En Guinée, on ne dit plus parjure, faux serment, serment de joueur, parole de Gascon ou serment d’ivrogne, on dit serment de Mamadi Doumbouya. Voici ce que cet ancien légionnaire déclarait le 1er octobre 2021 quelques semaines après son putsch : « Je voudrais réitérer ici mon engagement que ni moi ni aucun membre du CNRD et des organes de la Transition ne sera candidat aux élections à venir et que nous n’avons nulle intention de nous accrocher au pouvoir ». Les  Guinéens furent enchantés d’entendre cela. Ils allaient pour une fois échapper aux deux pièges mortels qui les hantent : le coup d’Etat à répétition et l’arnaque du troisième mandat. Leur enthousiasme était d’autant fondé que ces mots solennellement prononcés devant la Cour Suprême prenaient de jure, valeur de serment. À leurs yeux, le putschiste  engageait devant tous, son honneur d’officier et sa moralité de citoyen pour ce qui est convenu d’appeler un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Prestation de serment du Colonel Mamadi Doumbouya, le 1er octobre 2021

Ils furent bien déçus quand quelques mois plus tard, il se fit confectionner une Constitution sur mesure qui faisait sauter tous les verrous de la Charte de la Transition l’empêchant de candidater. En violant la charte sur laquelle il avait juré, du coup, il foulait au pied sa parole donnée et son honneur de soldat. Le putschiste Mamadi Doumbouya pouvait dorénavant se présenter à l’élection présidentielle et personne n’y a trouvé à redire ni à la Cedeao, ni à l’Union Africaine, ni en France ni aux États-Unis, ni à l’Union Européenne.  Après une telle forfaiture, à qui ce beau monde osera-t-il faire la leçon sur le couplet (par sa faute, bien plus qu’usagé) de la démocratie et des droits de l’Homme ?

Tacitement admis à troquer son treillis de putschiste contre un costume ou plutôt contre un boubou d’homme d’État respectable (dans ce domaine-là, l’habit fait vraiment le moine), Mamadi Doumbouya n’avait plus à se casser la tête. Il lui suffisait d’appliquer les vieilles recettes de la cuisine politique africaine : l’élimination au propre ou au figuré des opposants les plus crédibles, l’achat des consciences, le bourrage des urnes, la manipulation des chiffres etc. Et voilà que c’est fait, Mamadi Doumbouya a été élu président de la République de Guinée  avec un score qui dit tout : 86,72%, dès le premier tour ! Emanuel Macron s’est dépêché de décrocher son téléphone pour le féliciter. Les USA, la Chine, la Russie lui ont adressé des messages aussi chaleureux que déférents. Un évènement considérable qui par certains côtés, pourrait faire penser à un couronnement. Cette fois-ci, la prestation de serment ne s’est pas déroulée à la Cour Suprême mais dans le plus grand stade de Conakry en présence de huit chefs d’Etat, d’une représentation gouvernementale des USA, de la France, de la Chine, de la Russie sans compter les organisations internationales dont la FIFA qui n’avait rien à y faire puisque pour une fois, il s’y jouait tout autre que du football : la comédie du pouvoir portée à l’outrance.

Mais laissons la FIFA et lisons sans rire, le serment qu’encore une fois notre Général autoproclamé a prononcé le 17 janvier dernier : « Moi, Mamadi Doumbouya, Président de la République élu, jure devant Dieu et devant le peuple de Guinée, sur mon honneur, de respecter et de faire respecter scrupuleusement la Constitution, les lois, les règlements et les décisions de justice… En cas de parjure, que je subisse la rigueur de la loi. » On est tenté de parodier la célèbre publicité du ministère français de la Santé : « Un parjure, ça va, deux parjures, bonjour les dégâts ! »

Mais bon, laissons l’avenir venir. En attendant, le nouveau président de la République de Guinée est devenu une vedette internationale, la star d’un cirque mais alors, d’un cirque  de mauvais goût. Son élection est une farce dont le monde entier est complice, une affabulation dont le peuple de Guinée paiera le prix fort. Dans quel monde vivons-nous ? Que des nations qui se disent respectables, viennent poser une coupole sur cette cathédrale de mensonges-là aurait choqué autrefois. Pas aujourd’hui. L’heure est à la fumisterie.

Tierno Monénembo