Lundi 16 février, après trois semaines de suspension, le procès complémentaire du massacre du 28 septembre 2009 a repris avec la comparution des victimes dans le dossier du Colonel Bienvenu Lamah, poursuivi pour complicité de meurtre, d’assassinat, viol.
Oumar Bah a perdu son père au stade. Fils aîné de la famille Bah, il a expliqué que le corps de son père a été restitué à la famille à la mosquée Faycal. Selon le certificat médical, son père Amadou Bah ,56 ans, cambiste, habitant à Hamdallaye, est décédé au stade du 28 septembre 2009. Le décès est causé par une plaie traumatique de l’épaule droite, par arme à feu. En clair, Amadou Bah a reçu une balle au niveau de l’omoplate. Son fils Oumar, s’est présenté en qualité de fils aîné de la famille. Selon lui, sa mère se serait opposée à ce que son père aille au stade. Malheureusement, ce dernier se serait entêté, arguant que c’était une manifestation pacifique. Il s’y est rendu et trouvé la mort, laissant derrière lui 9 orphelins. Après moult recherches, son corps a été finalement retrouvé, exposé à la mosquée Faycal, le jour où les autorités ont décidé de restituer les dépouilles des victimes à leurs familles.
« J’ai vécu un traumatisme qui m’a longtemps hanté »
Madame Kamar Thiam, membre de l’Union des forces républicaines, UFR, domiciliée à Sonfonia-centre, a expliqué que le 28 septembre 2009, après la prière de l’aube, elle a emprunté un bus. Arrivée à Dixinn-oasis, elle est descendue pour emprunter une ruelle du quartier. Arrivée au niveau de Pharma-Guinée (alentours du stade), la route était barricadée, tous les accès du stade étaient bloqués. Des manifestants scandaient des mots hostiles au CNDD. Il y a eu une altercation entre forces de l’ordre et manifestants. Une première victime est tombée, un « jeune venait d’être tué par les forces de l’ordre. Quelque temps après, il y a eu une accalmie, on m’a appelée pour aller faire une interview au niveau de la station Total, non loin de la pharmacie Manizé, à l’époque. Pendant que j’intervenais, les échauffourées ont repris. J’ai interrompu l’interview, pour fuir dans le quartier. Pendant que je courrais, les policiers m’ont rattrapée avec des coups de matraque, ils proféraient des injures que je ne peux pas répéter à la barre. Je suis tombée, j’ai ressenti une douleur atroce au niveau du bras gauche. Je suis allée me réfugier dans une cour. Des minutes après, je suis sortie, je voulais rentrer, lorsque j’ai appris que les leaders politiques venaient au stade. Je suis allée à leur rencontre. Ainsi, je les ai suivis, pour aller à l’intérieur du stade. Arrivés à la tribune, les leaders ont commencé à faire leur discours, mais on ne les entendait pas de loin, parce qu’il n’y avait pas le courant. C’est quand le deuxième leader s’exprimait que nous avons entendu des coups de feu… »

C’est le début de la souffrance de Madame Thiam qui a affirmé qu’avec la foule, elle s’est dirigée derrière la tribune, pensant qu’il y avait une sortie. Là, elle a été étouffée avant d’être sauvée par une personne qui lui dit qu’il n’y avait pas de porte de sortie de ce côté. « Tout ce beau monde retourne, pour se diriger vers le grand portail du stade. Il y avait une bousculade indescriptible, les gens se marchaient dessus. J’ai vu des militaires armés. C’est seulement dans les films que j’avais l’habitude de voir ces armes. Comme j’étais faible, les gens m’ont dit de me mettre à l’écart, sinon je risquais de mourir. Je me suis mise à l’écart, des agents m’ont trouvée là, m’ont frappée sérieusement. À la sortie, d’autres agents m’ont aussi frappée. Je m’en suis sortie avec une entorse au bras gauche, une fracture à la cheville droite… »
La responsable de l’Ufr déclare avoir aperçu des militaires et des agents en civil, en train de bastonner feu Jean-Marie Doré, leader de l’Upg (Union pour le progrès de la Guinée). Que Jena-Marie gisait dans le sang. Avant d’expliquer qu’elle est sortie difficilement du stade, pour se rendre à la polyclinique de Dixinn où un médecin-chef a demandé à des victimes, d’aller à l’hôpital Donka, puisqu’il ne pouvait pas toutes les prendre en charge. « J’ai rebroussé chemin, pour aller chez ma nièce qui habitait non loin de là, en face du cimetière. C’est après que je me suis rendue à l’hôpital Donka. On m’a envoyée au service psychiatrique… »
« Ma souffrance ne s’est pas arrêtée au stade du 28 septembre 2009 »
Après le massacre du 28 septembre 2009, dame Kamar Thiam s’était exprimée dans les médias, cela passait en boucle ; elle aurait été constamment menacée. Puisque, selon elle, le capitaine Moussa Dadis Camara était son camarade de promotion. Donc, son contact était facile à avoir, du fait qu’ils ont des amis en commun. Comptable de formation, elle a expliqué qu’elle devait commencer un nouveau job le 3 octobre 2009, dans une école privée. Mais quand elle s’est exprimée au mât, le fondateur de l’école aurait reconnu sa voix. Puisqu’elle avait fait des témoignages à visage découvert, celui-ci l’a conseillé d’arrêter ses apparitions publiques, pour éviter d’être identifiée et « s’il faut d’ailleurs, chercher à quitter le pays. J’ai suivi les conseils, je suis allée à l’ambassade de France en Guinée où j’ai expliqué ce que j’ai subi et les menaces que je subissais. C’est ainsi que j’ai obtenu un visa pour la France…», explique Mme Kamar Thiam.
Répliques des avocats
Les avocats de la défense disent qu’ils ne reconnaissent pas la qualité des parties civiles, en train de défiler à la barre, d’autant plus qu’elles ne détiendraient pas « de documents fiables. » C’est de bonne guerre, rétorquent les avocats des parties civiles, arguant que les victimes qui défilent à la barre, racontent exactement les atrocités qui se sont passées au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009. Des faits indéniables, selon les avocats des parties civiles.
Dans l’après-midi, c’est une victime de mœurs qui comparaît, à huis-clos.
Mamadou Adama Diallo


