La crise n’en finit pas de secouer le football guinéen. Un nouveau scandale présumé de conflit d’intérêts vient éclabousser le secteur, impliquant Sorry Doumbouya, prési par intérim de la Fédération guinéenne de football (FGF). La Commission d’éthique de l’institution a été saisie, le prési risque une destitution.
Après une brève accalmie, la Fédération guinéenne de football est de nouveau secouée par des tensions. Alors que beaucoup espéraient la crise jugulée, la menace d’une nouvelle tourmente refait surface. À l’origine de cette affaire, un enregistrement audio non authentifié qui a fuité sur les réseaux sociaux notamment sur WhatsApp depuis le 24 février. Selon plusieurs sources, cet enregistrement remonterait à au moins 6 mois, période durant laquelle Sory Doumbouya occupait déjà la fonction de prési intérimaire de la Fédération.
Dans l’audio en langue malinké, on entend deux interlocuteurs, dont l’un serait Sory Doumbouya, évoquer un transfert en faveur du Milo FC. La voix attribuée au dirigeant tenterait de convaincre un joueur du RCCK de Kamsar de signer pour le club de Kankan, dont il préside le Conseil d’administration. La voix promet au joueur une convocation en équipe nationale de Guinée et assure qu’il mettrait tout en œuvre pour que son club, actuellement 4ᵉ au classement, remporte le championnat en fin de saison.
Le joueur concerné aurait finalement rejoint le Milo FC sans communication officielle. Sory Doumbouya est désormais visé par une plainte déposée par le Kaloum FC, à la Commission d’éthique de la FGF et à la chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la FIFA.
Destitué à son tour ?
Mercredi 25 février, via une publication sur sa page Facebook, l’ancien capitaine du Syli national, Abdoul Karim Bangoura (AKB) dit avoir saisi le procureur de la République, l’invitant à se pencher sur ce dossier qu’il estime contraire aux lois du football.

Le prési intérimaire de la Féguifoot est notamment accusé de conflit d’intérêts manifeste, pour avoir utilisé sa fonction de dirigent du football guinéen pour favoriser son club, en violation du principe de neutralité imposé par les règles de gouvernance. Sory Doumbouya est aussi accusé d’ingérence dans un transfert en s’impliquant directement dans une opération qui relève normalement des club et d’abus de pouvoir pour avoir promis au joueur une convocation en équipe nationale. Ce qui est contraire aux principes d’équité et d’indépendance du sélectionneur, Paulo Duarte.
Ces accusations pourraient, si elles sont établies, conduire à la révocation de Sory Doumbouya de la présidence par intérim, fonction qu’il occupe depuis la destitution de Bouba Sampil en avril 2025, pour des faits jugés graves.
Lourdes conséquences
Abdoul Karim Bangoura appelle à des vérifications approfondies sur des faits qu’il juge préoccupants pour la gouvernance du football national. « De tels agissements, s’ils étaient avérés, pourraient s’apparenter à une concurrence déloyale, à un conflit d’intérêts manifeste, voire à des faits susceptibles de relever de la corruption et du trafic d’influence », a-t-il déclaré, rappelant que le du football guinéen repose en partie sur des financements publics et sur des subventions de la FIFA et de la CAF, Confédération africaine de football. « L’État prend en charge une part significative des dépenses liées au fonctionnement du football national (…) ce qui justifie pleinement l’exigence de transparence, de rigueur, de bonne gouvernance », soutient l’ancien joueur du Fini national.
Si les faits venaient à être établis, les membres du Comité exécutif de la Féguifoot pourraient être contraints de révoquer le prési intérimaire ou d’engager leur propre responsabilité. Dans l’hypothèse où les accusations seraient confirmées et qu’aucune mesure ne serait prise, le Comité exécutif pourrait être considéré comme complice d’un conflit d’intérêts. La Commission d’éthique de la FIFA pourrait alors sanctionner l’ensemble du Comex, exposant la Guinée au risque d’une nouvelle mise sous tutelle d’un Comité de normalisation.
Pour l’heure, aucune déclaration de la Fédération guinéenne de football, encore moins une réaction du principal accusé. Reste désormais à savoir comment la FIFA réagira face à cette affaire. Selon les informations, l’affaire aurait déjà été transmise à la Commission d’éthique de la FIFA, accompagné d’une traduction certifiée de l’enregistrement incriminé.
Abdoulaye Pellel Bah


