On jubile à Rabat. On fait grise mine à Dakar. Le 17 mars, le couperet du Jury d’Appel de la CAF (Confédération Africaine de Football) a tranché le litige né de la finale de la CAN entre le Maroc et le Sénégal du 18 janvier dernier. Le trophée déjà attribué et remis au Sénégal doit revenir au Maroc qui a fait appel de la décision du jury disciplinaire de la CAF qui s’est contenté de distribuer des sanctions disciplinaires. La joie des uns, l’ire des autres sont à la hauteur de l’enjeu. Même Toto sait que les règles d’un jeu sont définies et connues de tous les protagonistes. La bisbille qui entoure la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal résulte de l’interprétation de l’application des règles édictées en la matière. Comme en droit, en général, elles font l’objet d’exégèse de la part de beaucoup de gens dont le jugement est naturellement teinté de leur subjectivité.

Dans ce cas d’espèce, l’arbitre Congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo, à la fin du match, siffle un pénalty contre le Sénégal après lui avoir refusé, quelques instants plus tôt, un but considéré litigieux. Ce qui suscite le courroux et les rugissements des lions de la Teranga (équipe nationale du Sénégal). Furieux et encouragés par leur coach, certains abandonnent le terrain. Mais ils y reviennent aussitôt sous la sage et intelligente instigation de leur capitaine, Sadio Mané. Le match reprend. Les Marocains tirent et manquent leur pénalty. Peu après, Pape Gueye inscrit le but de la victoire pour le Sénégal. Le spectacle va à son terme et le Sénégal, couronné champion d’Afrique, rentre au pays avec la coupe. Décidé de tout remettre en cause, le Maroc porte l’affaire devant le jury disciplinaire de la CAF.

Le rabat-joie des Sénégalais est d’un certain Fouzie Lekjaa, Président de la fédération marocaine de football. Le jury d’appel s’est fondé sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAF, relatifs à la décision d’une partie ou de la totalité des joueurs d’une équipe de quitter le terrain, lors d’un match, sans l’autorisation de l’arbitre. Or, c’est ce que les joueurs Sénégalais ont fait. Mais, on peut objecter que les joueurs marocains qui étaient bénéficiaires d’un pénalty en cours d’exécution n’ont pas protesté contre la reprise du jeu. En serait-on là si les Lions de l’Atlas avaient réussi leur pénalty ? Certainement pas aussi, l’arbitre a souverainement sifflé la reprise du match, sans tenir compte de la sortie momentanée des joueurs Sénégalais. Même s’il s’est leurré, Jean-Jacques Ndala doit écoper d’une sanction administrative, sa décision demeurant en vigueur. Le principe de la souveraineté de l’arbitre sur le terrain prévaudra au TAS saisi par le Sénégal, pensent certains spécialistes du ballon rond, au grand dam des sujets du roi Mohammed VI.

Était-il vraiment opportun de remettre en cause la victoire du Sénégal ? On reste dubitatif, voire incrédule. Quelle gloire les Marocains et les Lions de l’Atlas peuvent-ils tirer d’une telle victoire ? L ‘adage nous enseigne : «A vaincre sans périls, on triomphe sans gloire». Le Maroc a bien l’air d’un mauvais perdant. Et tout cela renvoie de l’Afrique, encore une fois, une image désastreuse.

Abraham Kayoko Doré