Proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 28 décembre dernier, le tombeur d’Alpha Condé passe de président de la transition à celui de la République. Les messages de reconnaissance et de félicitation affluent de partout, succédant aux condamnations internationales consécutives à la prise du pouvoir par les armes, quatre ans plus tôt, de l’ex-commandant du Groupement des forces spéciales de Guinée.

De Paris à Washington, en passant par Rabat et Pékin, les félicitations pleuvent. « Les États-Unis félicitent le président élu Mamadi Doumbouya pour son élection à la présidence de la République de Guinée. Nous nous réjouissons à l’opportunité de consolider davantage nos relations bilatérales et de promouvoir la prospérité économique ainsi que la stabilité, au bénéfice de nos deux peuples », publie le 4 janvier la représentation diplomatique à Conakry de la première puissance mondiale.

« Le Président de la République française, Emmanuel Macron, a appelé Mamadi Doumbouya « pour le féliciter après la validation de sa victoire à l’élection présidentielle de Guinée par la Cour suprême », a annoncé l’Élysée.  « Il a salué cette étape décisive vers l’achèvement de la transition en Guinée » et « transmis ses vœux de réussite au président Doumbouya ».  Emmanuel Macron lui a en outre exprimé « sa détermination à renforcer le partenariat bilatéral dans l’intérêt des deux pays » », enchaîne le lendemain l’ambassade de France dans un message transmis à notre rédaction.

Si Paris a toujours été accusé de se montrer bienveillant à l’égard de la junte dirigée par un ancien légionnaire français, époux d’une Française, Washington a dû, quant à lui, faire évoluer sa position. L’ambassade américaine avait provoqué le courroux du chef de la diplomatie guinéenne en affichant sur son portail internet un étrange compte-à-rebours. Une véritable course contre la montre intitulée « En marche vers la démocratie » qui égrenait le nombre de jours restants avant la fin de la transition guinéenne, en partant du chronogramme de deux ans initialement signé entre le gouvernement et les acteurs sociopolitiques, sous la supervision de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Président pour près de deux décennies ?

Comme piqué au vif, Morissanda Kouyaté n’avait pas tardé à monter au créneau pour rappeler aux Yankees que les Guinéens sont un peuple « souverain », le seul « maître des horloges » pour toutes les affaires internes de la Guinée. Le chronomètre a aussitôt disparu. En près de deux ans après cet incident diplomatique, de l’eau a coulé sous le pont.

Mamadi Doumbouya, qui n’était pas censé être candidat, a non seulement réussi à écarter les opposants qui paraissaient le plus légitimes à briguer le fauteuil présidentiel mais à blanchir son pouvoir conquis par les armes. A l’issue de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, la Direction générale des élections (DGE) l’a déclaré élu avec un score à la soviétique de 86,72% des suffrages exprimés. Des résultats provisoires confirmés par la Cour suprême qui n’a enregistré qu’une seule contestation du candidat du Frondeg Abdoulaye Yéro Baldé, lequel s’est vite rétracté.

Mamadi Doumbouya, dont la victoire électorale n’a pas été remise en cause, non plus, par les observateurs africains et internationaux, sera investi ce 17 janvier. Il prêtera serment sur la nouvelle constitution qu’il a fait adopter et qui lui accorde un mandat de sept ans, renouvelable une fois. Si on y ajoute les quatre ans de bonus de transition, il pourrait potentiellement diriger la Guinée durant 18 ans.

Dans l’histoire de la Guinée, seuls Sékou Touré (26 ans de règne) et Lansana Conté (24 ans) ont bénéficié d’une plus grande longévité présidentielle. Pour quelqu’un qui avait assuré qu’il ne « fera pas partie de l’après-transition », c’est une inédite prouesse.

Diawo Labboyah Barry