La situation de la liberté de la presse s’est fortement détériorée en Guinée depuis le coup d’État de 2021 et l’arrivée au pouvoir du président de la transition Mamadi Doumbouya, qui vient d’être élu président de la République. Reporters sans frontières (RSF) lui soumet une feuille de route en dix points pour restaurer durablement la liberté de la presse dans le pays.

« Depuis le coup d’État de 2021, les journalistes vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête en Guinée. S’ils ne sont pas arbitrairement arrêtés, les journalistes critiques du pouvoir sont agressés, menacés ou disparaissent, comme Habib Marouane Camara. Quant aux médias indépendants, ils sont suspendus ou ont vu leur licence retirée. Alors que Mamadi Doumbouya vient d’être élu président, RSF lui adresse dix recommandations pour remédier durablement à ce triste bilan », déclare Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF.

La répression contre les médias et les journalistes n’a cessé de s’intensifier ces quatre dernières années en Guinée. Quatre radios et deux chaînes de télévision ont été définitivement interdites en mai 2024, entraînant la perte de centaines d’emplois dans le secteur des médias. La Haute Autorité de la communication (HAC), organe de régulation des médias, s’est illustrée par des décisions répétées contre des médias et des journalistes critiques des actions du gouvernement.

Dans ce contexte, au moins trois journalistes ont été détenus et une vingtaine d’autres arrêtés. Le journaliste Habib Marouane Camara, responsable du site d’information Le Révélateur 224, reste introuvable depuis son enlèvement le 3 décembre 2024. À ces atteintes s’ajoutent des restrictions récurrentes de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux.

La liberté de la presse et le droit à l’information sont pourtant garantis par l’article 10 de la Constitution guinéenne adoptée par référendum le 21 septembre 2025. RSF formule  dix recommandations pour qu’elle soit effective :

  1. Tout mettre en œuvre pour que le journaliste Habib Marouane Camara soit libéré

Mettre fin au calvaire de la famille et des proches du responsable du site d’information Le Révélateur 224 disparu depuis le 3 décembre 2024 en le libérant immédiatement et en garantissant que de tels faits ne se reproduisent plus.

  1. Rétablir les licences des médias fermés sous la transition

Anuler sans délai le retrait des agréments des quatre radios et six chaînes de télévision interdites arbitrairement en mai 2024 et annuler les suspensions et fermetures arbitraires de médias.

  1. Réformer la Haute Autorité de la communication (HAC)

Limiter l’intervention de l’exécutif dans le mode de nomination de la HAC en supprimant la nomination directe de son président et de la majorité de ses membres par le président de la République, afin de garantir son indépendance vis-à-vis de l’exécutif.

  1. Veiller à ce qu’aucun journaliste ne soit emprisonné pour des faits liés à l’exercice de sa profession
    La loi de 2010 sur la liberté de la presse qui supprime les peines privatives de liberté pour les infractions commises par voie de presse doit être strictement appliquée par les autorités judiciaires.
  2. Appliquer la loi sur l’accès à l’information publique

Appliquer pleinement la loi de 2020 sur l’accès aux documents administratifs afin de renforcer la transparence publique et de faciliter le travail d’information des citoyens.

  1. Dépénaliser les délits de presse dans l’espace numérique

Aligner la loi sur la cybercriminalité sur celle sur la liberté de la presse afin d’éviter son utilisation abusive pour emprisonner des journalistes. Cette réforme doit s’accompagner de campagnes de sensibilisation des autorités judiciaires et administratives.

  1. Mettre fin à l’impunité des attaques commises contre les journalistes

Enquêter systématiquement sur les atteintes visant les professionnels des médias, sanctionner sévèrement les responsables et ne pas entraver le libre exercice du journalisme dans le pays.

  1. Garantir l’accès à Internet en toutes circonstances

Adopter une loi interdisant les coupures discrétionnaires d’Internet, les restrictions de réseaux sociaux et le brouillage des ondes pour des motifs politiques, notamment en période électorale ou de contestation.

  1. Assurer un soutien économique transparent aux médias

Mettre en place des mécanismes de subventions publiques équitables et transparents et garantir une répartition impartiale de la publicité institutionnelle, sans favoriser les médias de service public aux dépens des médias privés.

  1. Garantir le pluralisme médiatique

Garantir aux journalistes l’accès à tous les événements publics sans discrimination ni violence. 

La Guinée occupe le 103e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025.

Reporters Sans Frontières