Une cinquantaine d’entreprises françaises sont annoncées à Cona-cris, du 29 au 31 mars, pour assister à un forum dénommé Parcours business international Guinée Simandou 2040. Une offensive qui traduit la volonté de la France de se positionner comme partenaire privilégié du pays.  

En Guinée, la France ne veut plus se cantonner aux seconds rôles. Moins présente sous le régime d’Alpha Grimpeur, distancée par la Chine et la Russie, elle signe son come-back depuis que Mamadi Doum-bouillant a pris les rênes du bled. Et l’offensive se poursuit avec l’arrivée, ce 29 mars, d’une importante délégation d’investisseurs : au total, 53 entreprises prendront part au Parcours business international Guinée Simandou 2040. Un forum d’affaires conjointement organisé par le mystère du Plan, de la coopération internationale et du développement et Bpifrance, une banque publique d’investissement française.

Ce rendez-vous prévu le 31 mars dans un réceptif hôtelier de la capitale guinéenne permettra de lorgner les opportunités d’affaires en Guinée et de renforcer la collaboration entre entreprises guinéennes et françaises.

En même temps, sera dans nos murs, le dirlo général de l’AFD (Agence française de développement). Rémy Rioux parlera aussi coopération franco-guinéenne lors de ses rencontres avec les officiels guinéens. « Ce temps fort pour notre relation bilatérale préparera le terrain pour des visites politiques qui interviendront dans les prochaines semaines sur les mêmes sujets », a annoncé l’ambassadeur de France Luc Brouillard, eh pardon Briard, lors d’un petit-déjeuner avec la presse le 26 mars à sa résidence (Minière, commune de Dixinn).

Des relations bilatérales au beau fixe

Que faut-il comprendre par-là ? Des visites d’État entre les présidents Doum-bouillant et Macaroni, ou leurs gouvernements respectifs ? « On vous en dira plus très prochainement », promet un membre du personnel diplomagique français en Guinée. Depuis sa prise du pouvoir en septembre 2021, l’ancien légionnaire français n’a pas effectué de visite officielle dans l’Hexagone, ni reçu son homologue à Cona-cris.

N’empêche, les relations franco-guinéennes sont au beau fixe depuis la chute d’Alpha Grimpeur, comme en témoignent les chiffres du diplomate français : 660 millions d’euros de volume d’engagement de l’AFD dans des secteurs clés (énergie, agriculture, eau et assainissement, éducation, santé, culture, soutien à la société civile…) Au total, 1,2 milliard d’euros sont financés ou garantis par la France dans divers secteurs en Guinée pour cinq ans (2022-2028).

De la gauche vers la droite, Eloi Mauratille, Conseiller politique et l’Ambassadeur de France en Guinée, S.E Luc Briard

Autres preuves que les entreprises françaises investissent en Guinée, AGL (Africa global logistics) aurait injecté 200 millions d’euros pour prolonger le quai de Bolloré au PAC (Port autonome de Conakry). Thalès construit un radar civilo-militaire à l’aéro-hangar Ahmed Sékou Tyran de Gbessia pour rehausser les redevances du trafic aérien. La Guinée et la France explorent également la mise en place d’une banque publique d’investissements…pour mieux enterrer la Banque nationale d’investissements de Guinée (BNIG) créée par Alpha Grimpeur ?

Selon Luc Brouillard, le Programme Simandou 2040 « ouvre la voie à des investissements étrangers massifs, et pour lesquels [la France] entend positionner ses entreprises au même titre que d’autres partenaires internationaux le font pour les leurs. » Un « partenariat d’égal à égal » avec la Guinée, « symétrique et réciproque », précise-t-il.

« Pacte de confiance »

« L’ambassade de France est la seule voix autorisée à défendre la position de la France. Elle n’a aucun lien avec des commentateurs mal informés ou mal intentionnés, qui cherchent à nuire à la qualité de son partenariat avec la Guinée, au service des populations guinéenne et française », insiste-t-il. Une manière de rassurer le ministre guinéen des Affres étranges ? Récemment, dans la foulée de la dissolution de l’opposition politique guinéenne, Mori-sans-dents Kouyaté martelait que les diplomates étrangers étaient accrédités auprès des autorités guinéennes et « non de Facebook. »

Toutefois, Luc Briard assure par ailleurs que son pays défend la démocratie et l’État de droit. Même que ses recommandations lors du dernier Examen périodique universel du conseil des droits de l’Homme ont été acceptées par la Guinée. Amen ! « La France reste attachée au pluralisme politique et à la liberté d’expression. Elle parle à toutes les composantes de la société guinéenne et est prête à entendre toutes les critiques qui lui sont faites, à condition qu’elles soient basées sur des faits », enchaîne l’ambassadeur.

Luc Briard

Paris et Cona-cris coopèrent sur le plan sécuritaire, militaire et de la protection civile. Un accord de 2014 stipule, cependant, que « la France ne peut en aucun cas être impliquée dans des actions de maintien ou de rétablissement de l’ordre, de sécurité publique ou de souveraineté nationale sur le territoire guinéen », n’a manqué de rappeler Luc Briard. Alors que les autorités judiciaires guinéennes ont annoncé avoir démantelé en Haute Guinée un réseau terroriste dormant, Paris répondrait présent si Cona-cris le sollicite « notamment en termes de formation. La France a une expertise en lutte contre le terrorisme. »

Le diplomage se félicite également d’échanges « humains et culturels » entre les deux pays. Même que la France a délivré 12 500 visas en 2025 et 90 000 Guinéens disposent d’un titre de séjour dans l’Hexagone. N’empêche le taux de refus atteint 50 %, et pour cause ? « Les visas, c’est un pacte de confiance. Il y a de refus, parce qu’il y a énormément de fraudes documentaires dans les dossiers. Ce qui est un frein au pacte de confiance », répond l’ambassadeur qui prône le renforcement de la migration régulière et la fermeté contre celle irrégulière.

Diawo Labboyah