Pour régler les différends frontaliers, les chefs d’État libérien, Joseph Boakai, sierra-léonais, Julius Maada Bio, et le Guinéen Mamadi Doumbouya étaient en conclave à Conakry, lundi 16 mars. Histoire d’apaiser les tensions frontalières observées récemment entre leurs pays. Ils ont décidé de faire la paix. La Côte d’Ivoire, témoin de la rencontre, était représentée par sa ministre des Affaires étrangères, Nialé Kaba.
Arrivés aux environs de 17h à Conakry, les chefs d’Etat du Liberia et de la Sierra Leone et leurs délégations se sont directement dirigés au Palais Mohammed 5 où ils ont discuté, à huis clos, des questions de bon voisinage, de fraternité, de paix et de sécurité avec leur homologue, Mamadi Doumbouya. Réunis dans le cadre de l’Union du fleuve Mano, les trois dirigeants ont pris l’engagement de préserver la paix, de garantir la stabilité des frontières et de renforcer la coopération entre les trois pays.
Dans le compte rendu du sommet à la télévision nationale, Morissanda Kouyaté, ministre des Affaires étrangères de la Guinée, a indiqué que les trois présidents ont examiné la situation sécuritaire à leurs frontières respectives en accordant une attention particulière aux récents incidents ayant engendré des tensions entre certaines communautés frontalières. «Ils ont exprimé leurs préoccupations face à la prolifération des crises et des conflits à l’échelle mondiale dont les répercussions économiques, sécuritaires et humanitaires affectent particulièrement les pays en développement. C’est pourquoi, ils ont réaffirmé leur engagement indéfectible envers les principes de souveraineté, d’inviolabilité des frontières, d’intégrité territoriale, d’indépendance politique, de bon voisinage et de fraternité, lesquels constituent le socle des relations d’amitié et de coopération entre les trois nations».

Le ministre des Affaires étrangères affirme que les chefs d’Etat ont appelé au retour du statu quo de coexistence pacifique entre les communautés frontalières. Avant de s’engager en faveur de la paix, de la sécurité, de la stabilité et du développement au sein de leur Union. «Ils ont réitéré leur volonté de résoudre les différends frontaliers entre les Etats membres de cette organisation par des règlements diplomatiques, conformément à l’article 33 de la charte des Nations Unies».
Coopération sécuritaire conjointe
Morissanda Kouyaté dit que les chefs d’Etat des trois pays se sont engagés à poursuivre une coopération sécuritaire conjointe, afin de lutter contre l’insécurité, le terrorisme, la criminalité transnationale organisée et les trafics illicites. Aussi, à développer et à promouvoir conjointement des activités économiques dans les zones frontalières au bénéfice de la coexistence pacifique et de la prospérité de leurs populations respectives. «Les parties ont encouragé la poursuite des initiatives de coopération économique et d’intégration régionale, notamment dans le domaine du commerce, des infrastructures, de l’énergie, de l’environnement ainsi que de la libre circulation des personnes et des biens et services. Egalement, de renforcer la collaboration entre leurs services de défense et de sécurité et ceci par l’intensification des patrouilles et des opérations frontalières conjointes, l’échange régulier de renseignements et d’informations sécuritaires, l’établissement de mécanismes de communication rapide entre les autorités locales et les forces de sécurité. Les parties ont instruit les services en charge des questions frontalières de se réunir dans les plus brefs délais afin de prévenir et de contenir tous autres incidents et de faciliter le dialogue intercommunautaire et de proposer des solutions concertées. Les parties ont convenu de convoquer, dans un délai d’un mois, un sommet de l’Union du fleuve Mano, visant à revitaliser cette institution, afin de faciliter un dialogue régulier sur les enjeux de paix, de sécurité et de développement entre les Etats membres.»
Allègement du dispositif sécuritaire
Dans une parade organisée par les autorités guinéennes au camp Alpha Yaya Diallo à Yimbayah, des éléments de l’armée ont été déployés le long des frontières dimanche 15 mars. Mais quelques heures après la rencontre de Conakry, le chef d’Etat-major de l’armée guinéenne, Général Ibrahima Sory Bangoura, a sorti un communiqué pour annoncer l’allègement progressif du dispositif sécuritaire déployé, à compter du mardi 17 mars. Cela, en application des conclusions du sommet de Conakry. Le général Bangoura a invité la population à demeurer vigilante et à soutenir les initiatives de paix et de dialogue entre les pays frères de l’Union du Fleuve Mano.

A la fin février dernier et début mars, des tensions ont été enregistrées au niveau des frontières entre la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Des militaires guinéens ont arrêté 16 militaires et policiers léonais qui, selon eux, avaient fait incursion sur le territoire guinéen pour construire un poste frontalier, dans la préfecture de Faranah. A Guéckédou, frontière de la Guinée et du Liberia, une affaire d’extraction du sable sur le fleuve Makona a attisé la tension entre des jeunes guinéens et libériens dans le village Yenga.
La rencontre des chefs d’Etat de l’Union du fleuve Mano mettra-t-il fin aux tensions pour une longue durée ? L’avenir le dira.
Mamadou Adama Diallo


