L’ambassadeur de l’UE, Union européenne en Guinée, Xavier Sticker a animé une conférence de presse le 28 à sa résidence de Donka, à la Cité ministérielle à Conakry. L’occasion pour le diplomate de présenter ses vœux de Nouvel An, dresser l’état des lieux du partenariat UE – Guinée et mettre en lumière les défis et perspectives qui l’attendent en 2026.

Cinq mois après sa prise de fonction, Xavier Sticker a choisi ce cadre symbolique pour échanger avec la presse guinéenne. Pendant un peu plus d’une heure, plusieurs thématiques ont été abordées, notamment la situation des médias en Guinée, les attentes de l’Union européenne pour 2026, la question migratoire et les axes prioritaires de l’action européenne dans le pays.

D’entrée de jeu, l’ambassadeur a rendu hommage à la presse, qualifiant le journalisme de métier « essentiel à la démocratie », exprimant sa préoccupation face aux menaces croissantes qui pèsent sur la profession. Il a dénoncé l’existence de dossiers non élucidés qui assombrissent le paysage médiatique guinéen, évoquant la disparition du journaliste Habib Marouane Camara, et du père du journaliste Mamoudou Babila Keïta à Nzérékoré. Face à la prolifération des fake-news et aux pressions économiques, l’Union européenne appelle à la protection du journalisme d’investigation, qu’elle considère comme le cœur de la noblesse du métier.

Sur le plan politique, Xavier Sticker a rappelé que l’Union européenne nourrissait de grandes attentes concernant l’aboutissement du processus de transition en Guinée à travers l’organisation du référendum et des élections présidentielles. Il a souligné l’importance des prochaines échéances électorales, (sénatoriales, législatives et locales). Il a réaffirmé que l’UE demeure un partenaire engagé de la Guinée, attaché à un ordre international fondé sur le droit et sur des relations partenariales équilibrées.

Le diplomate est aussi revenu sur la nécessité de renouveler le cadre du partenariat entre l’Union européenne et la Guinée , dans l’attente de la restauration d’une gouvernance normalisée : « La transition doit encore accomplir ses autres étapes. C’est ce que nous attendons pour trouver en la Guinée un partenaire avec une gouvernance restaurée et normalisée, avec lequel les conditions seront davantage réunies pour approfondir notre logique d’engagement », a-t-il expliqué, insistant sur l’importance de développer des partenariats fondés sur des intérêts partagés.

Restrictions des visas européens ?

Abordant la question des migrations, le conférencier a évoqué les retours volontaires et forcés. Il a mis en garde contre d’éventuelles restrictions de visas à l’encontre des Guinéens. Il a rappelé que des centaines de milliers de Guinéens vivent en Europe, où ils contribuent à la vie économique et sociale, mais beaucoup d’autres s’y trouvent en situation irrégulière.

Selon lui, l’enjeu réside dans la facilitation des retours volontaires pour ceux qui y sont disposés et des retours forcés pour les autres. « Aujourd’hui, ce n’est pas encore suffisamment le cas, et c’est la raison pour laquelle une proposition est sur la table. Si le Conseil de l’Union européenne prenait une décision en ce sens, cela pourrait se traduire par des restrictions de visas pour les Guinéens », a-t-il averti, précisant que l’UE poursuit le dialogue avec les autorités guinéennes afin d’éviter une telle issue, dont les conséquences pèseraient sur les citoyens aspirant légitimement à la mobilité vers l’Europe.

Projets et perspectives

Le diplomate a ensuite présenté plusieurs projets structurants en cours, soutenus par l’Union européenne. À Conakry, l’UE appuie les efforts d’assainissement à travers l’installation d’un centre de stockage temporaire des déchets à Zacopé, destiné à réduire la pression sur la décharge de Dar-Es-Salam. Ce dispositif vise à améliorer l’organisation de la collecte des ordures, contribuant à la santé publique et au cadre de vie des habitants du Grand Conakry.

La sécurité routière figure également parmi les priorités, avec la construction et l’équipement d’un centre de sécurité routière destiné à renforcer les normes applicables aux véhicules et à coordonner l’action des centres de contrôle technique. Un projet crucial dans un pays où les accidents de la circulation font chaque année de nombreuses victimes, aggravés par la pollution liée à certains véhicules vétustes. Les infrastructures routières ne sont pas en reste. L’UE a un projet de construction de 42 kilomètres de route entre Boké et la frontière de la Guinée-Bissau. Ce chantier, qui comprend la réalisation d’un pont de près de 300 mètres sur le fleuve Cogon, vise à améliorer la connectivité régionale, faciliter la circulation des biens et des personnes, et remplacer le bac qui servait à la traversée mais qui est aujourd’hui hors d’usage.

Évoquant le secteur de l’énergie, l’ambassadeur a annoncé la construction de plus de 742 km de lignes à haute tension, grâce à des investissements européens de plusieurs centaines de millions d’euros. Ce projet permettra d’exploiter pleinement le potentiel des barrages hydroélectriques, exporter l’électricité vers les pays du Sahel et stabiliser l’approvisionnement en courant électrique, avec pour objectif l’électrification rurale à 100 % à l’horizon 2030.

Environnement et commerce

Pour la protection de l’environnement, Xavier Sticker a annoncé la signature prochaine d’une convention entre l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le ministère guinéen de l’Environnement et du développement durable pour la protection du Mont Nimba, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et bénéficiant d’un statut de protection renforcé.

Pour le commerce, l’ambassadeur a rappelé que l’Union européenne est le deuxième partenaire commercial de la Guinée. Bien que le pays exporte principalement des matières premières, les exportations de produits agricoles guinéens vers l’UE ont triplé entre 2021 et 2024, atteignant environ 150 millions d’euros.

L’Union européenne appuie également des petites et moyennes entreprises guinéennes dans les secteurs agricole et agroalimentaire. À ce titre, la Banque européenne d’investissement a signé un engagement de 20 millions d’euros avec la Banque VISTAGUI afin de faciliter l’accès au crédit pour les entrepreneurs guinéens. « C’est notre souhait que davantage de transformations se fassent en Guinée », a conclu Xavier Sticker, convaincu que les partenariats euro-guinéens ont vocation à se renforcer et à prospérer au cours de l’année 2026. 

Abdoulaye Pellel Bah