Le goubernement de la Roue-publique n’a de cesse de débarrasser les emprises de la voirie urbaine, commerçantes et commerçants en ont fait les appendices des marchés communaux. L’occupation anarchique de la chaussée et du trottoir entraîne de nombreuses contraintes pour les usagers normaux, automobilistes et piétons. Il s’en suit le désordre, la principale cause des gigantesques embouteillages qui paralysent le Grand-Cona-cris, aux heures de pointe.
Outre la conurbation de Cona-cris, les gros bourgs qui jalonnent les routes nationales, enregistrent la même gêne, le jour des marchés forains. L’occupation anarchique des chaussées et trottoirs est un os pour femmes et hommes qui atterrent au gouvernorat de Cona-cris. En vain ! Le déguerpissement simple jusqu’ici en usage, la stratégie n’a pas eu l’effet escompté. On ne les entend guère.
L’encombrement de la voirie urbaine par toutes sortes de commerces résulte du nombre insuffisant des marchés et de l’explosion démographique urbaine. Cela saute aux yeux. L’Etat accorde très peu d’attention aux infrastructures socio-économiques que sont les marchés, lieux d’échanges des biens et services. Combien de marchés sommaires ou modernes, ont-ils été construits en Guinée, depuis que Sékou Tyran et de Gaulle se sont fâchés l’un avec l’autre ?
Prenons seulement le cas de la conurbation de Cona-cris. Le marché Niger, le marché Madina, les marchés de Dubréka et Coyah, les plus anciens, datent de la colonisation. À l’époque de leur construction, Cona-cris comptait moins de 500 000 âmes. Ces infrastructures sont obsolètes et largement insuffisantes pour accueillir la masse d’opérateurs comiques. Parfois, l’indiscipline s’invite. La quête d’une posture privilégiée de vente incite vendeuses et vendeurs à se déverser sur le trottoir, et après le trottoir, sur la chaussée. Et voilà l’emprise de la chaussée sous l’emprise inorganisée et charivarique du marché.
L’envahissement anarchique de la voirie urbaine n’est pas un épiphénomène. C’est une tentative d’autorégulation de l’espace dans le contexte d’une urbanisation mal et non maîtrisée. La plupart des grandes métropoles du tiers-monde souffre de cette tare. Le déguerpissement qu’elles utilisent toutes, loin d’être la réponse idoine, s’avère généralement un adjuvant. Pour éradiquer le mal, il faut construire, rénover, moderniser, selon les standards internationaux, les marchés ruraux et urbains.
La promotion immobilière soutenue par le PPP (partenariat-public-privé) aurait dû porter une telle dynamique. Elle demeure léthargique. Hélas !
Abraham Kayoko Doré


