Dans un arrêté du ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, Ibrahima Kalil Condé a dissous 40 partis politiques pour « manquement à leurs obligations. » Entre l’appel à la résistance de Cellou Dalein Diallo, l’absence de réaction du parti de Sidya Touré et la résilience du RPG-arc-en-ciel d’Alpha Condé, la classe politique réagit différemment.

Le 7 mars nuitamment, le MATD a dissous 40 partis politiques pour « manquement à leurs obligations ». Conséquences : « La présente dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et du statut juridique des formations concernées. En conséquence, toutes activités politiques au nom de ces partis sont interdites sur l’ensemble du territoire national et les missions diplomatiques », précise Ibrahima Kalil Condé dans sa décision prise alors qu’il avait annoncé, fin février, que les partis politiques disposaient de six mois pour se conformer à la nouvelle loi organique régissant leur fonctionnement. Délai qui expire le 25 mai prochain.

Accepter leur sort ou résister, pour survivre ? Les partis dissous peinent à accorder leur violon. Certains ne sont pas prêts à courber l’échine face à un pouvoir qui écrase tout sur son passage. Cellou Dalein Diallo, depuis son exil, l’a accusé, dans une allocution le 8 mars, de vouloir instaurer un parti-État en Guinée : « Mamadi Doumbouya vient d’ajouter à son sinistre bilan de restrictions des libertés publiques et de violations des droits humains la décision injuste de dissolution des partis politiques les plus représentatifs de la scène politique. N’ayant aucune légitimité quelconque ni la moindre assise électorale ou politique, Mamadi Doumbouya et son clan malfaisant voudraient réécrire l’histoire du pays en effaçant du paysage politique toutes les forces susceptibles de porter ombrage à son parti-État en cours de formation. On affiche fièrement une volonté claire et morbide d’instaurer la pensée unique, un parti-État afin de consacrer un exercice solitaire du pouvoir au détriment de la souveraineté populaire.»

Contre vents et marées

Le ministère de l’Administration du territoire a mis sous scellés les sièges des partis dissous et placé leurs biens sous séquestre. Cellou Dalein Dalein appelle ses militants et les Guinéens à tenir bon : « Il n’y a plus d’autre alternative que de s’engager dans une résistance frontale, une lutte courageuse de libération de notre pays dont les ressources sont pillées, les institutions instrumentalisées, l’armée nationale divisée et désarmée. Cette lutte s’impose à nous comme un devoir moral et une nécessité historique… J’exhorte les responsables, militants et sympathisants de l’UFDG, tous les Guinéens épris de liberté et de justice, à se lever comme un seul homme et à recourir à tous les moyens pour mettre fin à ce régime d’exception qui n’a que trop duré. »

L’opposant constate : « Nous savons désormais que ce n’est ni par le dialogue, ni par la voie démocratique, ni par les moyens légaux qu’on obtiendra des changements politiques et le retour à l’ordre constitutionnel… » Le président de l’UFDG en appelle à l’unité des Forces vives de Guinée, gage « d’une victoire sans appel sur ceux qui ont trahi notre peuple et leur serment.»

Prudence au RPG arc-en-ciel

A l’inverse de l’UFDG qui joue cartes sur table, les réactions sont mesurées voire inaudibles à l’UFR et au RPG arc-en-ciel. Le parti de Sidya Touré s’est muré dans un silence monacal bien avant sa dissolution, se gardant de commenter et de critiquer les décisions gouvernementales. Cette fois-ci encore, c’est silence radio.

Chez le RPG arc-en-ciel, la réaction officielle de l’ancien parti au pouvoir se fait encore attendre. Ce sont des cadres du parti, en leurs noms, qui s’offusquent de la décision : « On peut par la force dissoudre notre parti. Mais on ne peut pas enlever dans nos têtes l’idéologie que M. Alpha Condé nous a inculqués », réagit Sory Sanoh, coordinateur du parti en Haute-Guinée. Pour un autre cadre anonyme, le RPG est « habitué à la clandestinité. Cela ne nous effraie pas.»

Possibles recours

Dans le lot des partis rayés de la carte politique nationale, figure le RDIG. Jean Marc Telliano s’étonne que son parti disparaisse, après avoir été félicité récemment par le MATD : « J’ai été vraiment surpris par la nouvelle. Je pouvais m’attendre à tout, sauf à cela. J’ai respecté les textes et rempli toutes les conditions. Un certificat d’aptitude m’a été délivré en bonne et due forme.» Le président du RDIG entend contester la décision : « Je vais déposer un recours avec des preuves, pour montrer qu’il y a eu une erreur.»

Les partis dissous, désireux, ont deux mois pour saisir la Cour suprême et « contester la légalité de l’arrêté de dissolution de l’autorité administrative devant le juge administratif. Une fois saisi, ce juge est appelé à statuer en urgence », précise le juriste Kalil Camara.  

L’avocat, Me Thierno Amadou Oury Diallo, abonde pratiquement dans le même sens : « Un arrêté, c’est un acte administratif, donc susceptible de recours en annulation devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Si un parti politique s’estime lésé par la décision du MATD, il peut exercer le recours prévu par la loi devant la juridiction compétente. »

Face au tollé suscité par cette décision, notamment sur la toile, le ministre des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger a cru bon de réunir les diplomates accrédités en Guinée pour leur expliquer les motifs de la dissolution. Morissanda Kouyaté parle d’une décision répondant à une volonté populaire : « Il s’agit d’une décision impersonnelle et strictement fondée sur le respect de nos lois et règlements, répondant également aux attentes exprimées par nos populations et nos concitoyens…» Pour le ministre, le temps était venu pour ces partis politiques de disparaître : « Nous sommes arrivés à une phase où ceux qui ne sont pas en règle doivent être dissous. C’est une décision souveraine de l’État guinéen.»  

A voir si l’UFDG et compagnie, qui ont rarement gagné contre l’État devant la Cour suprême, franchiront le pas.

Yacine Diallo