Le Premier ministre Amadou Oury Bah a présenté son discours de politique générale devant le Conseil national de la transition (CNT) le 25 mars. Interpellé sur plusieurs volets du programme gouvernemental, il n’a répondu qu’à deux questions portant sur l’assainissement et les énergies renouvelables. Le PM a déploré la passivité de certains cadres (en bois) de l’administration.

Sur la gestion des déchets, le chef du gouvernement a été interpellé sur la situation de la décharge de Dar-Es-Salam, qu’il a visitée le 31 juillet dernier, annonçant sa fermeture et la délocalisation des tonnes d’ordures accumulées. Sauf qu’à date, aucune mesure concrète n’a encore été prise, la décharge continue de représenter un danger sanitaire pour les populations riveraines. Face aux conseillers du CNT, Bah Oury a reconnu la gravité de la situation, dénonçant les lenteurs observées dans le dossier. Il avoue que « la situation est devenue inacceptable », rappelant que la fermeture de la décharge a été annoncée depuis plusieurs années.

Il jure la main sur le palpitant que le gouvernement est « relativement avancé » dans le processus d’opérationnalisation de cette fermeture. Il appelle à des « mesures radicales » dans les plus brefs délais, évoquant la volonté de s’inspirer de l’exemple ivoirien, avec la reconversion de la décharge d’Akouédo à Abidjan. Selon le PM, des discussions sont en cours et des propositions de financement sont déjà à l’étude pour concrétiser le projet.

Un retard préoccupant

Sur la question énergétique, Bah Oury a exprimé son indignation face au retard accusé dans le développement des énergies renouvelables en Guinée. Malgré l’urgence liée à la dépendance aux énergies fossiles et aux crises récurrentes d’électricité, aucun parc solaire n’a encore été réalisé.

Le patron de la Primature plaide pour une réforme des procédures administratives, afin d’accélérer la mise en œuvre des projets prioritaires à travers un mécanisme de traitement accéléré (« fast-track ») en collaboration avec le CNT. Il a reconnu, avec regret, que deux ans après une crise majeure d’électricité [l’explosion du principal dépôt de carburant à Kaloum], aucun projet concret n’a abouti, dénonçant des lenteurs liées aux études et aux procédures. « C’est désolant », a-t-il affirmé, estimant que la situation ne répond pas à l’urgence énergétique du pays.

Côté santé, Bah Oury a souligné des progrès, surtout en matière de vaccination, de réduction de la mortalité et de déploiement d’équipements médicaux, dont l’oxygène. Il a mis en avant la construction de Centres de santé améliorés le long des corridors routiers, destinés à renforcer la prise en charge des urgences, en particulier lors des accidents de la circulation.

Les réserves de la société civile

À l’issue de la plénière, Ange Gabriel Haba, président du CNOSC (Conseil national des organisations de la société civile), a exprimé sa déception sur plusieurs points. Il a évoqué la crise de liquidité, regrettant l’absence de réponses concrètes au-delà des mesures immédiates annoncées par le Président. Selon lui, le gouvernement devrait clarifier ses prévisions, afin de rassurer les acteurs économiques et la population.

Le président du CNOSC a dénoncé le rétrécissement de l’espace civique, énumérant les difficultés rencontrées par les ONG pour obtenir ou renouveler leurs agréments, indispensables à l’accès aux financements. Gabriel Haba s’est interrogé sur l’absence de vision claire en matière d’éducation citoyenne. Selon lui, la transformation de la Guinée doit s’accompagner d’un changement de mentalité des citoyens à travers la sensibilisation et l’éducation.

Malgré les annonces et les engagements affichés, ces préoccupations traduisent les attentes persistantes d’une partie de la société civile quant à la mise en œuvre effective des réformes annoncées par le chef du gouvernement.

Abdoulaye Pellel Bah