Notre bled fait face à une crise de liquidité sans précédent. Le franc glissant a disparu de la circulation. Mystérieusement. Pour certains, la faute est à la thésaurisation et d’autres indexent la responsabilité de l’État.
Au paradis, le franc ne glisse plus, introuvable dans les poches, fôn-fakha ou les banques du bled. Il a mystérieusement disparu de la circulation et autres circuits financiers. D’aucuns pointent une crise de confiance dans le système bancaire, les particuliers préférant thésauriser leur pognon que de le bancariser. La crise est telle que les banques primaires sont contraintes de plafonner les retraits, accentuant le calvaire des clients, habitués au cash.
Mais la débancarisation du franc glissant serait due aussi à la crainte de certaines pontes de l’État de voir leurs comptes geler, au cas où ils se retrouveraient sur le banc de touche. « Des Guinéens l’ont vécu à l’arrivée de la junte du CNRD au pourvoir. Les dignitaires du régime déchu ont vu leurs comptes gelés par la junte », argue un habitué de couloirs des banques. Des-en-haut-de-en-haut du pouvoir Doum-bouillant préféreraient le tout cash. En cas de pépin, leur pognon ne les quitterait pas.
Arguments peu convaincants
La Guinée a créé sa propre monnaie dès le 1er Mars 1960. En 66 ans de souveraineté monétaire, elle devrait être à l’abri d’une telle crise. Mais pour le Gouv de notre boîte à sous, la Banque centrale, la crise du cash est due à des réformes. Karamo Kabako argue que « la Banque Centrale s’est pleinement mobilisée face aux tensions récentes observées sur la disponibilité du cash. Consciente des préoccupations légitimes des populations et des acteurs économiques liées à cette situation, elle a mis en œuvre des mesures appropriées visant à rétablir la fluidité des paiements et à renforcer la confiance du public dans notre monnaie nationale. À cet effet, des émissions conséquentes de billets ont été réalisées afin d’améliorer l’approvisionnement du système bancaire et de répondre efficacement aux besoins de l’économie. Au-delà de ces réponses immédiates, la Banque Centrale s’inscrit dans une stratégie durable de modernisation du système de paiement, fondée, notamment sur la promotion active de la digitalisation des transactions financières. Le développement des paiements électroniques et des solutions numériques qui vise à réduire progressivement la dépendance à l’égard du cash, à sécuriser les échanges et à favoriser une inclusion financière plus large. »
Pour diversifier les sons de cloche, nous avons bavardé le 13 mars avec l’économiste, Safayiou Diallo. Son interview à lire demain.
Mamadou Siré Diallo


