L’Histoire a ceci de cruel qu’elle bégaie toujours avec aplomb. Elle ne se contente pas de répéter ses erreurs : elle les rejoue, en version remasterisée, avec effets spéciaux, tweets en rafale et diplomatie de cow-boy. Autrefois, il y eut Hitler. Aujourd’hui, il y a Trump. Les moustaches ont disparu, la mèche est revenue. Wallahi, le danger, lui, est resté le même ! À fakoudou !
Quand Hitler a commencé, il n’a pas dit : «Je vais mettre l’Europe à feu et à sang». Non. Il a d’abord parlé d’espace vital, de sécurité, de frontières à corriger. La Pologne est tombée, presque poliment, sous les applaudissements des aveugles et le silence des lâches. Ensuite, le reste de l’Europe a suivi. Alléluia ! Les leçons de l’Histoire avaient déjà pris la fuite.
Aujourd’hui, Trump rejoue la partition, trompette en bandoulière. Le Venezuela d’abord. Maduro kidnappé -oui, kidnappé, hé Kéla !- pendant que les médias de salon cherchent le mot le plus propre pour désigner un sale acte. «Arrestation», disent-ils. «Président déchu», osent-ils. À fakoudou ! Quand on enlève un chef d’État étranger par la force, ça s’appelle un rapt. Point final.
Et pendant que Trump avance ses pions comme Hitler avançait ses blindés, l’Europe regarde ailleurs. Elle tousse, elle bafouille, elle capitule. Munich n’était donc pas une erreur, mais une tradition ? Groenland aujourd’hui, Mexique demain, Cuba après-demain. La Colombie en dessert. Et pourquoi pas la Guinée au menu, avec supplément bauxite et Simandou sauce Monrovia ? Trump aime les minerais comme d’autres aiment le caviar : sans se demander à qui appartient l’assiette.
Les atlantistes, eux, jouent leur rôle de figurants consentants. À droite comme à «gôche», même parfum d’hypocrisie. «Quoi qu’on pense de Maduro…», «malgré les atteintes aux droits de l’homme…». Traduction simultanée: «Il l’a bien cherché». Wallahi ! Voilà comment on blanchit un crime impérial en costume trois-pièces.
Mais le sujet n’est pas Maduro. Le sujet, c’est Trump. Le sujet, c’est l’impérialisme décomplexé, brutal, assumé. Le droit du plus fort, élevé au rang de morale universelle. Le camp du Bien contre le camp du Mal, version cartoon, où celui qui possède les bombes décide de la vérité. Ceux qui refusent ce chantage deviennent aussitôt suspects, traqués, diabolisés. Hé Kéla !
Hitler aussi divisait le monde ainsi. Lui aussi méprisait le droit international. Lui aussi croyait pouvoir disposer des peuples comme de pions sur un échiquier. Lui aussi pensait que la force, c’est la loi. Résultat : des ruines, des charniers, et deux guerres mondiales pour rappeler à l’humanité qu’elle n’est pas un terrain de golf pour dictateurs mégalomanes.
Trump, lui, tweete. Il menace. Il annexe en paroles avant d’annexer en actes. Il sort des accords climatiques, piétine la science, méprise le social, instrumentalise la religion. Il prétend défendre les chrétiens: du pipeau ! Dieu n’a jamais signé de contrat avec la Trump Organization.
Quant aux extrêmes droites locales, ces patriotes en solde, ils applaudissent. Toujours. Ils trahissent leurs pays avec le sourire, contestent toutes les élections sauf celles qu’ils gagnent, bénissent les invasions quand elles viennent de Washington. La honte a trouvé domicile chez eux. Wallahi !
La mécanique est connue, pourtant. Hitler hier. Trump aujourd’hui. Et toujours la même musique : la surpuissance comme horizon, la guerre comme option, la paix comme accident. Les deux premières guerres mondiales n’ont donc servi à rien. À fakoudou ! On dirait que l’humanité a jeté le manuel d’instructions avec l’emballage.
Alors tenons la tranchée. Refusons l’enlèvement. Exigeons la libération de Maduro. Protégeons les nations menacées, petites ou grandes. Refusons de choisir entre deux barbaries. L’Histoire n’est pas un ring de catch où Trump jouerait au John Cena et autre Hulk Hogan.
Un vieux sage disait: «Il n’y a pas de justice dans l’Histoire.» Peut-être. Mais il y a la responsabilité. Messieurs les grands de ce monde, si vous voulez la guerre, faites-la. Si vous voulez la paix, construisez-la. Mais ne venez pas dire que vous ne saviez pas.
La vie est un combat, dit-on. Mais nous, on est différents ! Ici en Guinée, la vérité et le mensonge ne se battent même plus: le mensonge a déjà gagné par forfait. Il court plus vite, parle plus fort et voyage en classe VIP.
Il circule librement, sans visa ni passeport, mieux organisé que l’état civil. À chaque élection présidentielle, le rituel recommence: le président élu serait agonisant, perfusé, déjà en discussion avec l’au-delà.
Wallahi ! Les comités de rumeurs travaillent mieux que les agences de notation internationales. Fory Coco a été enterré mille fois avant de casser sa pipe, Alpha Grimpeur a survécu à toutes les autopsies imaginaires, et aujourd’hui mon Général bien-aimé est donné pour mort…à répétition. Hé Kéla ! En Guinée, gouverner, c’est d’abord survivre aux bulletins de santé rédigés sur les réseaux sociaux. À fakoudou !
Mais à force, on comprend le message caché derrière cette nécrologie permanente: «Patientez seulement, le prochain arrive». Parce que nous, peuple amateur de nouveautés politiques, on consomme le président comme un téléphone chinois. On applaudit fort pendant la lune de miel, on sourit poliment pendant la lune de fiel, et puis arrive la lune d’absinthe: là, on sort les insultes, les posts nocturnes et les cercueils symboliques. Alléluia !
En Guinée, le président n’est jamais battu dans les urnes: il est d’abord assassiné par rumeur. C’est plus économique et chat évite les procès. Ici, le seul fonctionnaire vraiment immortel, c’est le mensonge. Et la vérité, elle, n’a même plus droit à une minute de silence. À fakoudou!
Mon voisin, lui, s’en fichait pas mal de tout chat-là. Trump pouvait annexer toute la planète, la rumeur pouvait enterrer trois présidents avant le dîner: lui avait dragué une go sur TikTok. Depuis, il n’avait plus le temps pour la politique, encore moins pour la vérité. Il marchait en apesanteur, sourire neuf, regard brillant, casque vissé aux oreilles comme un soldat de l’amour numérique. Étant en carte, il confondait géopolitique et géolocalisation, impérialisme et filtre beauté. Wallahi !
Pendant que le monde tremble, lui envoyait des cœurs. Et j’ai compris ce jour-là que l’Histoire peut bien s’effondrer: tant qu’il y aura une connexion, une rumeur et une go en ligne, le Guinéen trouvera toujours une raison de dire «on chen fout !»… et de swiper vers demain. À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet- un chat m’a conté
À Minneapolis, un policier de l’ICE attrape un de nos compatriotes, posé, tranquille, comme un chat allongé sur un mur tiède.
Le gringo bombe le torse et déclame, voix apocalyptique :
– ou tu rentres dans ton pays, ou je t’expédie en enfer !
Le Guinéen reste coi, consulte le ciel, interroge la terre, puis lâche, d’un ton presque métaphysique :
– Mister… mais c’est la même destination.
Hé Kéla !
SD



