Professeur émérite de droit public engagé à gauche et proche de grandes figures politiques africaines, Albert Bourgi est décédé mercredi 7 janvier, à l’âge de 83 ans.
Né à Dakar d’une famille libanaise qui projetait d’émigrer en Amérique mais dont le bateau n’a jamais quitté les côtes africaines, il se passionne pour le droit et la politique du continent qu’il décortique en tant que chroniqueur dans les colonnes du magazine Jeune Afrique ou comme éditorialiste sur les ondes de RFI.
Francis Kpatindé, professeur à Sciences Po Paris et ami de 40 ans d’Albert Bourgi lui rend hommage : « Je suis sous le choc parce que je perds un compagnon et un ami. Un grand frère de 40 ans, Albert Bourgi. C’était un homme fidèle en amitié, fidèle dans ses engagements politiques. Tout ce qui avait trait aux Constitutions n’avait aucun secret pour lui. Il a aidé beaucoup de ses camarades, une fois installé au pouvoir, à peaufiner les constitutions des Constitutions un peu plus démocratiques, mais tenant compte du social. Donc, Albert, c’était ça, c’était la contribution intellectuelle, c’était le coup de génie, c’était la petite idée qui apportait un plus au débat et on sortait des conversations avec lui, toujours enrichis. Avec sa perte, je pense que l’Afrique socialiste, l’Afrique de gauche, dans un sens plus large, perd vraiment une de ses dernières icônes. »
À l’opposé de son frère Robert, sulfureux avocat de la droite française et figure de la « Françafrique », Albert Bourgi s’est lié d’amitié via l’Internationale socialiste avec des figures politiques du continent à l’époque où ils s’opposaient aux régimes autoritaires de leurs pays. Il fut ainsi un soutien indéfectible de l’Ivoirien Laurent Gbagbo, tout au long de sa carrière politique mouvementée, ou encore du Guinéen Alpha Condé. Lorsque ce dernier fut emprisonné sous le régime de l’ancien président Lansana Conté, Albert Bourgi mena une campagne internationale pour sa libération.
« Alpha et Laurent Gbagbo, tous ses amis avant d’être au pouvoir, Albert les a connus quand ils étaient des militants d’opposition. Donc, Albert servait de relais, de passerelle entre ces hommes qui se connaissaient mais qui n’étaient pas tout à fait des amis, c’étaient des camarades. Donc Albert essayait de tisser des liens entre Tanor Dieng, le Sénégalais, le Guinéen Alpha Condé, Laurent Gbagbo, l’Ivoirien, IBK qui est né comme Albert un 29 janvier. Et Albert à ses amis disait aussi la vérité. C’était l’homme qui les soutenait dans la difficulté mais à qui il se devait de dire la vérité. Par exemple, il n’était pas tout à fait d’accord pour que Alpha Condé fasse un troisième mandat. Il ne lui a pas dit avec beaucoup de brutalité, mais il le lui a fait comprendre. »
Une fois certains arrivés au pouvoir, il participe à l’élaboration des Constitutions dans lesquelles « il tentait d’introduire une dimension sociale, une pensée pour les damnés de la terre », selon son ami de 40 ans, le professeur à Sciences Po Francis Kpatindé. En 2020, il déconseille ouvertement au président guinéen de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Quelques mois plus tard, Alpha Condé sera renversé par un coup d’État.


