C’est à partir du 1er mars 1960, qu’est mise en circulation la première monnaie nationale guinéenne, dénommée Franc Guinéen. Cette émission est faite par la BRG (Banque de la République de Guinée) créée en même temps que la monnaie. La BRG se transformera en BCRG (Banque Centrale de la République de Guinée) à partir du 27 juillet 1961 (Décret n° 276/PRG/61).

Pour la petite histoire, en un peu plus de soixante ans d’émission monétaire autonome, la Guinée connaîtra au fil des réformes qui l’ont marquée, cinq familles de billets. Du franc guinéen « Types 1958 », l’on aboutira au nouveau franc guinéen « Type 1985 ». Cette monnaie est émise au cours de la réforme du 6 janvier 1986.

En cette semaine anniversaire de la création de notre monnaie nationale, il est regrettable de constater une crise de liquidité, affectant sérieusement notre système bancaire. Depuis plus d’un an, le pays fait face à une crise aiguë de liquidité : pénurie de billets dans les banques, plafonnement des retraits, difficultés pour les entreprises à honorer leurs paiements, tensions accrues sur le marché informel.

Les longues files d’attente devant les guichets, les retards de paiement des fournisseurs et la hausse des transactions en espèces sur les marchés parallèles illustrent fort bien cette situation. Pour les ménages, cela se traduit par des difficultés d’accès à leurs dépôts, pour les commerçants, par une baisse des échanges et une méfiance à l’égard du système bancaire.

En dépit des désagréments engendrés par la situation, qui perdure malgré des esquisses de solutions apportées par les autorités, la différence d’approche entre ces dernières et celle des experts indépendants nous éloigne des solutions pérennes. Si pour le gouvernement, il ne s’agit nullement d’une crise de liquidité, à contrario pour un expert indépendant, la crise de liquidité qui frappe le secteur bancaire guinéen révèle les fragilités du modèle économique, où l’informel reste roi. Entre méfiance des usagers, poids du secteur informel et éviction du secteur privé par la dette publique, cet économiste appelle à un « pacte de confiance » et à une interopérabilité réelle des paiements pour sortir de l’impasse du tout-cash.

Face à la situation, un autre spécialiste affine un peu plus le diagnostic de la crise, qui n’est nullement conjoncturelle mais bien structurelle. Il s’appuie sur l’argumentaire suivant : nous avons généralement un problème d’éducation et de culture financière et bancaire à tous les niveaux : des gouvernants aux gouvernés, des universitaires aux analphabètes, des plus nantis aux plus pauvres. Durant plusieurs décennies, les fonctionnaires sont payés en espèces ; depuis toujours nos commerçants préfèrent être payés en espèces.

Au regard de ce constat, qui n’est guère exhaustif, il se dégage une réalité qu’il serait dangereux de feindre ou de minimiser : notre économie est dominée par le secteur informel, qui brasse des ressources beaucoup plus importantes que le système bancaire. Les mesures annoncées par la Banque Centrale et les autorités de la place ne peuvent en aucun cas prospérer sur la durée. En concertation avec tous acteurs du système informel et formel, il s’agit d’établir un diagnostic pointilleux de notre système bancaire en vue de progressivement restaurer la confiance entre les banques et les agents économiques, ainsi que les particuliers. Dans la même foulée, la Banque Centrale devrait prendre des mesures incitatives, pour progressivement accroître le taux de bancarisation du pays.

L’un dans l’autre, il serait judicieux de réunir autour de la table toutes les parties prenantes du système bancaire. Une démarche,qui permettrait de confronter les points de vue pour aboutir à des solutions consensuelles mutuellement profitables.

Thierno Saïdou Diakité