Fodé Moussa Mara alias El-Sissi, fervent militant du Rpg arc-en-ciel, a fait plus de deux ans de gnouf alors que son coprévenu et proche, l’ex-Prési Alpha Grimpeur, prend ses aises en Turquie. El-Sissi a été remis en liberté le 11 mars, mais la procédure judiciaire se poursuivra.
Il faisait partie de la longue liste des cadres et militants de l’ex-parti au pouvoir écroués après le putsch orchestré contre Alpha Grimpeur le 5 septembre 2021. Fodé Moussa Mara avait été cueilli le 18 novembre 2023 au siège du Rpg arc-en-ciel à Gbessia (banlieue de Con-cris). El-Sissi avait été coffré à la prison de Kindia, avant d’être transféré à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie, à Cona-crime. Au départ, il était poursuivi, avec l’ex-chef d’État Alpha Grimpeur, pour «trahison, complicité de détention d’armes et de munitions.» De requalification en requalification, le militant du Rpg traînait jusqu’en août 2025 les charges de «manifestation non autorisée». Désormais, ses avocats (sans vinaigrette) parlent d’«association de malfaiteurs.»
Le procès a connu des multiples renvois au tribunal de première instance de Kaloum. Sa défense a dû procéder, le 11 mars, à un référé pénal à l’issue duquel leur client a été remis en liberté. Néanmoins, la procédure judiciaire se poursuivra. «Le dossier a été géré aujourd’hui (11 mars), car chaque fois, ce sont des renvois qui ne nous paraissaient pas justifiés. Finalement, nous avons décidé d’engager un référé pénal. Le Code de procédure pénale, en son article préliminaire point 12, prévoit cette possibilité pour toute personne poursuivie. Ce que nous avons engagé devant le tribunal de Kaloum», explique Me Lanciné Diabaté, l’un des conseils du prévenu.
«Ce qui m’intéressait dans ce dossier, c’était l’examen de la procédure par une juridiction impartiale et indépendante. On a toujours demandé la tenue d’un procès juste et équitable. Il y a eu tellement de turbulences, de contingences, de renvois… Mais enfin, l’audience a pu se tenir et la juridiction correctionnelle a remis en liberté mon client, lequel a élu domicile à notre cabinet, il n’y a aucun problème. Nous sommes disposés à faire face à toutes les situations», renchérit Me Mory Doumbouya (ministre périmé de la Justice), membre du collectif de la défense de Fodé Moussa Mara.
Calcul politique ?
El-Sissi a fait plus de deux ans de détention provisoire, «c’est vraiment exagéré. Cela portait gravement atteinte à ses droits fondamentaux. Ce que la juridiction a corrigé», croit l’avocat. En moins de deux semaines, El-Sissi et Ibrahima Cas-Sory Fofana, ancien PM et actuel prési du Comité exécutif provisoire du Rpg arc-en-ciel, ont été libérés. L’un après la dissolution du Rpg arc-en-ciel par le mystère de l’Administration du trottoir, le 7 mars ; l’autre, deux jours plus tôt. Ibrahima Courroux-ma, ministre périmé de l’Enseignement préuniversitaire, avait été remis en liberté le 25 février dernier, après près de quatre ans de bagne.
Que visent les autorités ? Pourquoi ces libérations successives, juste avant et après la dissolution du Rpg ? Pour Aboubacar Demba Dansoko, du bureau politique national, la série de libérations n’est nullement liée à la dissolution des 40 partis politiques, dont le sien. «La dissolution est un acte singulier», argue-t-il. Toutefois, au Rpg, c’est le soulagement, bien qu’on réclame toujours la libération des autres cadres et militants. «Lorsqu’un responsable ou un militant est libéré après une détention dont les raisons restent toujours mal expliquées, vous êtes animé d’un sentiment de soulagement et de réconfort. Cela ne veut pas dire pour autant que vous avez digéré les moments difficiles de l’absence d’un proche. La vérité finit toujours par triompher», déclare-t-il. Selon lui, la libération des cadres et militants de son parti n’a rien d’apaisant entre les autorités et le Rpg. «Le pouvoir ne veut aucun apaisement avec la classe politique», regrette-t-il, l’illustrant par la dissolution de 40 partis politiques. Woïka !
Yaya Doumbouya



