Alors que les opposants politiques sont désormais au garde-à-vous et l’Axe Hamdallaye – Kagbélen ne manifeste plus, l’opposition semble gagner les prisons et les casernes. Prisonniers et bidasses disparaissent sans laisser de traces.
Le boss de la Transition est devenu le Prési de la Roue-publique. Le 17 janvier, il a juré une main levée, l’autre sur la constitution, qu’il dirigerait la Guinée autrement. Devant les Guinéens et les invités de marque (déposée) venus de partout, la Basse-Cour suprême a pris acte du serre-ment prêté et a installé le Colosse de Cancan dans ses nouvelles ponctions. La plus haute juridiction du bled, où trônent Faux-dé Bangoura et Sidy Yala N’Diaye, ne pouvait faire autrement.
Le Prési et le Pro-crieur général ont toutefois eu l’audace de rappeler au Doum-bouillant qu’il doit laisser la jus-triche faire son taf en toute un-deux-pendance, promouvoir les droits humains et protéger le faible. S’il n’avait pas répondu du tac au tac, ses engagements solennels ne semblaient pas ramer à contre-courant de ces vœux (pieux ?).
En moins d’un mois d’ailleurs, les choses ont radicalement changé sous la Ve Roue-publique. Dans un décret du 3 février, Algassimou Diallo a été bombardé Avocat général à la Basse-Cour suprême. L’ex-Pro-crieur de la République près le tribunal de Dixinn revient de loin, de 1000 km. Début novembre dernier, le robin avait été promu Pro-crieur général près la Cour d’appel de Cancan, chez le Timonier. Un mois après, il a été rétrogradé Pro-crieur de la République à Nzérékoré, chez le capitaine El Dadis. Algassimou avait requis et obtenu la condamnation de ce dernier lors du procès sur le massacre du 28-Septembre 2009. Plus qu’une humiliation, c’était le jeter dans la gueule du loup.
Kankan n’est-elle plus Nabaya ?
Ce robin, qui fut major de la première promotion du Centre de formation judiciaire (2007-2008), réputé intransigeant sur le respect des textes de lois, n’a-t-il pas trouvé l’hospitalité chez le président ? Et pourtant depuis 1751, Alpha Kabinet Kaba, grande figure historique de la ville, a donné à Kankan son surnom de Nabaya : « terre d’accueil », en malinké.

N’empêche, Diallo a été remplacé au pied levé, le 18 décembre, au parquet de Kankan par Baldé (Marwane). À voir les patronymes, on croirait plus à une histoire de sanakouya qu’autre chose. Et le plus important, c’est d’arriver à un dénouement qui arrange tout le monde : Baldé, qui fait son come-back après avoir été Pro-crieur à Macenta, est un ami des Doum-bouillant de Banankoroda. Diallo, aussi, devrait être plus à l’aise près de ses amis de promo comme Abdoulaye Conté (ex-prési de la Cour d’appel de Cona-crime) à la Basse-Cour suprême. Tout est bien qui finit bien. Dieu en soit loué !
Autre changement, les disparitions. Avant, les enlèvements s’effectuaient à domicile ou dans la circulation. Les opposants exilés ou coffrés, les manifestants terrés chez eux, il n’y a plus personne à enlever. Les ravisseurs étaient jusque-là au chômage technique, passant leurs journées à se ronger les pouces. Très inspirés, ils ont finalement trouvé le moyen de s’occuper : enlever et faire disparaître les bagnards.
À en croire les langues fourchues, les bidasses pensionnaires de l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie manquent de plus en plus à l’appel. En un mois, au moins trois corps habillés ont déserté leurs cellules, sans pourtant bénéficier d’une décision judiciaire de remise en liberté. Et depuis, on serait sans nouvelles d’eux. Les disparitions de bidasses se seraient amplifiées à la suite des accrochages entre hommes en treillis la veille de la présidentielle du 28 décembre dernier à Sonfonia Africof.
Les nouveaux opposants
Le 10 février, Toumba Diakité qui purgeait une peine de dix ans à Coronthie a aussi été déplacé vers Coyah. A son corps défendant. L’ancien aide de camp du capitaine El Dadis Camara et des codétenus acquis à sa cause ont croisé le fer avec les Farces spéciales pour empêcher le transfèrement, en vain.
Après l’échec d’une première tentative deux jours auparavant, non seulement le célèbre prisonnier est parti mais aussi les joujoux de guerre ont crépité. Bilan, un mort et une dizaine de blessés par balle, jurent la main sur le palpitant des langues fourchues. Un bilan dont le Pro-crieur général près la Cour d’appel de Cona-crime n’a pas fait cas dans son communiqué sorti dans la foulée. Fallou Doum-bouillant justifie l’extraction par la rébellion de Toumba contre « une fouille inopinée » ayant permis de dénicher des armes blanches, des téléphones, de la drogue et des billets de banque. D’ailleurs, la Télé-bidon nationale a exhibé un garde pénitentiaire comme responsable du trafic à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie. Un bouc-émissaire, rétorquent des aigris qui pointent la responsabilité du Régisseur de la prison.
Avec son score de 86,72 % des suffrages glanés à la dernière sélection présidentielle, on était persuadés que le Timonier « est aimé de tous ceux qui ne l’aiment pas ». Civils comme bidasses. Pour causer comme notre défunt Lynx-journaleux, Sékou Amadou Condé. Mais c’est à croire que l’opposition a quitté les états-majors politiques pour les casernes et le gnouf. C’est vraiment bizarre !
Œil de Lynx



