemains structurants. Le problème, c’est que le long terme arrive toujours après la fin du court terme du peuple. Entre deux promesses, le panier de la ménagère, lui, ne connaît ni transition ni réforme : il est déjà en régime sec. À fakoudou !

L’économie guinéenne est un excellent orateur. Elle parle bien dans les communiqués, brille dans les tableaux Excel, impressionne dans les conférences. Mais sur le terrain, elle se fait discrète, presque timide. Elle passe tôt le matin, quand tout le monde dort encore, et repart avant que tout le monde se réveille. On Chen fout !

Le citoyen entend que tout va mieux, mais il vit comme si tout allait plus cher. Il apprend que la stabilité est là, mais son pouvoir d’achat, lui, est porté disparu. Il applaudit les chiffres macroéconomiques, pendant que sa micro-réalité fait la queue. À fakoudou !

On finit par s’habituer à cette discipline : croire sans voir, espérer sans toucher, patienter sans échéance. L’économie devient une promesse bien élevée, qui s’excuse toujours de son retard.

Mais rassurons-nous : la transition est finie, l’élection est passée, les chiffres sont validés. Il ne reste plus qu’à faire descendre l’économie de la tribune vers le marché, du discours vers l’assiette, du sommet vers le trottoir. Simple détail. Presque une formalité.

En attendant, le citoyen compte, ajuste, et renonce parfois. Il ne demande pas des miracles, seulement que la bonne année cesse d’être un slogan et commence à ressembler à une réalité.

La nouvelle année s’installe donc, polie, bien habillée, sûre d’elle. La transition est rangée dans les archives, l’élection classée dans les pourcentages, l’économie confiée aux promesses. Tout est à sa place, sauf peut-être l’essentiel : le mieux-vivre, encore en transit.

Le pays avance, officiellement. Mais la réalité, elle, marche. Lentement. Courageusement. Pendant que les chiffres montent, le quotidien pèse. Pendant que les discours rassurent, les attentes s’allongent. Et le citoyen apprend, une fois de plus, l’art difficile de patienter sans garantie. À fakoudou !

Bonne et heureuse année, donc.

Qu’elle ne se contente pas d’être bien annoncée.

Qu’elle ose, enfin, être bien vécue. Alléluia !

Sambégou Diallo