Le 39e sommet de l’Union africaine s’est tenu les 14 et 15 février à Addis-Abeba, en Ethiopie. Un baptême de feu pour le président guinéen, Mamadi Doumbouya, qui a saisi l’occasion historique pour partager son regard critique de la gestion de l’organisation. Son homologue angolais, président en exercice sortant de l’UA, ne s’est pas non plus privé de dire ce qu’il pense du « blanchiment » des coups d’État par des élections sur le continent.

C’est le grand retour pour la Guinée, écartée des instances africaines au lendemain du coup d’État en 2021. Après la présidentielle du 28 décembre qui amorce le retour à l’ordre constitutionnel, la Guinée réintègre coup sur coup la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine.

Pour l’occasion, le président de la République en personne a effectué le déplacement à Addis-Abeba pour participer au 39ème sommet de l’UA. Mamadi Doumbouya a quitté Conakry le 13 février, sous les ovations des communicants mobilisés pour la circonstance. Il arborait un large sourire lors du cérémonial de départ sur le tarmac de l’Aéroport Ahmed Sékou Touré de Conakry Gbessia, en présence des Présidents d’institutions, membres du gouvernement et diplomates accrédités.

Dans la capitale éthiopienne, Doumbouya s’est adressé à ses pairs, pour porter son regard sur l’UA qui doit faire sa mue : « Nos peuples attendent des résultats concrets. Ils attendent de nous non seulement des déclarations, mais surtout des transformations tangibles dans leur quotidien : l’accès à l’énergie, à l’éducation, à la santé, à l’emploi et à la dignité économique. »

La nécessaire mue de l’UA

Mamadi Doumbouya, comme son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est fait élire après avoir perpétré un coup d’État et promis de rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’une transition. Mais pour le Guinéen, la politique ne doit pas primer sur le reste : « Notre conviction est simple : il n’y a pas de souveraineté politique durable sans souveraineté économique. Et il n’y a pas de développement inclusif sans maîtrise stratégique de nos ressources naturelles, humaines et technologiques. L’Afrique dispose d’atouts exceptionnels : la jeunesse la plus dynamique du monde, des ressources naturelles abondantes, un potentiel agricole immense et une capacité d’innovation croissante. Pourtant, ses atouts restent insuffisamment transformés en prospérité partagée. »

Le chef de l’État guinéen encourage ses pairs du continent à se tourner vers des réformes structurantes, telles que « l’industrialisation et la transformation locale de nos ressources ; l’intégration économique et les infrastructures continentales. L’éducation, la formation technique, la science, l’innovation et désormais l’intelligence artificielle doivent devenir les piliers de notre compétitivité collective ».

João Lourenço en trouble-fête

Mamadi Doumbouya était allé au 39e sommet de l’Union africaine pour certainement marquer son territoire et le retour effectif de la Guinée dans le concert des Nations. Le dirigeant guinéen ne cachait d’ailleurs pas son enthousiasme lors du cérémonial de départ à Conakry. Il s’est même permis de taquiner certains de ses ministres, tirant la barbe de Mory Condé et les cheveux d’Alpha Bacar Barry. Tout laissait présager un sommet bon enfant.

Mais à Addis-Abeba, le chef de l’État angolais et président en exercice sortant de l’Union africaine n’a pas été tendre envers les putschistes du continent : « Lorsque nous évoquons la nécessité du rétablissement de l’ordre constitutionnel après une prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels, nous n’entendons pas affirmer qu’il serait rétabli du seul fait que les auteurs du coup d’État organisent des élections et se font élire. »

João Lourenço assimile les revirements des putschistes à une forme de « blanchiment d’un acte entaché d’illégitimité, qui commence malheureusement à être considéré comme normal et donc acceptable, alors qu’il menace en réalité les fondements de nos principes… Cela ne peut devenir une nouvelle forme d’accès au pouvoir, car ce serait une manière d’encourager les coups d’État, pour ensuite les blanchir et faire comme si de rien n’était. »

Avant de passer la main au Burundais Évariste Ndayishimiye, moins tranchant sur les coups d’État, João Lourenço a appelé « au silence des armes » en Afrique. Ce qui risque de faire jaser, surtout de la part d’un ami de la victime du putsch côté Guinée, Alpha Condé.

Yacine Diallo