Le 25 mars, l’administration pénitentiaire a annoncé la mort du commandant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba, incarcéré à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie, puis à la Maison d’arrêt de Coyah. La disparition d’un énième prisonnier militaire qui relance le débat sur les conditions de détention en Guinée.
De la peine de dix ans à laquelle il a été condamné le 31 juillet 2024 pour sa responsabilité dans le massacre du 28 septembre 2009, il lui restait moins d’un an à passer derrière les barreaux. Après sa tentative d’assassinat sur le capitaine El Dadis suivie de sa cavale, le 3 décembre 2009, Toumba avait été arrêté à Dakar le 16 décembre 2016. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, pour passer sous les radars, il s’était laissé pousser la barbe et se faisait appeler Aboubacar Barry. Après sept ans de cavale, Aboubacar Sidiki Diakité était interpellé par les limiers sénégalais dans un appartement du quartier Ouakam. Lors du procès du 28-Septembre, il affirmera que c’est lui qui a donné sans position, sans plus de détails. Il entretiendra également le flou sur la manière dont il a pu sortir du pays, se contentant de lancer à un avocat du camp adverse : « Dieu m’a donné les pieds pour les utiliser. Il ne m’a pas dit de m’arrêter et ça n’a pas commencé par moi. »
Depuis son extradition le 12 mars 2017, Toumba était incarcéré à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie (Kaloum). Mais le 10 février dernier, au petit matin, le célèbre prisonnier est transféré à la prison civile de Coyah (à 50 km à l’est de la capitale). La mort dans l’âme. Une première tentative, la veille, s’était soldée par un échec. La seconde s’est déroulée dans une grande confusion, ponctuée de coups de feu.
Victime d’un malaise ?
Fallou Doum-bouillant, Pro-crieur général près la Cour d’appel de Cona-crime, a évoqué dans un communiqué « une opération de contrôle et de fouille inopinée » qui a conduit à l’isolement du prisonnier. « Monsieur Aboubacar Diakité dit Toumba a fait preuve d’une attitude agressive en refusant de se soumettre à la fouille, tout en proférant des menaces à l’encontre des agents de sécurité […], a-t-il déclaré. Face à cette situation alarmante, qui compromettait la sécurité de l’établissement, l’administration pénitentiaire a pris la décision légale et appropriée de [le] transférer ce 10 février à la Maison centrale de Coyah. »
Toumba a gagné la bataille de l’opinion, grâce à la médiatisation du procès sur le massacre de 2009. Jugé et condamné pour crimes contre l’humanité, il avait réussi à se faire passer pour un robin des bois : celui qui s’était interposé pour limiter le massacre. A sa décharge, des leaders politiques ont admis avoir eu la vie sauve grâce à lui. Le tribunal de Dixinn s’est aussi montré clément à son égard, au motif qu’il a aidé à la manifestation de la vérité.

Si Toumba s’est aliéné son ancien patron, Dadis et ses proches, il s’est senti pousser des ailes au point de se porter candidat à la présidentielle du 28 décembre dernier sous la bannière du Parti démocratique pour le changement (PDC). Très persuasif et généreux, il avait gagné la sympathie de ses codétenus qui se sont opposés à son transfert. Sans succès. Et jusqu’à ce jour, on le croyait en odeur de sainteté avec le pouvoir.
Dans un communiqué du 23 mars, Fallou Doum-bouillant annonce de nouveau que le prisonnier a été victime d’un malaise. « A la suite de cet incident, l’intéressé a été immédiatement évacué vers l’hôpital du Camp Almamy Samory Touré où il bénéficie, à l’heure actuelle, de soins intensifs appropriés, sous la surveillance étroite du personnel médical qualifié », rassure le Parquet général. La main sur le palpitant, il jure que tout est mis en œuvre pour un suivi médical rigoureux, respectueux de la dignité humaine.
Des proches inconsolables
Deux jours plus tard, la mort de Aboubacar Sidiki Diakité est annoncée. Cette fois-ci non pas par Fallou Doum-bouillant, mais par Mamadou Gandho Bah, dirlo national de l’administration pénitentiaire : « Il ressort d’un rapport médical circonstancié en date du 4 mars 2026 […] que l’intéressé présentait un tableau clinique caractérisé notamment par une tuméfaction épigastrique, des douleurs abdominales persistantes, une constipation chronique et des troubles du sommeil », précise-t-il dans son communiqué. Le 25 mars, à 4 h 35, « il a été déclaré décédé, dans un tableau clinique de hernie de la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aiguë généralisée, ainsi que l’ont attesté les médecins traitants », conclut-t-il.
Toumba a toujours été déclaré par ses avocats souffrant de « hernie blanche ». Ce qui ne l’a pas empêché de se tenir debout durant sa longue comparution à la barre pendant son procès : sept jours d’audition, soit près de cinquante heures. Sa maladie ne l’a pas non plus empêché de résister aux éléments des Farces spéciales venus le chercher le 10 février dans sa cellule de l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie. Mais à la prison civile de Coyah, « la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aiguë généralisée » l’a terrassé au bout d’un mois et demi. Sa famille et ses avocats, inconsolables, disent s’en remettre à Dieu.
Prisons ou mouroirs ?
Claude Pivi alias Coplan, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans le cadre du massacre de 2009, avait également été transféré à Coyah quand il a été arrêté, le 17 septembre 2024, à la suite de son évasion de Coronthie. Le 6 janvier dernier, le Parquet général près la Cour d’appel de Cona-crime a annoncé sa mort « dans un tableau de coma hypoglycémique », deux jours après avoir été placé en « soins intensifs ».
Dans la foulée de l’évasion de Pivi, le 4 novembre 2023, le colonel Célestin Bilivogui avait subitement disparu. Tout comme le sergent-chef Moussa Cheikh Soumah. Ce dernier n’a toujours pas réapparu, alors que le corps du second a été présenté à sa famille à la morgue du CHU Ignace Deen le 25 septembre 2024. Elle n’aura le droit ni de l’enterrer ni à des explications sur les circonstances de sa mort.
Dans un communiqué daté du 25 juin 2024, le colonel Aly Cas-marrant, Pro-crieur près le tribunal militaire de Cona-crime, annonçait pour sa part la mort en détention du général Sadiba Koulibaly, survenue trois jours plus tôt, des suites « d’un psycho-traumatisme important » et « d’un stress prolongé », lesquels auraient entraîné « un arrêt cardiaque ». L’ex-chef d’état-major général des armées, nommé chargé d’affaires à Cuba après avoir refusé d’être ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire, venait d’être jugé et condamné à cinq ans de prison pour « désertion à l’étranger » et « détention illégale d’armes de guerre ». On lui reprochait en clair d’être rentré de La Havane sans le feu vert de sa hiérarchie. Entre sa condamnation le 14 juin et l’annonce de sa mort, ses avocats disent ignorer où était détenu leur client.
Comme quoi l’ange de la mort hante nos prisons.
Œil de Lynx


