La cérémonie de prestation de serment de Mamadi Doum-bouillant, fraichement élu Président de la République de Guinée le 28 décembre dernier, a été organisée le 17 janvier, au stade Général Lansana Conté de Nongo. Il y avait du beau monde, accouru des quatre coins de la planète. On y dénombrait pas moins d’une dizaine de têtes couronnées, parfois enturbannées, Chefs d’État et de gouvernement, qui se bousculaient dans ce microcosme de grosses huiles. Non loin d’elles, leurs ouailles naturellement moins scintillantes que leurs bosses. Qu’importe ! Ils sont tous là. Les pairs qui n’ont pas pu effectuer le déplacement de Conakry sont représentés par leurs ambassadeurs.
Ce gratin est accompagné par la notabilité locale qui grouille dans les interstices de notre administration, costumes de ville impeccablement taillés rivalisent avec grands boubous ou bazin brodés. Si au boulot, on ne brille pas comme une pépite, au moins en ces lieux, on peut être tout pétillant ! Le décor est tout planté. On murmure dans les oreilles des autres, lorsque la Cour parcourt, le cénacle débout et dans une posture quasi religieuse, l’accueille. Enfin la taille longiligne et impressionnante de celui que tout le monde attend, entre dans le stade, sous les acclamations nourries de l’assistance. Il prendra place d’abord auprès de ses homologues invités, puis en face des hauts magistrats. Un silence pareil à une chape de plomb s’abat sur le stade où les hôtes de marque (déposée) et sans marque sont devenus carpes. Mais la voix du Président de la Cour suprême ne tarde pas à fendre ce lourd silence pour inviter le Prési élu à se lever pour prêter serment sur la Constitution et devant le peuple de Guinée. La main gauche posée sur la Constitution et la main droite levée, le Président déclare: «Moi, Mamadi Doumbouya, Président de la République élu, je jure devant Dieu et devant le Peuple de Guinée, sur mon honneur : de respecter et de faire respecter scrupuleusement la Constitution, les lois, les règlements et les décisions de justice; d’exercer loyalement et dignement les fonctions qui me sont conférées dans l’intérêt supérieur de la Nation; de ne jamais recourir aux pouvoirs qui me sont dévolus à des fins personnelles; de préserver, en tout lieu et en toute circonstance, la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale; de défendre les Institutions de la République, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale. En cas de parjure, que je subisse la rigueur de la loi».
La force de ces mots en fait le point d’orgue de la prestation de serment du nouveau Président de la République. Cela traduit la détermination du nouvel élu de mener les Guinéennes et les Guinéens vers un seul horizon, celui du mieux-être faute du nirvana. Mais ce serment est aussi le socle moral et social d’un pacte que le Président et son peuple nouent pour construire un monde de plus en plus perturbé, instable et imprévisible, un développement humain durable et résilient. C’est pourquoi la prestation de serment ne doit pas être perçue comme un moment cosmétique du processus électoral mais une osmose de pensée et d’énergie entre les Guinéens et leur Président. Ces deux parties au contrat juridique, moral et social, fortes de la communauté d’intérêt et de destin, auront davantage à cœur d’atteindre, contre vents et marées, l’objectif commun, à savoir la réduction significative de la pauvreté à travers l’autosuffisance alimentaire, la mise à disposition d’un stock de services sociaux de base de qualité et d’infrastructures décentes.
Vivement que ce moment soit celui d’une rupture générationnelle et d’éclosion d’une gouvernance vertueuse.
Abraham Kayoko Doré



