Le 6 janvier, le parquet gênant près la Cour d’appel de Cona-crime a annoncé le décès, en détention, du Colonel Jean-Claude Pivi alias Coplan. Grand Co pour les intimes, purgeait une peine de prison à perpétuité dans le cadre des événements du 28 septembre 2009. Retour sur le parcours d’un personnage pour le moins controversé et atypique.

Jean-Claude Pivi naît en 1960 à Nzérékoré. Très vite, le jeune Pivi, amateur des arts martiaux, se lance dans le karaté. Il excelle dans ce sport et réalise des prouesses, en étant notamment champion de Guinée et s’illustre dans des compétitions à l’international dans les années 1980.  Coplan intègre l’armée et le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA) du Camp Alpha Yaya Diallo, en 1985 grâce notamment au karaté. Il gravit les échelons et se fait rapidement remarquer au sein de la grande muette. En témoigne son surnom ‘’Coplan’’ que ses supérieurs lui auraient collé à cause de son sens élevé de stratégie et d’endurance. Grand Co fait partie des bidasses déployés en Sierra-Léone et au Libéria lors des guerres dans ces deux bleds dans les années 1990.

En mai 2008, mécontents du traitement qui leur est infligé par leurs supérieurs hiérarchiques, des soldats du Camp Alpha Yaya se mutinent, prennent le contrôle de certains camps. C’est là que Coplan Pivi se révèle aux Guinéens, en portant la voix des mutins. Depuis, l’homme aux gris-gris sur la tête ne quitte pas la scène publique.

Grand Co, la controverse

En juin 2008, la flicaille aussi se révolte, exige elle aussi, de meilleurs traitements. Des flics prennent même des officiers en otage. La mutinerie se termine par un affrontement sanglant avec les bidasses aux yeux aussi rouges que leurs bérets. Claude Pivi aurait conduit une horde de bidasses à la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité, CMIS n°1 de Camayenne. Histoire de corriger les flics mutins. A la mort de Fory Coco, Grand Co, cité parmi les proches d’El Dadis Camara, nouvel homme fort du bled, devient ministre de la Sécurité présidentielle. Pendant la transition version El Dadis, Claude Pivi est cité dans plusieurs descentes musclées le long de la route Leprince. Il y est accusé d’avoir orchestré des bavures. Sur l’Axe Hamdallaye-Kagbélen, le seul nom de Coplan faisait des sueurs froides.

Le massacre de 2009, l’autre point noir

Alors qu’El Dadis Camara avait promis de ne se présenter à aucune élection, il se ravise finalement et caresse le rêve de rester au trône, contre l’avis de la majorité des Guinéens. Une manif contre la candidature d’El Dadis est réprimée dans le sang par des bidasses aux yeux rouges le 28 septembre 2009. Selon les chiffres officiels, la répression fait 156 morts, 109 femmes violées, plus d’un millier de blessés. Pivi Coplan est encore cité parmi les instigateurs du massacre. Il fait partie des personnalités sanctionnées par l’Union européenne, l’Union africaine et d’autres organisations. Le colonel Pivi est inculpé en 2013 sous Alpha Grimpeur, avant d’être écroué à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie et jugé dans l’affaire du massacre du 28 septembre, avec une dizaine d’autres coaccusés, par le tribunal criminel de Dixinn.

Durant son procès, le bidasse plaide non coupable, affirme n’avoir jamais mis pied au stade 28 septembre le 28 septembre 2009. Avant la fin de son jugement, Grand Co est nuitamment sorti de taule, le 4 novembre 2024, par un commando dirigé par son fils Verny. Celui-ci n’aurait jamais digéré l’emprisonnement de son père, qui a « rendu des services à la nation ». Dans la soirée du 17 septembre 2025, en cavale, Claude Pivi est arrêté par la police à la frontière avec le Libéria, au sud de la Guinée. Il est extradé pratiquement dans la foulée à Cona-cris. Condamné à la prison à perpétuité, avec une période de sûreté de 25 ans, Pivi, affaibli par la maladie, est incarcéré à la prison civile de Coyah.

Polémique autour de sa mort

Depuis que le colonel Pivi Coplan a été rattrapé, sa vie dans le pénitencier de Coyah n’a pas été de tout repos. Étroitement surveillé, sa cellule est souvent fouillée inopinément. Des rumeurs sur sa mort couraient déjà depuis la fin de décembre dernier. Mais selon le parquet gênant près la Cour d’appel de Cona-crime, le bagnard souffrait de diabète chronique et d’hypertension artérielle. Il a été hospitalisé à l’hosto militaire du Camp Samory Touré, après « une non-observance » de son traitement ayant conduit, le 4 janvier 2026, à une hypoglycémie sévère. Après deux jours de soins intensifs, il meurt le 6 janvier, suite à un « coma hypoglycémique selon le médecin traitant ». Le parquet gênant annonce une autopsie pour déterminer la cause et les circonstances de sa mort. Pendant ce temps, la famille éplorée attend qu’on lui restitue la dépouille, pour un « enterrement digne de nom dans son Macenta natal. »

Yacine Diallo