Alors que Mamadi Doumbouya est investi Président de la République, la campagne dans la région administrative de Labé continue de faire couler encre et salive. Les soutiens du Chef de l’État divergent sur la gestion des fonds alloués à cette contrée du Fouta-Djalon.
La gestion des fonds de campagne à Labé fait jaser. Des responsables du directoire préfectoral de campagne sont soupçonnés d’avoir fait main basse sur l’argent destiné à financer la promotion de la candidature du Chef de l’État. La polémique enfle à mesure que les jours passent.
Dans le viseur, le directeur préfectoral de campagne de la Génération pour la modernité et le développement (GMD), Mamadou Aliou Sampiring Diallo et ses proches collaborateurs. Ils sont accusés de n’avoir pas pu justifier l’utilisation de la manne financière allouée à la ville de Karamoko Alpha.
L’affaire remonte à la campagne électorale. A l’heure du choix du directeur régional de Labé, les autorités ont eu tous les problèmes du monde à avoir un homme consensuel. Cellou Baldé, transfuge de l’UFDG et ministre de la Jeunesse, est désigné au forceps. Avec le soutien des pontes du pouvoir comme le ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire, Mory Condé. A son tour, il jette son dévolu sur son homme de main, Aliou Sampiring Diallo, contre l’avis de plusieurs autres prétendants. Ces derniers avalent la pilule, mais ruminent leur colère.
Des caisses d’argent portées disparues ?
Mamadou Aliou Sampiring Diallo, fort du soutien du ministre Cellou Baldé, fait cavalier avec un certain Fodé Soumano, beau-frère de Mory Condé et Cheick Oumar Baldé, directeur préfectoral de la Jeunesse. Ils confient le pool finances à Al Habib Baldé, ancien du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution). Les nerfs se tendent dès le début de la campagne.
Au début, « chaque directoire devait se débrouiller pour financer ses activités », selon une source. Celui de Labé aurait sollicité l’appui d’un opérateur économique proche du pouvoir et glane 50 millions de francs guinéens. Beaucoup au sein du directoire disent n’avoir pas vu la couleur de la dette : « L’argent n’a pas été utilisé pour la campagne et il n’y a jamais eu de compte-rendu », accable une source.

Dès la première semaine de campagne, Al Habib contracte une dette de 100 millions de francs guinéens au nom du directoire préfectoral demande. La GMD de Mamadi Doumbouya alloue ensuite à Labé, pour la campagne, 1 milliard 200 millions de francs guinéens, selon les accusateurs du directoire de campagne ; 1 milliard, selon Mamadou Aliou Sampiring Diallo. S’y ajoutent 706 millions de francs guinéens destinés aux commissions administratives de centralisation des votes (CACV), aux délégués…
Réunion de crise
Malgré tout, la campagne bat de l’aile, faute d’argent : « La BCRG a envoyé l’argent de tous les directoires préfectoraux dans des caisses. A Labé, dès que l’argent est arrivé, le 19 décembre, Sampiring a pris une des caisses qu’il a envoyée chez lui, contre l’avis de tous. Plus personne n’a revu l’argent. Il continuait à dire qu’il n’a pas d’argent pour financer les activités.»
Une réunion de crise est convoquée, présidée par Cellou Baldé en personne. Celui-ci s’étonne qu’il n’y ait pas d’engouement à Labé, révélant qu’un milliard de francs guinéens a été décaissé. Al Habib sursaute, jure n’avoir géré que les 100 millions de francs contractés. Il réclame qu’on rembourse son créancier, non sans taper du poing sur la table. « Depuis ce jour, Al Habib est écarté, une trésorerie parallèle est créée. Sampiring fait cavalier seul avec Fodé Soumano et Cheick Oumar Baldé », explique un membre du directoire.
Devant Cellou Baldé, une clé de répartition aurait été établie. L’argent devait être partagé entre la notabilité, la jeunesse, les mouvements de soutien, les sous-préfectures et autres organisations sociales ou politiques : « La clé de répartition n’a pas été respectée. Certaines couches n’ont même pas reçu leur argent », ajoute notre source.
Grabuge dans les sous-préfectures
C’est la confusion depuis : le directoire préfectoral jure que tout l’argent a été dépensé. Les destinataires jurent n’avoir rien reçu. « Pour camoufler les choses, le directoire a entrepris de verser de l’argent à ceux qui dénoncent. Ces derniers ont confirmé dans les plateformes WhatsApp avoir reçu de l’argent », selon notre source qui a requis l’anonymat.
Sauf que la clé de répartition prévoyait que chacune des 13 sous-préfectures de Labé reçoive 10 millions de francs guinéens, en lieu et place des 8 millions de francs empochés. Conséquence, tout le monde réclame son manque à gagner.
La GMD a également distribué des motos pour la campagne électorale. Labé en a eu 106. Mais le partage des engins fait également jaser. « Il est dit que les membres du directoire, qui ont déjà leurs véhicules, n’avaient pas droit aux motos. Mais Sampiring a pris une moto, d’autres membres aussi, avant de partager le reste à leurs proches », explique le membre d’une commission du directoire. La situation aurait fortement déplu à Cellou Baldé, qui s’est rendu à Labé dans l’intention de rectifier le tir. En vain.
Tous ces problèmes auraient contribué à démobiliser la mobilisation des soutiens du pouvoir, notamment le dernier jour de campagne au stade El Hadj Saïfoulaye Diallo de Labé. Des accusations de chantage ont fusé de partout. Certains services déconcentrés affirment avoir été poussés à soutenir financièrement le directoire de campagne.
Les justifs après l’investiture ?
Fodé Soumano est pointé du doigt, selon un cadre de la Direction préfectorale des Mines : « Il appelle le chef service, lui dit qu’il n’a pas encore vu son nom sur la liste des soutiens, qu’il va remonter l’information à Conakry. Tout le monde était sous pression, comme si le directoire n’avait pas de budget. » Joint au téléphone, Fodé Soumano n’a pas voulu réagir.
Mamadou Aliou Sampiring Diallo, lui, ne s’est pas défaussé. Il explique que les rapports d’activités sont réservés au Directoire national de campagne. Il pointe des adversaires qui voudraient l’anéantir avant les prochaines échéances électorales. Il promet de justifier chaque franc utilisé dans la campagne, preuve à l’appui, après l’investiture du Président de la République élu.
En attendant, la tension est à son comble à Labé. Cellou Baldé aurait vécu la situation comme une trahison. Il jurerait que c’en est définitivement terminé entre Sampiring et lui. Mais un observateur de la scène politique locale voit dans le bras de fer une « guerre de clans, chacun veut abattre l’autre. »
Yacine Diallo


