Du 14 au 15 février, le 39ème Sommeil de l’Union africaine, UA, s’est tenu à Addis-Abeba où a été créée l’Organisation de l’unité africaine, OUA, sur les cendres de laquelle elle a grandi et s’est épanouie. Sur quoi ces jeunes et moins jeunes ont-ils ergoté ? En ces temps de préférence de l’argument de la force à la force de l’argument, les sujets foisonnent. Si on n’y prend garde, on peut farfouiller et traiter indifféremment les problèmes principaux et subsidiaires.
Dans la capitale éthiopienne, ils ont cogité sur les crises sécuritaires (RDC, Soudan, AES, etc.) qui amenuisent considérablement les capacités de développement du continent, les crises climatiques (inondations, sécheresses), transformations institutionnelles (mise en place d’une zone de libre-échange, création d’une agence de notation de l’UA). Nombre de ces thématiques parasitent les palabres des pontes de l’UA qui, de loin, paraissent préférer le rabâchage qui se complaît le passé, à l’innovation qui s’abreuve de l’avenir. Là, on ne peut s’empêcher de se souvenir de deux ouvrages de deux écrivains et hommes d’État français, Alain Peyrefitte et Jacques Chirac. Celui-là a écrit « L’histoire de l’avenir » et celui-ci « Quand la Chine se réveillera ». Les deux ont imaginé et peint l’avenir tel qu’il se configure peu à peu aujourd’hui avec la Chine et ses proxys comme centre de gravité du monde.
Presque concomitamment au sommet de l’UA, s’est tenu les 19 et 20 février, le sommet de l’IA à New Delhi, en Inde. À ce sommet d’un autre genre, se sont retrouvés les grandes nations et les sociétés les plus puissantes de l’univers de la High Tech, qui englobe l’économie numérique et particulièrement l’IA. Le sommet est si select qu’il ne saurait s’accommoder du woba-woba prosaïque de l’autre sommet. À contrario de ce qui s’est passé à Addis-Abeba, on s’est retrouvé à Delhi non pas pour verser des larmes de crocodile sur la laideur, la cruauté et la misanthropie de quelque race vis-à-vis d’une autre, on a scruté l’horizon pour bâtir le futur. Dans cet univers, même la conquête de l’espace n’est plus le monopole de quelques puissants États. Quelques richissimes hommes d’affaires tels que Elon Musk, sont en capacité de concourir, à compétences financières et technologique égales, à la conquête de l’espace.
Sous nos yeux, une nouvelle aventure coloniale qui renforcera l’emprise de ces instigateurs sur le monde, est en gestation. Ce sont les éléments constitutifs des rapports de force politiques, économiques, militaires, sociales et culturelles futures qui se mettent insidieusement en place. La concurrence entre Américains, Européens et Asiatiques pour s’approprier l’espace n’est pas un simple exercice de prouesse technologique, mais une volonté de s’approprier, demain, de nouvelles terres rares pour soutenir leurs industries et accroître davantage leur richesse au détriment des autres peuples, notamment les Négros d’Afrique. Ce qui n’a rien d’inhumain, ni d’infamant. Nous ne vivons pas dans une société du « chacun selon ses besoins », mais dans celle du « à chacun selon ses efforts, même anormaux ».
Partout dans le monde, chaque gouvernement est investi de la mission de créer les conditions optimales d’épanouissement moral et matériel des populations dont il a la charge. À cet effet, il appartient aux gouvernements de faire montre d’ingéniosité pour identifier et mixer les inputs de leurs politiques publiques pour atteindre les objectifs visés. Si l’Afrique n’a que faiblement participé aux trois premières révolutions techniques et technologiques, elle doit être fortement présente à la quatrième (Intelligence artificielle en cours). Elle doit se souvenir de ce sage conseil de Félix Houphouët Boigny, ancien Président de la Côte D’Ivoire : « L’Afrique n’a que trop chanté et dansé, elle doit maintenant se mettre au travail. » Qui dit mieux ?
Abraham Kayoko Doré



