Le 6 janvier, dans un hôtel de Conakry, le ministère de l’Agriculture, à travers le Projet de développement de l’agriculture commerciale en Guinée (PDACG), a officiellement remis aux acteurs des filières fonio et fruits, les financements pour leurs projets agricoles. L’argent dont il est question est censé permettre aux bénéficiaires de donner un nouvel élan à leurs business.

Le Projet de Développement de l’Agriculture Commerciale en Guinée est une initiative des autorités guinéennes, en collaboration avec le Groupe de la Banque mondiale. Le PDACG dont la manne financière s’élève à pas moins de 100 millions dollars américains, veut aider au développement des chaines de valeur agricoles et commerciales cibles. C’est dans ce cadre qu’il a lancé des appels à compétition concernant les projets fonio et fruits. La cérémonie de remise du financement aux bénéficiaires a été organisée mardi 6 janvier à Kaloum. Elle a été présidée par le Premier ministre, Amadou Oury Bah, accompagné des ministres de l’Économie et des finances, du Commerce ou encore de l’Agriculture. Elle a aussi mobilisé les partenaires au développement comme la Banque mondiale.

Hamidou Diallo, coordinateur du PDACG

Hamidou Diallo, coordinateur du PDACG, se félicite du démarrage de ce nouveau projet: «La cérémonie qui nous réunit aujourd’hui marque une autre étape déterminante du projet. Nous procédons à la remise officielle des financements matching Grant pour un montant total de 300 000 dollars américains, soit dix-neuf milliards sept cent quatre-vingt millions de francs guinéens, destinés à soutenir les initiatives porteuses des acteurs des filières fonio et fruits.»

Selon lui, ce sont au total 114 personnes, 57 bénéficiaires dans chacune des filières qui «ont été rigoureusement sélectionnés pour leur pertinence, leur viabilité et leur potentiel impact.»

L’argent aidera les bénéficiaires à acquérir de nouveaux équipements, à introduire des technologies modernes, à renforcer la transformation locale, mais surtout à accroître la qualité des produits et à ouvrir de nouveaux débouchés commerciaux. Hamidou Diallo les invite à en faire bon usage : « Nous exhortons les bénéficiaires à utiliser ces financements à bon escient, afin de contribuer à une transformation accrue du secteur agricole en général et des filières concernées en particulier, en passant des chaines de valeur parsemées de pénibilités à des chaines plus modernes, intensives et attractives.»

Issa Diaw, Représentant résident de la Banque Mondiale

Un modèle qui fascine ?

Ces projets ont été rendus possibles grâce à l’implication du Groupe de la Banque Mondiale. Issa Diaw, Représentant résident de l’institution en Guinée, insiste sur la gestion rigoureuse de ces fonds : «Le Groupe de la Banque Mondiale attache une importance primordiale à la bonne gouvernance des ressources, à la transparence dans leur utilisation et à l’atteinte des résultats convenus… Le succès de vos projets reposera donc sur votre rigueur dans la gestion des fonds, votre capacité à respecter vos engagements contractuels et votre volonté à produire des impacts mesurables et durables.» Il se dit convaincu que si les bénéficiaires respectent à la lettre les plans convenus, cela aiderait à renforcer leur «capacité productive et commerciale, améliorer la qualité de [leurs] produits et contribuer de manière tangible à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de [leurs] communautés.»

La ministre de l’Agriculture, Mariama Ciré Sylla, elle, savoure le fait qu’un tel modèle ait pu parer au déficit de financement : «Ce mécanisme a permis de répondre à une problématique structurelle bien connue, la difficulté pour les promoteurs agricoles d’accéder à des financements en milieu rural, notamment faute de garantie, d’historique financier ou d’accompagnement technique, ou encore de produits financiers adaptés à leur secteur. En introduisant un dispositif compétitif, transparent et fondé sur la qualité des plans d’affaires, le PDACG a su combler ce fossé. Il combine une sélection rigoureuse des sous-projets, un appui financier ciblé et un accompagnement technique de qualité.»

Et d’insister sur le fait que l’agriculture pourrait constituer un maillon important du développement de la Guinée : «Nous affirmons avec force et confiance que l’avenir de la Guinée se construit aussi dans les champs, dans les ateliers de transformation et dans les marchés», a déclaré la ministre.

Industrialiser l’agriculture

La conservation et la transformation des produits agricoles font parties des difficultés des acteurs agricoles en Guinée.

Dans son discours, le Premier ministre a invité les commerçants à s’investir pour inverser cette tendance : «L’agriculture, c’est le terrain… Nous devons développer la relation entre les questions agricoles et le secteur privé. Pour avoir une capacité de stockage relativement suffisante, on peut réguler le marché des produits agricoles, envisager la transformation. Les unités industrielles auront de la matière première. Je me suis amusé à faire le calcul. Avec 3 milliards de francs guinéens, vous pouvez avoir un entrepôt qui peut permettre aux paysans de conserver leurs produits agricoles… Nos commerçants doivent se rendre compte qu’ils peuvent faire beaucoup plus d’argent en investissant dans le secteur agricole», a déclaré le Premier ministre, Amadou Oury Bah.

La cérémonie s’est achevée par la remise symbolique des chèques aux ayant-droit.

Yacine Diallo