Le 14 et le 15 février, le 39ème Sommet des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine s’est tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie. On y a enregistré la présence d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement. Les participants ont traité les thématiques liées à la production et à l’accès à l’eau potable, à la crise sécuritaire sur le continent, aux réformes institutionnelles (création de la zone de libre-échange, création d’une agence de notation, etc.)

À part l’activisme remarqué et l’illusion des forts-en-thème, ce 39ème Sommet de l’organisation continentale a bien l’air de la montagne qui accouche d’une souris. En effet, quoique cruciales, ces thématiques ont été plutôt survolées qu’abordées de façon approfondie et exhaustive. Elles n’ont pas fait l’objet de révolutions précises et de recommandations fortes auprès des États membres, pour qu’ils leur reconnaissent une nature coercitive, voire contraignante. Comment l’UA peut-elle contribuer à résoudre la crise sécuritaire de la RDC dont la gestion dépend tantôt de l’Angola, tantôt des États-Unis, tantôt du Qatar ? Si le ridicule tuait !

Est-ce à dire que l’Afrique n’est pas en capacité de résoudre les conflits internes qui la minent ? Pourtant, l’UA et les organisations sous régionales qui se développent à son instar ont prévu, dans leurs dispositions statutaires, des mécanismes de règlement des conflits. Malheureusement, ces organisations n’ont pas les moyens coercitifs pour contraindre les États belligérants au respect des directives communautaires. On est dans un univers où l’argument de la force prime sur la force de l’argument.

Aussi, l’insouciance dont les dirigeants africains font montre en ces temps où le monde se reconstruit sous nos yeux, avec de nouvelles pratiques et de nouveaux paradigmes, surprend. Quelle est la réponse de l’Afrique à la politique unilatéraliste outrancière de Donald Trump, traduite sur le terrain par le recours abusif et discriminatoire de tarifs douaniers exorbitants, de velléités expansionnistes et bellicistes ?

Enfin, pendant que les nations les plus avancées sur le plan technologique et technique consacrent l’essentiel de leurs ressources intellectuelles, physiques et financières au développement des sciences de l’avenir, l’Afrique s’arc-boute sur des idéologies surannées dont elle peine à définir les contours. Bien avant les indépendances, les politiques et les intellectuels louaient le panafricanisme. Soixante ans plus tard, le concept ne s’est pas transformé en pratiques politique, économique et sociale. Ce sont les mêmes panafricanistes qui applaudissent les fondateurs de l’Alliance des États du Sahel qui ont préféré saborder la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO, pour éviter de se soumettre aux sanctions. Même l’AES a dû édicter des sanctions qui s’imposent aux États membres postérieurement réfractaires. Ah, quand la mauvaise gouvernance nous tient !

Les Africains ont dû être abasourdis qu’un sommet de l’UA se tienne en ces temps particulièrement troubles sans formuler des recommandations fortes sur des sujets préoccupants de l’heure, tels que la guerre commerciale de Donald Trump, la politique migratoire des États-Unis, les crises armées sur le continent, la politique scientifique, notamment l’Intelligence artificielle (IA). De toute évidence, l’Afrique ne sera pas encore au départ de la troisième révolution technologique.

Abraham Kayoko Doré