Le glaucome est l’une des principales causes de cécité irréversible dans le monde. Souvent silencieuse, cette maladie évolue sans douleur et peut être diagnostiquée tardivement. Pour mieux comprendre ses causes, ses risques et les moyens de prévention, nous avons rencontré mardi 24 février le Dr Mohamed Sanoussi Barry, ophtalmologue au CADESSO (Centre d’application du diplôme d’études supérieures spécialisées en ophtalmologie), de Donka. Il nous explique pourquoi le dépistage précoce et le respect du traitement sont essentiels pour préserver la vue.
La Lance : C’est quoi le glaucome ?
Dr Mohamed Sanoussi Barry : Le glaucome est une maladie chronique qui touche le nerf optique, le nerf de l’œil chargé de transmettre l’information lumineuse au cerveau. Le plus souvent, il est lié à une élévation de la pression à l’intérieur de l’œil. Si rien n’est fait, cela peut malheureusement entraîner une perte totale de la vision, appelée cécité.
Quels sont les types de glaucome ?
Il en existe plusieurs. Le plus fréquent dans le monde est le glaucome chronique à angle ouvert. Dans l’œil, un liquide est produit en permanence et doit normalement s’évacuer. Il doit y avoir un équilibre entre sa production et son élimination. En cas de déséquilibre, la pression augmente progressivement et endommage le nerf optique. Il existe aussi le glaucome aigu par fermeture de l’angle. Dans ce cas, l’angle de drainage se ferme brutalement, ce qui provoque une montée rapide de la pression. Le patient ressent alors d’insomnies, de fortes douleurs, une baisse brutale de la vision, les douleurs sont parfois accompagnées de nausées et de vomissements. On retrouve également le glaucome congénital. Certains enfants naissent avec une anomalie du système de drainage. Ils présentent souvent des yeux anormalement gros et d’autres des yeux bleus. Donc, il faut faire très attention. Il y a les glaucomes secondaires, causés par d’autres facteurs comme un traumatisme, le diabète, l’hypertension ou la prise prolongée de corticoïdes. Le glaucome chronique à angle ouvert, c’est-à-dire, l’angle est ouvert mais le liquide s’évacue mal.
Quelles sont les principales causes et les facteurs de risque ?
On parle surtout de facteurs de risque. Le principal est l’élévation de la pression intraoculaire. On retrouve aussi : l’âge, notamment après 40 ans. On a remarqué que la prévalence du glaucome augmente avec l’âge ; les antécédents familiaux : lorsque dans la famille un parent l’a, il ya un grand risque de l’avoir aussi. Il y a aussi des patients qui ont la myopie forte avec des yeux gros ou bien longs, qui peuvent développer la maladie.
L’origine africaine, car les sujets noirs, c’est-à-dire les mélanodermes ont environ trois fois plus de risque de développer un glaucome que les sujets caucasiens, c’est-à-dire chez les Blancs.
Existe-t-il des statistiques en Guinée ?
Il n’existe pas de données nationales précises. Les chiffres sont hospitaliers. Par exemple, en 2025, environ 500 nouveaux cas ont été diagnostiqués dans notre centre (CADESSO Ndlr) et tous ont été pris en charge.
Quels examens permettent de détecter le glaucome ?
Le diagnostic repose sur plusieurs examens. On fait en premier lieu un examen clinque. On mesure d’abord la pression oculaire à l’aide d’une liqueur ou d’un tonomètre. C’est un examen qui est très simple. Et la valeur normale se situe entre 10 et 20 mm ; au-delà de 21 mm, on parle d’hypertonie oculaire. On examine ensuite l’angle irido-cornéen pour vérifier s’il est ouvert ou fermé. Le fond d’œil permet d’analyser la papille, c’est-à-dire la tête du nerf optique. Des examens complémentaires peuvent être réalisés : la pachymétrie, pour mesurer l’épaisseur de la cornée; le champ visuel, car le glaucome atteint d’abord la vision périphérique avant la vision centrale ; l’OCT, qui est la tomographie à cohérence optique qui nous permet d’analyser la structure même du nerf optique. C’est la combinaison de ces examens qui permet de poser un diagnostic.

Les flashs lumineux sont-ils aussi un signe de glaucome ?
Non. Le glaucome est une maladie silencieuse au début. On le surnomme le « tueur silencieux de l’œil ». Les symptômes apparaissent souvent à un stade avancé, lorsque 80 à 90% du nerf optique est déjà atteint et que le patient commence à présenter des symptômes. Les flashs lumineux évoquent plutôt une autre pathologie, comme une déchirure ou un décollement de la rétine, et nécessitent une consultation rapide.
Disposez-vous de moyens suffisants pour le dépistage et le traitement des types de glaucome ?
Oui. Le CADESSO dispose des équipements nécessaires : au niveau des examens cliniques, nous avons des lampes à fente, des appareils spécifiques pour l’examen d’un malade en Ophtalmologie. Nous avons aussi le champ visuel, OCT (Optimale cohérence tomographique) et la SLT (Trabéculoplastie sélective au laser).
S’agissant de la prise en charge, elle comporte trois volets. Le volet médicamenteux : les collyres, en premier lieu, mais qui dépendent du stade d’évolution de la maladie ; le traitement au laser, pour faciliter l’évacuation du liquide secrété ; la chirurgie, surtout dans les stades avancés.
Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’après une intervention chirurgicale de l’œil, il ne faut pas dormir la première nuit ?
Il est recommandé de dormir normalement. La chirurgie est généralement rapide et réalisée en ambulatoire. Le patient rentre chez lui le jour même, après un temps de surveillances et revient le lendemain, pour un contrôle. Ne pas dormir a d’autres impacts négatifs sur la santé, notamment le stress. Par contre, cela n’a aucun impact sur l’intervention elle-même.

Les traitements permettent-ils de guérir ou seulement de ralentir l’évolution de la maladie ?
Le glaucome ne se guérit pas. Les traitements, que ce soit ici ou ailleurs, visent à ralentir ou à stopper son évolution, afin de préserver la vision restante.
Alors y a-t-il des moyens de prévention ?
La prévention repose sur le dépistage, surtout à partir de 40 ans. En cas d’antécédents familiaux, il est important que tous les membres de la famille se fassent examiner. Car le glaucome est la deuxième cause de cécité irréversible dans le monde.
Quelles sont les couches les plus vulnérables ?
Les personnes de plus de 40 ans sont deux fois plus exposées que les autres couches. Toutefois, le glaucome peut aussi toucher les enfants et les adolescents, bien que cela soit très rare.
Le glaucome constitue-t-il une préoccupation majeure de santé publique ?
Le glaucome est une cause majeure de cécité irréversible. De nombreux patients atteints sont des soutiens de famille. Et malheureusement, la perte de vision a un impact important sur tous les autres membres. Le caractère silencieux de la maladie rend le dépistage essentiel, car tout ce qui est détruit par le glaucome ne revient plus.
Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Les principales difficultés concernent l’acceptation du diagnostic, le respect du traitement et le suivi régulier. Certains patients négligent les collyres ou les rendez-vous, surtout en l’absence de douleur, ce qui peut conduire à une perte définitive de la vision.
Au téléphone, vous parliez d’une campagne de sensibilisation. De quoi s’agissait-il exactement et quel était son lien avec l’ophtalmologie ?
La campagne de sensibilisation dont je vous ai parlée concernait bel et bien l’ophtalmologie. Nous organisons parfois des campagnes de chirurgie de la cataracte, durant lesquelles nous regroupons plusieurs malades, afin de les opérer sur une ou deux semaines. Nous profitons aussi de ces périodes, pour renforcer la collaboration multidisciplinaire et internationale, car en médecine, cet échange est essentiel. Cela permet à ceux qui sont sur place d’apprendre de ce qui se fait ailleurs, et aux collègues invités, de découvrir nos pratiques. Nous invitons souvent des collègues tunisiens avec qui nous collaborons. C’est le premier volet.
Le second volet concerne le glaucome. Pendant ces campagnes, nous essayons également d’opérer le maximum de patients, notamment ceux chez qui la pression de l’œil ne peut pas être équilibrée par les collyres ou le laser, ainsi que ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter leurs collyres chaque mois. Nous organisons aussi des interventions chirurgicales pour ces patients en les regroupant sur la même période.
Des conseils aux citoyens ?
Il faut se faire dépister régulièrement, respecter strictement le traitement et ne pas manquer les rendez-vous de contrôle. Il est aussi important d’équilibrer le diabète ou l’hypertension et d’adopter une bonne hygiène de vie : réduire le sel, pratiquer une activité physique et éviter le tabac. Le dépistage précoce et la régularité du traitement sont essentiels pour préserver la vue.
Interview réalisée par
Mariama Dalanda Bah


