Le responsable des opérations du Front national pour la défense de la Constitution (FDNC) a dénoncé la dissolution de 40 formations politiques par les autorités guinéennes. Il y voit une stratégie de confiscation du pouvoir du Président Mamadi Doumbouya, investi en janvier dernier pour un septennat, après quatre ans de transition.
L’activiste, exilé, comme tant d’autres leaders politiques et de la société civile, était l’invité de TV5 Monde ce 9 mars. Au sujet de la dissolution des partis politiques, dont les poids lourds Ufdg, Rpg et Ufr, Ibrahima Diallo a répondu que cela est la suite logique d’un agenda de confiscation du pouvoir : « La volonté réelle des autorités guinéennes est de supprimer toutes les voies qui leur sont opposées. D’abord, elles ont annoncé la dissolution du FNDC, principale organisation de la société civile guinéenne. Ensuite, elles ont suspendu des partis politiques, puis ont fini par les supprimer systématiquement. Donc, il n’y a aucune surprise dans cette décision. »
Le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation argue que les formations politiques dissoutes ne seraient pas en règle. Le responsable des opérations du FNDC botte en touche : « Pas du tout ! Les autorités, elles-mêmes, ne croient pas à cet argument. Aujourd’hui, tous les Guinéens savent que la ligne directrice consiste à gérer le pays de manière unilatérale, avec un rapport de force imposé. Le peuple de Guinée se bat avec les mains nues et ne peut que résister face à l’oppression.»
En quatre ans de régime Doumbouya, les atteintes aux libertés publiques et collectives se multiplient : interdiction de manifester sur la voie publique, disparitions forcées, fermeture des médias… Ces violations persuadent Ibrahima Diallo que les Guinéens « ne vivent plus dans un État de droit. Nous sommes dans une dictature assumée, intégrée comme mode de gouvernance. Ce qui enfonce notre pays dans une incertitude profonde.»
Alpha mieux que Mamadi ?
Parlant des disparitions forcées, notamment celles de ses collègues Oumar Sylla alias Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, en juillet 2024, Ibrahima Diallo regrette n’avoir « aucune nouvelle d’eux, aucun signe de vie.» Il se souvient avoir été écroué deux fois sous Alpha Condé, après avoir été condamné « arbitrairement. Ma famille avait accès à moi. Aujourd’hui, on parle de disparitions forcées ; des familles restent des mois sans nouvelle de leurs proches.» L’activiste de la société civile croit que « tout le monde a peur pour sa famille en Guinée. Personne n’est en sécurité. Des médias crédibles sont supprimés, les partis politiques dissous. Nous sommes face à un État qui a choisi la dictature totale comme mode de gouvernance.» Et de prévenir que les autorités ont intérêt à s’ouvrir au dialogue, « elles ne peuvent pas continuer à gérer le pays dans la répression systématique. Si elles ne rectifient pas le tir, le seul choix qui restera au peuple de Guinée sera la résistance à l’oppression. Et nous sommes décidés pour cela », martèle l’activiste en guise de conclusion.
Yaya Doumbouya


