A Kankan, douze cliniques privées « non agréées » de la commune urbaine ont été fermées les 11 et 12 février par des flics et des professionnels de santé. La décision fait fuite, entre autres, à la mort de deux nounous ayant subi des interventions chirurgicales « mal faites ». Le pro-crieur de la Roue-publique près le tribunal de première instance du coin a promis de sévir contre les suspects.

Les 11 et 12 février, une équipe mixte composée de flics et de professionnels de la santé ont sillonné la commune urbaine de Kankan. Objectif, identifier les cliniques privées clandestines dans les quartiers. Pour la première journée de contrôle, cinq « cliniques non autorisées » ont été bouclées dont quatre à Kankan-Koura, une à Korialen. Le contrôle s’est poursuivi le lendemain à Bordo et Sinkéfara où sept autres ont été closes dont une qui l’était sous la transition. « Dès que le personnel de cette clinique a su l’arrivée des contrôleurs, il a fui, laissant une seule patiente dans la salle d’attente », déclare un des contrôleurs.

Le toubib Mohamed Amara Touré, chef des missionnaires, explique que c’est sur instruction des autorités sanitaires et judiciaires que le contrôle est effectué. « C’est une campagne de fermeture des structures sanitaires privées qui n’ont pas d’agrément, sur recommandation des autorités sanitaires et judiciaires. » Selon lui, les tenanciers des cliniques concernées ont été avertis, ajoutant qu’il ignore le nombre de structures sanitaires privées évoluant à Kankan. «Actuellement, nous ne connaissons pas le nombre des structures sanitaires existantes. Toutefois, la majorité était informée, car avant le début de cette opération, une équipe est passée le mois dernier déposer des lettres de préavis.» Il jure, la main sur le palpitant, qu’aucune clinique fermée ne rouvrira : «Cette fois-ci, nous ne baisserons pas les bras, nous y veillerons correctement afin qu’aucune clinique clandestine ne rouvre.» Amen !

Pas de pitié pour les récidivistes

Dans la préfecture de Kankan, les hostos privés se multiplient. Mohamed Amara Touré dit avoir constaté, ces derniers mois, «des pratiques illégales de la part des agents de santé, notamment des infirmiers et des ATS [agents techniques de santé], qui se livrent à des actes qu’ils ne maîtrisent pas : pratiquer des interventions chirurgicales qui relèvent de médecins spécialistes. Lorsqu’ils s’y aventurent et que cela entraîne des décès, c’est franchement déplorable.» Et de durcir le ton : «Pas de pitié, toute clinique fermée qui rouvrira, le tenancier sera poursuivi sans tolérance.» Ainsi, choit-il ! Durant l’opération en cours, aucun proprio de clinique clandestine n’a encore été arrêté.

Les causes de la chasse aux cliniques clandestines

En janvier dernier, deux nounous sont décédées, après avoir été mal «opérées», dans deux cliniques de la ville de Kankan. Les suspects sont en cavale. Le parquet du tribunal de première instance du coin hausse le ton. Dans un communiqué du 10 février, son pro-crieur a affirmé que les suspects sont «à la base de la commission de cette infraction.» Ils sont poursuivis pour des faits d’usurpation de fonction et de meurtre. «Ils ne peuvent pas se prévaloir de l’homicide involontaire, à partir du moment où le résultat ayant conduit à la mort est directement lié à des actes qu’ils ont posés sans qualité légale. S’ils avaient eu la compétence et l’autorisation requise, on aurait pu parler d’homicide involontaire. Mais dans ce cas précis, ceux qui ont posé l’acte n’avaient ni la permission ni la compétence. Il n’y a aucune excuse légale. Les suspects ont malheureusement pris la poudre d’escampette, conscients du caractère irrégulier, malsain et contraire aux lois de la République de leurs actes», indique Fodé Bintou Keïta, pro-crieur de la Roue-publique du TPI de Kankan. Selon lui, malgré la fuite des mis en cause, une enquête est ouverte. «La procédure se poursuivra et rien ne l’arrêtera. Ils seront interpellés, leurs complices également, afin qu’ils soient traduits devant les juridictions compétentes», a-t-il martelé. Qui vieillira verra !

Souleymane Bah