Le 16 février, la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), délocalisée à la Cour des comptes, a évoqué le dossier opposant l’Etat guinéen à Aboubacar Makhissa Camara, ancien directeur général des Impôts. La juridiction ordonne « l’exécution effective » des mesures liées au recensement des ses biens, notamment ses comptes bancaires, ceux de sa femme et de ses enfants.
Parti de la Guinée au lendemain du coup d’Etat du 5 septembre 2021 contre le Président Alpha Condé, Aboubacar Makhissa Camara qui était alors le directeur général des Impôts, est jugé par contumace devant la Crief. Il est poursuivi pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.»
À l’ouverture de son procès le 12 janvier dernier, la Chambre de jugement présidée par Yagouba Conté avait demandé l’identification des biens meubles et immeubles, y compris les comptes bancaires, les soldes et des relevés correspondants, tout comme les comptes bancaires et biens de sa femme et de ses enfants. Les conservateurs fonciers de Conakry et de Kindia avaient été sollicités par la Crief, ainsi que la Direction nationale des domaines et du cadastre (Docad), afin de recenser tous les biens de la famille Camara et transmettre la liste à la justice. Ce qui n’est pas entièrement fait, jusqu’à présent. Seules les banques UBA et Orabank ont communiqué à la Chambre de jugement des informations bancaires liées à Aboubacar Makhissa Camara, mais la Cour n’a fait aucune communication là-dessus.
Le substitut du procureur spécial de la Crief, Ousmane Sano, a promis de relancer les demandes notamment à la Banque centrale, pour qu’elle écrive aux banques primaires, et que celles-ci communiquent sur les biens de l’ex-patron des Impôts.
« Nous avions transmis des correspondances aux entités, mais nous attendons. Nous allons relancer cela. Mais, comme les informations commencent à tomber, ce n’est plus la peine de mettre la pression sur les gens », a-t-il argué.
Me Mamadou Sanoussy Barry, avocat de la partie civile (Agent judicaire de l’Etat), a indiqué qu’il y a plus d’un an que les demandes sur la communication des biens de M. Camara sont formulées aux banques primaires, le dossier était au niveau du cabinet d’instruction. Sans succès. Il dénonce le fait que même les demandes faites par la Chambre de jugement, le 12 janvier dernier, peinent à être exécutées.
La partie civile a invité la Cour à prendre des mesures d’astreinte, car « s’il n’y a pas de pression, cela ne va pas marcher. Il faut leur parler un langage qu’ils comprennent », a-t-il affirmé.
Le président de la Cour Yagouba Conté a renvoyé l’affaire au 4 mars, pour « l’exécution effective » des mesures susmentionnées.
Yaya Doumbouya


